Romain#6 : Que pensez-vous de ce parcours 2013 ?
LAURENT VERGNE : On est déjà dans le vif du sujet ! Nous allons y revenir en détail mais, globalement, je trouve qu'il est remarquablement équilibré et rythmé. Il n'y aura jamais plus de deux ou trois jours maximum d'étapes dites de plaines avant une étape taillée pour le classement général. On ne devrait donc pas avoir, comme certaines années, de plages interminables de quatre ou cinq journées consacrées aux sprinters.
Benjamin : Deux contre-la-montre individuels et un contre-la-montre par équipes : on fait encore la part belle à l'équipe Sky, non ?
L.V. : Non, c'est incomparable avec le Tour 2012. Certes, il y a trois chronos. Mais nous avons un chrono par équipes, un chrono individuel en plaine et un chrono en montagne. Trois exercices complètements différents. Cette année, il y avait 100 kilomètres de contre-la-montre plat. Rien à voir avec 2013.
Stelo64 : Pourquoi avoir zappé les étapes mythiques des Pyrénées pour la centième édition ?
L.V. : Il n'y aura que deux étapes dans les Pyrénées, c'est vrai. Les Alpes constituent le gros morceau pour ce 100e Tour et c'est assez logique car elles étaient faiblardes en 2012. Puis les Pyrénées vont arriver vite, dès la fin de la première semaine. Sachant que le départ corse est musclé et que la dernière semaine est monstrueuse, il était logique de ne pas trop charger la barque dans les Pyrénées, justement par souci d'équilibre. Mais ce seront quand même deux grosses étapes.
Sugvt : Ce tour est-il fait pour Contador ?
L.V. : J'ai envie de dire que n'importe quel Tour est fait pour Contador. Il est très fort en montagne bien sûr mais c'est aussi un bon rouleur. Et le profil des chronos (un pas trop long en plaine et un en montagne) lui convient bien. Oui, je pense qu'il trouvera un parcours à sa mesure.
Visiteur : Pour quoi avoir décidé d'arriver sur les Champs-Elysées en nocturne ?
L.V. : Parce que c'est le 100e Tour, qu'il fallait quelque chose de spectaculaire pour marquer le coup. S'il fait beau, finir sur les Champs au soleil couchant, ce sera magnifique. Puis avec une arrivée au sommet la veille à Annecy, donc loin de Paris, ce n'est pas plus mal que l'étape du dimanche démarre un peu plus tard...
Gui-Cristiano : Wiggins a dit que son objectif de l'année 2013 était le Giro. Une bonne décision ?
L.V. : On le saura l'an prochain. Cela dit, je trouve ça bien que Wiggins, après avoir gagné le Tour, décide de viser autre chose. C'est une marque de respect envers l'histoire de son sport. On a trop souffert de l'ultra-spécialisation. Il faut se satisfaire de voir Contador faire à fond le Mondial ou le Tour de Lombardie, et de voir Wiggins tenter de gagner le Giro. Même si je demande à voir. Je ne suis pas sûr que ce soit le Tour qui lui convienne le mieux sur le papier. Mais il a tellement surpris ces derniers mois qu'on ne peut jurer de rien.
Visiteur : Les gens qui critiquent le parcours... Attendons bon sang ! On ne connait pas encore tous les détails et en plus, ce sont les coureurs qui magnifient ou détériorent un parcours !
L.V. : L'expression "ce sont les coureurs qui font la course" est banale, mais elle est tellement vraie. je suis persuadé qu'avec un A.Schleck ou un Contador, cette année, le Tour aurait été plus dynamique. Le problème, c'est que tous les favoris étaient à peu près dans le même moule. Sauf Froome, mais il n'était pas en situation d'attaquer Wiggins.
Théogot : Les sprinteurs vont ils faire le déplacement ? Il y a beaucoup de montée et Sagan a montré l'année passée qu'il peut prendre des points aussi bien sur le plat qu'en moyenne montagne...
L.V. : Oui, pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il y a un maillot jaune à aller chercher dès le premier jour. Pour un pur sprinter, c'est une chance unique. Elle ne se représentera pas. D'autre part, dans les deux premières semaines il y aura quand même 7 ou 8 étapes de plaine. En revanche, qui sera encore à Paris vu la dernière semaine? Je pense que ceux qui seront à la ramasse pour le classement par points seront tentés de quitter le Tour. mais la perspective de gagner by night sur les Champs...
