Slomka : l’homme qui monte à la tête (1ère partie) ?

Slomka : l’homme qui monte à la tête (1ère partie) ?
le 14/09/2012 à 18:25

Le landerneau munichois s’excite, gesticule. Alors que la saison, pleine de promesses, vient à peine de débuter, que l’arrivée de Sammer regonfle le moral des troupes du FC Bayern à la caboche cabossée par l’absence de titre et tant de finales perdues, l’actualité, elle, se concentre déjà sur l’année prochaine et sur le futur entraîneur du Verein allemand. Un nom revient sans cesse : celui de Mirko Slomka, l’actuel coach d’Hanovre 96. Explications.

Il y a quelque chose d’indécent, d’obscène, je trouve, à se focaliser de la sorte sur la succession d’un entraîneur en place alors que ce dernier débute l’ouverture de la Bundesliga sur le banc. Dans ce cas précis, Jupp Heynckes, au palmarès non négligeable, apparaît comme la victime expiatoire d’une période de transition. Son contrat se finit en 2013, celui de Slomka chez les "Roten" aussi. Ainsi, comble de l’insolence, une jeune journaliste interroge ce dernier sur les spéculations actuelles, alors que l’équipe de Basse-Saxe vient brillamment de se qualifier pour l’Europa League en étrillant 5-1 à l’AWD Arena son adversaire du soir. On notera, au passage, que le club est invaincu (1) depuis le début de l’exercice avec 6 victoires et un nul en 7 rencontres, toutes compétitions confondues. Sans oublier les 27 buts inscrits, près de 4 de moyenne par match. Et si depuis plus de deux ans maintenant, je vous cite régulièrement cette équipe comme l’une de mes "chouchous", son entraîneur doit bien y être, un peu, pour quelque chose.

Le disciple de Ralf Rangnick

Lorsque l’on naît à Hildesheim, en Basse-Saxe, et que l’on souhaite travailler dans le monde du football, il n’y a rien d’étonnant à se retrouver au club d’Hanovre. C’est d’ailleurs là qu’il fait ses premières armes en tant qu’entraîneur des jeunes, durant une décennie. Passent dans ses filets quelques joueurs à la belle carrière : Per Mertesacker par exemple, lequel débutera en pro, à 19 ans en 2003, sous les ordres de Rangnick. Citons aussi l’actuel capitaine du BVB Dortmund, Sebastian Kehl, Gerald Asamoah ou Fabian Ernst. Que des anciens internationaux allemands. Entre temps, Slomka est devenu l’assistant du "Fussballprofessor" (2), après son passage au Tennis Borussia Berlin.

Slomka : "J’ai perdu un très grand ami"

Il suit en 2004 son mentor à Gelsenkirchen, lequel remplace Heynckes. Schalke 04 finit, une nouvelle fois, second de la Bundesliga. La saison 2005-2006 est plus critique. En conflit avec le Manager Rudi Assauer et le conseil d’administration du club, Rangnick reçoit un fabuleux soutien spontané du public des "Knappen" (3) le 10 décembre lors, de la rencontre contre Mainz 05. Le coach est licencié deux jours plus tard. A la surprise générale, Mirko Slomka est nommé entraîneur de l’équipe première. Rangnick, lequel espérait une prolongation de son contrat jusqu’en 2009, ne lui pardonnera jamais : "ces dernières années, il n’y a pas eu de contact, sauf pour nous souhaiter un bon anniversaire. C’était différent, il y a cinq ans". De son coté, Slomka n’est pas tendre non plus : "Malheureusement, la relation s’est délitée, l’amitié a été cassée. Il n’y a aucune raison que cela change".

Slomka : "J’ai fait l’objet d’une attention particulière"

L’inexpérimenté entraîneur doit faire ses preuves très rapidement. "Dès mon premier jour à ce poste, j’ai fait l’objet d’une attention particulière. Car je n’avais aucun palmarès derrière moi". Les supporters des "Königsblauen" sont rassurés, S04 finit à la 4ème place en championnat et Slomka mène ses troupes en demi-finale de la coupe UEFA, éliminées en prolongation contre le futur vainqueur de l’épreuve, le FC Séville.

Le début de l’année suivante est plus compliqué, Nancy ruine les espoirs européens de S04 (1-0, 1-3) qui se voit aussi sorti, prématurément, de la coupe d’Allemagne. Les tensions dans le groupe réapparaissent : la filière sud-américaine (Bordon, Rafinha, Lincoln ainsi que l’Allemand Kuranyi né au Brésil) est en conflit avec le coach, certains joueurs se plaignent de leur temps de jeu. Slomka tranche et titularise dans les cages, un certain Manuel Neuer à la place de l’expérimenté et gardien international Frank Rost. Les résultats suivent. Une main de fer (Neuer) dans un gant de velours (style de Slomka). Le "club maudit" termine de nouveau à la seconde place de la Bundesliga.

Il sera licencié en avril 2008 suite à une défaite humiliante (5-1) contre le Werder Bremen, non sans avoir amené Schalke 04 en quart de finale de la ligue des Champions. C'est une fin de cycle logique. Il est maintenant reconnu. Surtout, il réalise avec 1,8 points de moyenne par match durant sa période à Gelsenkirchen, la deuxième plus grande performance en Bundesliga derrière le maître Ottmar Hitzfeld. Bernd Schuster, alors coach du Real Madrid, l’adoube et lui propose de venir apprendre une semaine dans le club castillan.

Slomka ne reprend un club qu’en septembre 2010, succède à Andreas Bergmann à Hanovre. Il retourne chez lui mais retrouve une maison désolée.

A suivre…

(1) qualifications pour l’EL : St. Patrick’s (3-0, 2-0), Slask Wroclaw (5-3, 5-1). Coupe d’Allemagne : FC Nöttingen (6-1). Buli : Schalke 04 (2-2), VfL Wolfsburg (4-0).

(2) Surnom, au début péjoratif, donné par les médias et les anciennes gloires du football allemand suite à une émission télévisée du 19 décembre 1998 où Ralf Rangnick, alors à Ulm et affublé de ses petites lunettes, expliqua sur un tableau noir, en direct dans l’émission culte « das aktuelle sportstudio », la défense à 4 en zone, alors quasi-inconnue en Germanie.

(3) http://www.youtube.com/watch?v=t1MgSiuWWSw

Euro-Visions : Polo
Euro-Visions : Polo

Chroniqueur et éditorialiste spécialiste du football allemand sur RMC, Polo a choisi son pseudonyme en hommage au grand défenseur et esprit libre Paul Breitner, buteur lors de deux finales de Coupe du Monde et meilleur joueur étranger dès sa première saison au Real Madrid. Observateur de la saga de la Bundesliga, de ses grandes et de ses petites histoires, Polo a passé une grande partie de son existence outre-rhin à y écumer les stades.