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Les débats du Tour : Qui sera le roi des Champs ?

Les débats du Tour : Qui sera le roi des Champs ?
Par Eurosport

Le 23/07/2017 à 10:09Mis à jour Le 23/07/2017 à 15:48

TOUR DE FRANCE - Chaque jour, trois questions sont posées à deux membres de la rédaction. Chacun donne son point de vue et vous invite à prendre part à la discussion. Ce samedi, il est beaucoup question des deux hommes forts de la Sky... et des Champs.

Froome fait-il un beau vainqueur ?

Par Laurent Vergne

Qu'est-ce qu'un "beau" vainqueur ? Vaste débat et la notion de beauté est si subjective que chacun y mettra ce qu'il voudra. Il est en tout cas un vainqueur incontestable, parce qu'il a été le plus complet sur ces trois semaines. Supérieur à ses rivaux dans les chronos, il a géré partout ailleurs et a su limiter la casse sur ses rares temps faibles, comme à Peyragudes ou dans l'étape du Puy-en-Velay. Il a gagné ce Tour parce qu'il a su ne pas le perdre. Bien sûr, on pourra lui reprocher l'absence de victoires d'étape. C'est un cas suffisamment rare pour ne pas être souligné.

Au fond, on trouve toujours quelque chose à reprocher à Froome. Quand il écrase la concurrence, ça ne va pas. Quand il gagne en mode davantage calculateur, ça ne va toujours pas. Ce qui est intéressant chez lui, c'est sa faculté d'adaptation. L'an dernier déjà, il avait forcé son destin en descente, dans Peyresourde. Cette fois, il a mené sa barque différemment. En fonction de sa condition, du tracé ou de ses adversaires, le Britannique sait s'ajuster. Alors, un beau vainqueur pour nous, sans doute pas. Mais paradoxalement, pour lui, c'est une très belle victoire, au vu du contexte.

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Par François-Xavier Rallet

Le vainqueur a toujours raison. C'est une première chose. Après, il y a la façon de se parer de lauriers qui entre en jeu. Chris Froome va quitter cette 104e édition sans le moindre succès. Une première pour lui sur le Tour de France quand il le termine en jaune à Paris. En sa faveur, je dirais que sa Grande Boucle a été maitrisée de bout en bout. Et sa (légère) déconvenue à Peyragudes n'a en rien entaché sa prestation. Au contraire, il n'a plus montré le moindre signe de faiblesse après ça et n'a cessé de monter en puissance.

Contrairement aux années précédentes, -et tant mieux pour nous-, le Britannique n'a pas été en mesure de tuer tout suspense dès la première étape de montagne. Cette proximité au classement général, Froome l'a parfaitement gérée. Tactiquement, il n'a pas commis la moindre faute. Et quand il s’est raté (son tout droit dans les caravanes par exemple) ou a connu des pépins mécaniques (dans le Mont du Chat, quand Aru a fait mine de l’attaquer…), ses adversaires l’ont gentiment attendu. J’aurais aimé un peu moins de respect. Il en serait ressorti grandi un peu plus même si c’est à mes yeux la plus belle de ses quatre couronnes. Son équipe était armée pour le supporter, au sens premier du terme. Tant mieux pour lui. Mais cela a malheureusement verrouillé la course. Ce qui a souvent été avancé pour expliquer l'ennui pour caractériser ce Tour 2017. Mais ça, c’est un autre débat.

La Sky a-t-elle privé Landa du podium ?

Par Laurent Vergne

C'est probable, même si l'équipe AG2R, par exemple, aurait peut-être courir différemment en certaines occasions si Mikel Landa avait menacé Bardet dès les Pyrénées par exemple. Reste que rien que dans l'étape de l'Izoard, où il était sorti dans un premier temps avant d'attendre Chris Froome, l'Espagnol aurait pu grappiller cette minuscule seconde qui le sépare de Romain Bardet à l'issue du chrono. Landa était fort, très fort, et dans bon nombre d'étapes de montagne, il a perdu une poignée de secondes sur la fin en se relevant après avoir travaillé pour son leader.

