Un chevalier avec un certain code d'honneur. Un coureur comme on aime en voir sur des épreuves aussi respectables que le Tour de France. Dans l'étape reine des Alpes, tombée dans l'escarcelle de Pierre Rolland, Vincenzo Nibali a une nouvelle fois montré qu'il faisait partie d'une race de champions en voie de disparition. Et surtout qu'il ne galvaudait pas la plus belle course du monde. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Désormais troisième du général, devant Cadel Evans mais derrière Chris Froome, dont les velléités ont, semble-t-il, été tuées dans l'oeuf par les dirigeants de Sky, l'Italien semble avoir enfilé le costume d'adversaire numéro un du maillot jaune Bradley Wiggins. Mais après avoir mis, dans un premier temps, dans ses rétros l'Australien, Nibali a-t-il les moyens de décramponner le Britannique ?
"C'était une étape très importante et très difficile. Wiggins était bien entouré, il avait plusieurs coéquipiers. C'était dur de l'attaquer", a avoué le Requin de Messine à l'arrivée. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Comme la veille, le Sicilien a tenté de faire vaciller le leader et sa garde rapprochée. Deux fois même. Mercredi, Nibali s'était essayé dans la descente du Grand-Colombier. Ce jeudi, on attendait avec impatience celle très technique du Mollard, mais ses deux tentatives ont cette fois-ci été placées dans l'ascension finale vers la Toussuire. Pour le même résultat finalement. La première banderille a été lancée à 10,7 kilomètres de la ligne, la seconde un peu plus loin, à un peu plus de neuf kilomètres de l'arrivée. Deux offensives restées vaines mais qui ont eu le mérite d'exister.
Wiggins : "C'étaient de vraies attaques"
Même si Nibali n'est pas résigné, le leader de la Liquigas va maintenant devoir trouver un autre moyen pour contester la suprématie de Wiggins. Conscient du danger représenté par l'Italien, ce dernier a tenu à lui rendre hommage en conférence de presse : "Dans la dernière montée, Nibali a démontré qu'il était vraiment très fort. C'étaient de vraies attaques. Plus la course avance, plus il semble menaçant." Le compliment a été immédiatement rendu par l'Italien : "Wiggins est un adversaire "grandissimo"."
A neuf jours de rallier les Champs-Elysées, les occasions pour mettre à mal la domination britannique vont se raréfier. Pourtant, ce jeudi, rien n'avait été laissé au hasard pour que l'offensive de Nibali connaisse un meilleur sort que celle de la veille. Ivan Basso et Krostijan Koren avaient été envoyés en éclaireurs en début d'étape. Puis ce sont Peter Sagan et Daniel Oss qui avaient été dépêchés, à 100km de la Toussuire, pour seconder leur leader. Mais les quatre hommes n'ont finalement jamais pesé, tout comme Sylvester Szmyd, souvent très utile mais transparent depuis l'entrée en haute-montagne. Et un constat s'est imposé : Nibali va devoir désormais se débrouiller seul et redoubler d'inventivité dans l'art de la guerre. Même si le principal intéressé peut se satisfaire "d'avoir - au moins - procuré ces émotions au public". Là-encore, certains ne peuvent pas en dire autant.
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