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Autant de prétendants dans un mouchoir, c'est du presque jamais vu

Autant de prétendants dans un mouchoir, c'est du presque jamais vu

Le 17/07/2017 à 18:43Mis à jour Le 17/07/2017 à 23:18

TOUR DE FRANCE – Avec sept coureurs en un peu plus de deux minutes au classement général après 15 étapes, le Tour de France 2017 offre un suspense comme on en voit rarement. De Froome à Yates, tous ont encore une chance de décrocher la timbale. C’est rarissime.

Bientôt 65 heures de course, et sept hommes se tiennent en deux minutes. Ce millésime du Tour de France est raffiné, et surtout précieux. Rarement a-t-on déjà vu autant de coureurs si rapprochés aux deux tiers du parcours. Froome, Aru, Bardet, Urán, Martin, Landa, Yates : les sept merveilles de la Grande Boucle 2017 offrent au public une rareté statistique dans les 104 éditions de la "plus grande course du monde".

Avec six coureurs en 77 secondes et sept en 2'02" après 15 étapes, ce Tour offre entre les hommes de tête des intervalles que l'on retrouve habituellement entre le leader et son dauphin. Mais il existe néanmoins quelques rares exemples d'écarts aussi infimes à un stade aussi avancé de l'épreuve, et surtout impliquant autant de coureurs, prétendants à la victoire finale.

1977, déjà la lutte au couteau

Seule une édition surclasse 2017 en terme de suspense. En 1977, le peloton a le droit à une double ration pour sa 15e étape. L'entrée de la matinée, 105 kilomètres entre Thonon-les-Bains et Morzine n'intéresse pas grand monde mais le hors d'œuvre entre Morzine et Morzine-Avoriaz (contre-la-montre de 14 kilomètres) est coché par tous les cadors. Joop Zoetemelk remporte le chrono (ndlr : il sera déclassé suite à un contrôle positif après le Tour et écopera d’une pénalité de dix minutes), Bernard Thévenet s'empare du maillot jaune, mais aucun écart n'est créé. Conséquence, tout le monde se tient au coude-à-coude au classement général : les huit premiers se succèdent en 1'56".

1. Bernard Thévenet (FRA) en 88h04’58"
2. Dietrich Thurau (RFA) à 11"
3. Eddy Merckx (BEL) à 25"
4. Lucien Van Impe (BEL) à 33"
5. Hennie Kuiper (P-B) à 51"
6. Joop Zoetemelk (P-B) à 1’13"
7. Michel Laurent (FRA) à 1’32"
8. Francisco Galdos (ESP) à 1’56"

Thévenet ne lâche pas la tunique dorée jusqu'au Champs-Elysées et remporte son deuxième et dernier Tour de France devant Hennie Kuiper (48 secondes). Le Top 8 restera inchangé même si la dernière semaine sera celle du déclin de Merckx et de l'écroulement de Thurau et Laurent. L'écart final entre Thévenet et Zoetemelk (8e), après sa pénalité, sera finalement de 19'22".

Lucien Van Impe, Bernard Thevenet et Joop Zoetemelk dans le Tourmalet sur le Tour de France 1977

Lucien Van Impe, Bernard Thevenet et Joop Zoetemelk dans le Tourmalet sur le Tour de France 1977Getty Images

2008, l'anomalie

L’après-Lance Armstrong peine à voir se dégager un homme fort. Après le sacre d'Alberto Contador en 2007, El Pistolero ne peut défendre son titre, sa nouvelle équipe Astana n'étant pas invitée après les scandales de dopage qui ont touché la formation kazakhe. La course pour le maillot jaune est donc des plus ouvertes. Au soir de la 15e étape à Prato Nevoso, le combat entre les favoris est plus dense que jamais et Frank Schleck s'empare du maillot jaune pour sept petites secondes sur l'Autrichien Bernhard Kohl. En tête du classement général au départ de l'étape, Cadel Evans glisse au troisième rang. Le podium se tient en 8 secondes. Les six premiers coureurs (Schleck, Kohl, Evans, Menchov, Vande Velde, Sastre) sont séparés de 49 secondes.

1. Frank Schleck (LUX) en 63h 57’ 21"
2. Bernhard Kohl (AUT) à 7"
3. Cadel Evans (AUS) à 8"
4. Denis Menchov (RUS) à 38"
5. Chrstian Vande Velde (USA) à 39"
6. Carlos Sastre (ESP) à 49"

A l'arrivée à Paris, la hiérarchie s'inverse totalement. C'est Carlos Sastre, lieutenant de Schleck chez CSC et sixième après 15 étapes, qui l'emporte avec 58" d'avance sur Cadel Evans et 1'13" sur Bernhard Kohl. Frank Schleck, dernier membre du Top 6, termine finalement à 4'28" après un dernier contre-la-montre la veille de l'arrivée raté dans les grandes largeurs.

Cadel Evans devant Andy Schleck, Vladimir Efimkin, Frank Schleck et Christian Vande Velde lors de la 17e étape

Cadel Evans devant Andy Schleck, Vladimir Efimkin, Frank Schleck et Christian Vande Velde lors de la 17e étapeGetty Images

2017 : deux Grands Tours, deux thrillers

Il est trop tôt pour pouvoir prédire quel sera le classement final de ce Tour 2017. Mais cet écart après 15 étapes laisse présager un classement général final des plus serrés. Ce scénario est d'autant plus inattendu qu'il intervient après un Tour d'Italie déjà extraordinaire d'imprévisibilité, conclu avec cinq coureurs en deux minutes au classement général (Dumoulin, Quintana, Nibali, Pinot, Zakarin) au terme d'un contre-la-montre décisif. Le peloton n'a pas fini de nous surprendre.

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