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Les Français butent encore sur la dernière marche, la plus haute

Les Français butent encore sur la dernière marche, la plus haute

Le 25/07/2017 à 10:30Mis à jour Le 25/07/2017 à 14:31

TOUR DE FRANCE - Le podium de Romain Bardet et les exploits de Warren Barguil ont confirmé le retour des coureurs tricolores dans les hauteurs de la hiérarchie mondiale... mais toujours à un cran en-dessous de la victoire suprême.

Difficile de faire la fine bouche devant les récents résultats des coureurs français. Sur le dernier Tour, Arnaud Démare a fait tomber une de ces barrières qui restreignent encore récemment l'univers de leurs possibles, en devenant le premier Français à dominer un sprint massif sur le Tour depuis 2006. Warren Barguil a réveillé le souvenir de Richard Virenque. Avec un deuxième podium final consécutif, Romain Bardet a lui signé une performance inédite au XXIe siècle pour un Français.

Et pourtant… Pourtant Romain Bardet est finalement passé plus près de tomber du podium que de le renverser. Thibaut Pinot, lui, a traversé l'épreuve comme un fantôme, sans que cela ne déçoive plus grand monde. On savait le Vosgien entamé par un Giro éprouvant. Juillet a une nouvelle fois établi que la Grande Boucle ne lui plaît guère, même s'il ne faut pas oublier les sommets (podium final, victoires d'étape marquantes) qu'il y a connus.

Et finalement, on se demande si cette génération viendra bien effacer les trois décennies de frustrations accumulées depuis la dernière victoire de Bernard Hinault sur le Tour.

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Le chrono de Marseille, une claque sévère

À vrai dire, l'idée de ce papier est née avant même la Grande Boucle qui a vu Pinot enregistrer un troisième abandon en juillet. Sa victoire à Asiago faisait seulement de son Giro un demi-succès. Ni lui ni Warren Barguil ne venaient briguer les plus hautes places du général sur le Tour. Et, malgré toute l'admiration que j'ai pour son talent, son tempérament et son intelligence, je ne misais pas sur la capacité de Romain Bardet à être l'homme qui ferait tomber Chris Froome.

J'ai beau jeu d'affirmer ces doutes maintenant que les résultats finaux du Tour viennent sanctionner les performances de chacun. Des hommes bien mieux placés que moi y ont cru. "Rien n'est perdu", affirmait-on encore dans le clan Bardet après l'Izoard, face à Froome et sa marge minime mais suffisante en vue du chrono marseillais.

Sur les 22,5 kilomètres qui firent office de juges de paix de ce Tour, Bardet a finalement perdu 5,2" au kilomètre face au Britannique. Rapportez ça à un chrono de 40 kilomètres et ça fait 3'30" à combler sur les autres terrains, rédhibitoire en ses temps où la Sky contrôle tout et les favoris peinent à créer des différences en montagne.

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La concurrence est très (trop ?) féroce

On peut se rassurer en considérant que le chrono de Marseille ne reflète pas le niveau de Bardet. Il s'y est effondré parce qu'il a touché ses limites physiques, atteintes au fil des efforts consentis pour bousculer Froome ; et ça en dit tout autant sur son incapacité à émerger en vainqueur final. Dans le même ordre d'idées, c'est bien d'avoir vu la machine Pinot monter en surchauffe si régulièrement qu'il amène à relativiser (relativement) ses si belles envolées en montagne.

Et quand bien même Pinot, Bardet (ou Barguil) repousseraient leurs limites, il reste de toute façon une barrière : la concurrence, fournie de champions peut-être forgés d'un métal différent. Froome est en train de s'installer parmi les légendes de son sport en se taillant un immense palmarès. Certes, il est plus âgé que les Français et, la mésaventure de 2014 le rappelle, il lui faudra toujours dompter les circonstances pour rafler la mise.

Mais quand bien même Froome tomberait de son piédestal, la place n'est pas nécessairement réservée aux Tricolores. Tom Dumoulin ou encore Fabio Aru ont déjà un Grand Tour au compteur pour appuyer leurs ambitions. Mikel Landa s'est affirmé comme le grimpeur de demain. Et celui d'hier, Nairo Quintana, aura encore son mot à dire pendant quelques années à la poursuite de son Sueño amarillo. Après tout, alors que sa saison est ratée, il a fait mieux que Pinot aussi bien sur le Giro que sur le Tour.

Fabio Aru, Chris Froome - Tour de France 2017

Fabio Aru, Chris Froome - Tour de France 2017Getty Images

Après la reconquête, la dernière conquête repoussée à demain ?

Bien sûr, Bardet comme Pinot peuvent faire mieux l'an prochain. L'Auvergnat saura parfaitement identifier les axes de progression qui peuvent lui permettre de franchir un nouveau cap. Le Vosgien a lui "retrouvé des repères par rapport au classement général sur un Grand Tour", comme l'a expliqué son patron Marc Madiot sur le plateau des Rois de la Pédale, et il s'agit désormais de "transformer l'essai sur la Grande Boucle". Quant à Warren Barguil, son superbe mois de juillet lui a donné des ambitions pour le classement général… ce qui en fait pour l'instant un prétendant au top 5, pas au maillot jaune.

Longtemps reléguée au second rang des nations cyclistes, la France a retrouvé une place digne de son histoire et de sa culture cycliste, forte d'un immense maillage territorial de clubs et de courses où les champions de demain se font déjà les mollets. Certains pointent le bout de leur nez, comme David Gaudu, dont on murmure déjà qu'il serait encore plus talentueux que Pinot.

Si ce n'est eux, ce sera donc leur petit frère. Et il faudra déjà les saluer pour tout ce qu'ils ont accompli et continueront à accomplir. Après tout, depuis 2011, les Voeckler, Péraud, Rolland, Pinot et Bardet ont fait bien plus que ce que j'avais pu observer depuis mes débuts de suiveur cycliste, qui ont coïncidé avec l'Affaire Festina à l'été 1998. Des montagnes ont été renversées depuis. Il reste à franchir le dernier sommet, le plus élevé.

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