Sebastien : C'est très bien de mettre le Mont Ventoux au programme de la 100e édition mais tout le monde sait que cette étape ne sera qu'une course de côte...
L.V. : C'est vrai. Cela dit, deux éléments: l'étape sera très longue, la plus longue du Tour. S'il fait très chaud, arriver au pied du Ventoux avec plus de 200 kilomètres dans les jambes, ce n'est pas une sinécure. D'autre part, une course de côte, certes, mais ça reste quand même le Ventoux. Puis, il y aura une journée de repos le lendemain, c'est plutôt une bonne chose. Cette année, les organisateurs avaient eu la mauvaise idée de placer l'étape dans le Jura suisse la veille du chrono. Là, les favoris pourront bouger dans le Ventoux.
Nico : Que pensez vous de Semnoz ? Une vraie difficulté ?
L.V. : Oui. Il est classé en Hors catégorie. Plus de 10 kilomètres de montée à plus de 8% en moyenne, ça ne rigole pas. Il y a une toute petite accalmie après trois kilomètres de montée, c'est tout. Une pente vraiment difficile au bout d'une étape courte, et compliquée après trois semaines de course. Tout dépendra aussi si le Tour est joué ou non.
Pat-riton : Que pensez-vous des chances françaises sur un tel parcours ?
L.V. : S'ils ont les jambes, il n'y a aucune raison de penser que Rolland et Pinot ne puissent pas figurer parmi les 10 premiers à nouveau. Pour aller au-delà, tout dépendra de leur progression d'ici l'été prochain, de leur forme du moment, de la concurrence, etc. Personne ne peut le dire aujourd’hui, pas même eux.
Bruno : Les routes étroites de Corse risquent d'engendrer beaucoup de chutes et d'abandons en première semaine. Les organisateurs prennent un risque pour les coureurs...
L.V. : Pour en avoir discuté ce matin avec certains coureurs, ils sont plutôt contents de démarrer comme ça plutôt que par un prologue et quatre ou cinq étapes de plaine, terriblement nerveuses et propices aux chutes. Là, ils seront directement dans le vif du sujet. Routes étroites OK mais sur des tracés assez montagneux, c'est moins gênant que sur des étapes plates.
Clément : Aucune question sur le dopage, c'est pourtant d'actualité... Ne pensez-vous pas que l'affaire Amstrong va ternir ce 100e tour ?
L.V. : Là, nous sommes en plein dedans. Armstrong était présent dans toutes les têtes ce matin au Palais des Congrès et le discours de Prudhomme a largement tourné autour de la lutte contre le dopage. Je pense que le Tour a une telle force, et plus encore l'an prochain avec la 100e édition, qu'une fois en juin 2013, Armstrong paraîtra loin. Mais je peux me tromper.
Achraf_djerba : P ar rapport au parcours de la Vuelta 2012, il n' y en a pas beaucoup des arrivées au sommet...
L.V. : Il ne faut pas se focaliser sur les arrivées au sommet. En 2010, par exemple, il y avait quatre arrivées au sommet en HC. C'est rarissime. Du coup, il ne s'était rien passé au Plateau de Beille et à Luz-Ardiden. Mieux vaut parfois une étape avec un dernier col à 15-20 km de l'arrivée. Au total, il y a cinq étapes de très haute montagne, plus quatre étapes de moyenne, trois chronos, trois étapes vallonnées et six étapes de plaine. Je trouve ça équilibré.
Max12 : Je trouve le parcours du Tour moins impressionnant que celui de la Vuelta et du Giro. Ne pensez vous pas que le Tour est en perte de vitesse?
L.V. : A quel niveau? Médiatiquement? Non. Economiquement? Non plus. En termes de popularité? Je ne crois pas. Sportivement? Ca reste la course qui fait rêver les coureurs, le rendez-vous numéro un. Pour le reste, il y a un côté "l'herbe est plus verte de l'autre côté". Le Giro 2011 était absolument invraisemblable par exemple au niveau difficulté. Même Contador avait trouvé ça too much, c'est vous dire...
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AFP
























