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Le Tour de Lombardie l'a confirmé : il y a de quoi voir l'avenir en bleu

Il y a de quoi voir l'avenir en bleu

Le 08/10/2017 à 11:42Mis à jour Le 08/10/2017 à 11:45

Avec Julian Alaphilippe à la 2e place et trois Français dans le top 5 (une première sur un Monument depuis 1960), le Tour de Lombardie confirme un peu plus le retour au premier plan du cyclisme tricolore. Après le désert des années 2000, le présent s'écrit en bleu et l'avenir s'annonce radieux.

À la première lecture du classement du Tour de Lombardie ce samedi, l'absence d'Alexis Vuillermoz avait de quoi interpeller. Le puncheur d'AG2R La Mondiale avait bien franchi la ligne en 4e position, se classant 2e d'un petit sprint en comité réglé par Gianni Moscon (Sky). Mais son nom n'apparaissait nulle part. C'était incompréhensible. Et cela fleurait bon l'injustice. Le Jurassien semblait n'avoir rien à se reprocher et, dans le même temps, il avait levé son bras sur la ligne pour signifier son mécontentement envers Moscon, coupable selon lui d'un sprint irrégulier... Ce qui n'aurait pas étonné grand monde vu la charmante réputation que s'est construit l'Italien ces derniers mois.

Mais finalement, de disqualification, il n'y en eut point. Ni pour Vuillermoz, ni pour Moscon. Le nom du Français avait tout simplement été oublié par les commissaires ! Et après visionnage des images, le staff d'AG2R La Mondiale prit la décision de ne pas porter réclamation contre Moscon. Tout va bien qui finit bien donc. "Pikachu" s'est bien classé 4e. Une réhabilitation qui permettait à Vuillermoz de signer son premier top 10 sur un Monument. Et au cyclisme français de signer une performance rarissime dans son histoire.

Trois top 5 sur un Monument, une première depuis plus 1960

Hormis Alexis Vuillermoz (4e), Julian Alaphilippe (2e) et Thibaut Pinot (5e) ont également signé une performance d'envergure. Un plus deux qui font trois. Voilà donc trois Français dans le top 5 d'un Monument. Du jamais vu depuis très, très longtemps. Déjà, rien que sur les tablettes de la course lombarde, cela ne s'était plus produit depuis … plus d'un siècle. Et ce n'était arrivé qu'à deux reprises, en 1913 (triplé français avec Henri Pélissier devançant Maurice Brocco et Marcel Godivier) et 1909.

Dans l'histoire des cinq monuments (Milan San-Remo, Paris-Roubaix, Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège et Tour de Lombardie), il faut remonter à plus d'un demi-siècle pour trouver trois Français dans le top 5 ! La dernière fois, c'était déjà en Italie. Mais sur Milan-San Remo, en 1960. René Privat s'était imposé devant Jean Graczyk. Et Pierre Ruby avait pris la 5e place.

Avant cela, cette performance était assez commune sur Paris-Roubaix, seul Monument qui se déroule sur le sol français (17 fois au total, mais jamais depuis 1956). Mais à l'étranger, c'est une tout autre histoire : seulement trois fois sur Milan-San Remo (1960, 1911 et 1908) et au Tour de Lombardie (2017, 1913 et 1909), à deux reprises sur le Tour des Flandres (1922 et 1951) et jamais sur Liège-Bastogne-Liège.

Des résultats à la croissance exponentielle

Ce qui est surtout bien dans le tir groupé historique de samedi, c'est le sens qu'on peut lui donner. Davantage qu'un one-shot, il traduit très bien le retour au très haut-niveau du cyclisme français. C'est incontestable, Il pèse de nouveau sur les débats. Et en nombre. L'an passé, trois Français s'étaient déjà classés dans les 10 premiers du Tour de Lombardie. Et, c'est important à relever, il s'agissait d'un autre trio : Romain Bardet (4e), Warren Barguil (8e) et Pierre Latour (10e). En 2015, Tony Gallopin s'était lui classé 7e. Soit au total, sept Français différents dans le top 10 du Tour de Lombardie en l'espace de deux ans.

Au regard des résultats sur les Monuments depuis le XXIe siècle, on constate que le niveau du cyclisme français observe une croissance exponentielle :

  • Sur la décennie 2000 (dix saisons de 2000 à 2009), les Bleus n'ont décroché que 12 top 10, avec pour seul top 5 la 4e place de Richard Virenque sur le Tour de Lombardie 2001.
  • Depuis 2010, en seulement huit saisons, ils comptabilisent déjà trois fois plus de top 10 (38), 14 top 5, dont sept podiums et une victoire, celle d'Arnaud Démare sur Milan-San Remo 2016, la première depuis Laurent Jalabert lors du Tour de Lombardie 1997.

Et tout semble s'accélérer. Les trois dernières saisons (2015 à 2017) pèsent très largement dans le bilan des années 2010 (23 des 38 top 10). Sans parler de la saison qui vient de s'écouler. En 2017, il y a eu quasiment autant de top 10 sur les Monuments que sur l'ensemble de la décennie 2000 (10 contre 12). Après la traversée du désert, les Bleus ont remonté progressivement la pente et s'approchent désormais des sommets.

French rider Arnaud Demare celebrates as he crosses the finish line to win the Milan - San Remo cycling race on March 19, 2016 in San Remo.

French rider Arnaud Demare celebrates as he crosses the finish line to win the Milan - San Remo cycling race on March 19, 2016 in San Remo.AFP

Et en plus, ces Bleus sont jeunes…

Les Bleus peuvent être gourmands. La victoire d'Arnaud Démare sur Milan-San Remo l'an passé a ouvert une brèche. Et que ce soit sur les Grands Tours ou les courses d'un jour, ils sont nombreux à pouvoir s'y engouffrer, à l'image de Julian Alaphilippe, 2e du Tour du Lombardie deux semaines après être passé tout près du titre mondial à Bergen.

Une dernière statistique pour clôturer l'année avec optimisme (en attendant tout de même Paris-Tours et le Chrono des Nations). Sur le dernier classement UCI, neuf Français figurent dans le top 63 mondial. Seuls l'Italie et la Belgique ont une densité équivalente à ce niveau. À la différence près que la moyenne d'âge des Tricolores est bien moins élevée que celles de leurs voisins (26,7 contre 27,9 pour la Belgique et 29,2 pour l'Italie). Ni Pierre Latour (23 ans), ni David Gaudu (20 ans), ne figurent parmi ces neuf coureurs-là, ce qui rajeunit le contingent français. Plus besoin d'être chauvin pour voir l'avenir en bleu. Vivement 2018 !

Second-placed French Julien Alaphilippe from Quick-Step floor team, first-placed Italian Vincenzo Nibali from Bahrein-Merida team and thrid-placed Italian Gianni Moscon from Sky

Second-placed French Julien Alaphilippe from Quick-Step floor team, first-placed Italian Vincenzo Nibali from Bahrein-Merida team and thrid-placed Italian Gianni Moscon from SkyGetty Images

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