Mais impossible de le reprocher à la Sky, qui n'avait ni raison ni intention de courir deux lièvres à la fois. Il n'y avait qu'un seul objectif, la victoire finale de Froome. Landa a-t-il été démangé de jouer sa carte ? C'est possible. Mais il connaissait la donne. Le mettre sur le podium n'avait pas à être un objectif. Reste qu'à 27 ans, il a affiché le potentiel d'un futur prétendant au maillot jaune. D'autant qu'il ne faut pas oublier qu'il sortait du Giro. S'il ne l'a pas joué à fond comme un Pinot ou un Quintana, il y avait quand même gagné une étape et fini meilleur grimpeur et super combatif. Visiblement, pour lui, ce fut un sacré tremplin…

Par François-Xavier Rallet

Clairement. Ici-même, on a mis en lumière à plusieurs reprises le niveau de Mikel Landa durant ces trois semaines. L'Espagnol, qui devra à coup sûr changer d'équipe s'il veut jouer sa carte personnelle sur un grand Tour à l’avenir, avait les jambes pour faire (beaucoup) mieux que sa 4e place. Cantonné au rôle de principal lieutenant de Chris Froome, Landa s'est souvent effacé au profit de son leader et a toujours fait passer ses desseins personnels après ceux du Britannique. L'exemple le plus marquant ? Lors de l'ascension du col d'Izoard, Landa est parti seul après avoir faussé compagnie au groupe maillot jaune. On le voyait déjà reprendre beaucoup de temps sur le reste de la meute.

Mais l'Espagnol a été contraint d'appuyer sur les freins et calmer ses ardeurs sur ordre de Froome. Lors de la 9e étape, celle qui menait le peloton à Chambéry, il a également beaucoup roulé dans le Mont du Chat puis s'est relevé avant le sommet. Pour finir à 1'15" du sextet Froome-Uran-Bardet-Barguil-Aru-Fuglsang. A Paris, si le classement ne bouge pas, il ne lui manquera qu'une seconde. Pour services rendus, le Team Sky pourrait peut-être tenter un coup de bordure sur les pavés des Champs-Elysées, non ? Chris Froome a assuré ce samedi soir que ça n’arriverait pas. Dommage…

Qui sera le roi des Champs ?

Par Laurent Vergne

Marcel Kittel out, le jeu apparait de nouveau ouvert pour cette dernière étape et le premier véritable sprint plat depuis un petit moment. Je vais tourner mon regard vers l'autre colosse allemand. Vainqueur en 2015 et 2016 sur les Champs-Elysées, Andre Greipel peut briguer la passe de trois, que seul Mark Cavendish a réussi jusqu'ici à Paris.

Greipel fait partie des battus de ce Tour pour l'instant. Mais il connait la musique. On l'a peut-être oublié mais, l'année dernière, il était déjà sevré de succès avant le dernier acte. Et il avait levé les bras sur les Champs. Sans Kittel, Démare, Cavendish ou Sagan, le contingent des sprinters s'est effiloché à mesure que ce Tour a avancé. Greipel, lui, est toujours là. Et sur ce terrain, il sera un des hommes à battre. Si ce n'est l'homme à battre.

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Par François-Xavier Rallet

Sur la dynamique actuelle, j'ai envie d'avancer le nom d'Edvald Boasson Hagen. Le Norvégien finit fort son Tour et sa victoire à Salon-de-Provence lui a enlevé pas mal de pression. André Greipel, Alexander Kristoff ou Nacer Bouhanni ne peuvent pas en dire autant. Et ça change beaucoup de choses.

Propulsé leader de son équipe pour les arrivées massives, après l'abandon de Mark Cavendish, EBH a parfaitement relevé le défi. Peut-être voudra-t-il aussi prendre la 2e place au classement du maillot vert ? Seuls 4 points le séparent d'André Greipel. Une raison de plus pour le voir se mêler à la meute sur les pavés des Champs-Elysées lors de l'emballage final.

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