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Tour de France : Chris Froome, à un pas des géants

Froome, à un pas des géants

Le 23/07/2017 à 20:10Mis à jour Le 23/07/2017 à 20:36

TOUR DE FRANCE – Chris Froome compte désormais quatre victoires sur le Tour à son palmarès. En dehors de son abandon en 2014, le Britannique domine sans partage, même si cette année, il est loin d'avoir survolé les débats. En 2018, il reviendra pour se placer à la hauteur de Merckx, Hinault, Anquetil ou Indurain.

Eté 2011. Au moment où Cadel Evans se pose sur le toit du Tour de France, Chris Froome est, à 26 ans, encore totalement inconnu du grand public. Celui-ci s'apprête à le découvrir lors de la Vuelta, qu'il terminera à la 2e place. Six ans plus tard, le Britannique apparait en bonne place dans l'histoire de la plus grande course du monde. Dimanche, il a ramené pour la 4e fois le maillot jaune à Paris.

Seul dans la galaxie des quadruples vainqueurs, il vient se hisser au-dessus de Philippe Thys, Louison Bobet et Greg LeMond, le voilà une marche derrière le quatuor historique composé de Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Dans un an, Froome reviendra pour les égaler. "C'est déjà un honneur d'être mentionné au niveau des grands qui ont gagné cinq Tours de France, a-t-il confié samedi à Marseille. Je réalise à quel point c'est difficile de remporter cinq Tours de France. Chaque année, c'est de plus en plus difficile."

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Succès tactique et collectif plus que physique

La bonne nouvelle pour Chris Froome, c'est que tous ceux qui ont gagné quatre fois le Tour ont remporté le 5e dans la foulée. Alors, en juillet 2018, sera-t-il l'égal de ces géants historiques ? "Je préfère prendre les saisons une par une et même les courses une par une", a-t-il prudemment avancé. Le prochain Tour est encore loin, il est vrai. Et sa prudence, si elle tient à sa nature, doit peut-être aussi à ce sacre 4.0, le plus compliqué de tous. Pas une victoire au rabais, cela n'existe pas sur le Tour, mais un succès plus tactique et collectif que physique. Sur ce plan, Froome n'a pas dominé ses adversaires, pour la première fois au cours de son règne.

Mais la Sky a prouvé une fois encore à quel point le cyclisme était, aussi, un sport d'équipe. Plus que jamais, l'armada britannique a fait corps autour de son leader. Elle a même fait écran, pour le protéger. Il était sans doute possible d'attaquer Froome. Mais il était beaucoup moins évident d'attaquer son équipe, en constante maîtrise de la course. Dans le Guardian, dimanche, un manager d'équipe, sous couvert d'anonymat, a bien résumé le problème : "Beaucoup se sont demandés pourquoi les rivaux de Froome n'attaquaient pas davantage. Mais cela nécessite de mettre un milliard de watts." Quand Kwiatkowski, Nieve, Kiryienka et, bien sûr, Landa, se relaient en tête du peloton en montagne, il faudrait être Merckx pour dynamiter tout cela.

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La Sky est sa limite... et sa principale force

Paradoxalement, si les Sky ont grandement contribué à amener leur leader en jaune à Paris, ils sont aussi plus que jamais un frein à sa popularité. La réputation sulfureuse de l'équipe de Dave Brailsford, dans le viseur de l'agence britannique contre le dopage ces derniers mois, rejaillit sur son principal personnage, même s'il n'est pas directement visé. "Je n'ai pas été vraiment concerné par ce qui s'est passé avec Sky. Je suis resté à l'écart et, franchement, ça ne m'a pas trop perturbé", a assuré Froome samedi. On peut le croire, mais cela pénalise forcément son image personnelle.

Mister Froome fait pourtant tout ce qu'il peut, et tout ce qu'il faut, se rendre aimable et appréciable. Il parle un français de plus en plus remarquable, sourit à tout le monde. Il est d'un fair play remarquable, même dans ses rares moments de faiblesse, comme à Peyragudes, où ses premiers mots furent pour féliciter Romain Bardet et Fabio Aru, vainqueur de l'étape et nouveau maillot jaune. Ses adversaires ne cessent de dire leur respect pour lui.

Chris Froome sous l'Arc de Triomphe

Chris Froome sous l'Arc de TriompheGetty Images

" J'apprends chaque année et je me développe "

Pourtant, il continue de susciter un manque d'enthousiasme, et parfois même une certaine hostilité. Les sifflets au Puy-en-Velay et la bronca du Vélodrome, si elles n'avaient pas la violence symbolique des crachats et du verre d'urine des années précédentes, sont quand même venus le rappeler. Les efforts déployés par Froomey suggèrent qu'il n'est pas insensible à tout ça. S'il en souffre, il ne le montre pas en tout cas.

Tout cela ne l'empêchera de toute façon pas de tracer sa route. Qu'on le veuille ou non, il compte aujourd'hui parmi les champions marquants de l'histoire du Tour. Au moins en termes de palmarès. Et c'est encore sur ce plan qu'il pourra s'ancrer davantage dans la légende dans un an. S'il en est là, c'est aussi par sa faculté à s'adapter aux circonstances, aux adversaires et à sa volonté d'évoluer, constamment. "Je me sens plus vieux aujourd'hui qu'en 2013, sourit-il, mais j'apprends chaque année et je me développe en tant que coureur. Je suis plus complet. J'ai beaucoup travaillé la descente, le positionnement dans le peloton. Je peux encore progresser tactiquement."

D'une année sur l'autre, il a gagné le Tour en l'écrasant en montagne, en assommant les chronos, en filant en descente, ou en gérant tactiquement. Peu importe son visage en 2018, il sera encore là pour gagner. Parce que c'est ce que Chris Froome sait le mieux faire.

Christopher Froome et ses 4 victoires sur le Tour / Visuel Palmarès
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