Ancelotti, son beau sapin

Ancelotti, son beau sapin
le 30/12/2011 à 18:12

Il n’est pas trop tard pour acheter un sapin de Noël à Paris. Le dernier distributeur en date se nomme Carlo Ancelotti, tout juste nommé à la tête du Paris Saint-Germain, adepte du 4-3-2-1, autrement appelé "arbre de Noël". À Milan, il a tout gagné grâce à ce système bien rôdé qu’il a réussi à porter au sommet, notamment en Ligue des Champions où cette tactique, plus prudente, était préférée au 4-4-2 en losange du championnat. À Chelsea, le système n’était pas aussi strict et Ancelotti a régulièrement changé de module, du 4-4-2 en diamant, au 4-3-3 et toujours une utilisation régulière du 4-3-2-1. Alors qu’il vient tout juste de signer son contrat, tous ceux qui connaissent l’entraîneur italien attendent de lui qu’il propose un PSG "arbre de Noël". Mais c’est oublier qu’Ancelotti est surtout un entraîneur qui sait s’adapter aux joueurs à disposition, aux évènements (blessures, suspensions, mercato) et aux signes distinctifs des  championnats : plus prudent en Italie à cette époque, plus véloce à son arrivée en Angleterre.

Ancelotti et le PSG c’est une affaire d’opposition. Lui si fidèle aux joueurs d’expérience et un PSG construisant avec de jeunes joueurs pour le futur. Lui souhaitant faire venir Malouda (précision, cela reste une rumeur) mais un joueur qui ne colle pas parfaitement au 4-3-2-1. Lui souhaitant rester en Angleterre et débarquant finalement en France. Longtemps, les informations qui ont circulé entraient en conflit avec certains préceptes du technicien italien. De quoi devenir dubitatif sur une éventuelle signature. Et puis, le PSG a officialisé son arrivée vendredi en début d’après-midi. Alors, à quoi ressemblera le PSG version Ancelotti ? Difficile à dire pour le moment. Ce que l’on peut analyser, c’est ce qu’Ancelotti a fait précédemment, notamment au Milan, mais aussi à Chelsea.

Il s'adapte à tout

Ancelotti sait s’adapter. À Milan, il a souvent alterné entre 4-4-2 losange et 4-3-2-1. Quand un des deux attaquants manquait, soit le mobile (Shevchenko), soit le finisseur, celui qu’il a appelé le " séducteur de ballon" (Inzaghi), l’entraîneur italien rajoutait un milieu créateur derrière l’unique pointe. En résultait un jeu très axial où l’adversaire devait répondre par des ailiers venant aider les milieux centraux. C’était alors avec bonté que les latéraux du Milan, de Jankulovski à Cafu en passant par Oddo et Zambrotta, prenaient leurs couloirs et accompagnaient la phase offensive de l’équipe pour obliger l’adversaire à couvrir toutes les zones. À l’inverse, ce système en arbre de Noël était parfois contraignant pour Ancelotti qui savait que l’équipe risquait de souffrir défensivement, sur les côtés, et aussi en cas de changement de rythme si le pressing de ses joueurs était rapidement effacé.

Ce jeu très axial avait aussi une autre contrainte face aux équipes très regroupées. Du coup, en Série A, face à des équipes très défensives, le 4-4-2 en losange apparaissait comme la solution la plus efficace, surtout à son arrivée en Lombardie. Lors du scudetto 2003-2004, il avait fait ainsi évoluer son module avec l’arrivée de l’arbre de Noël. Il n’était pas rare non plus qu’il passe d’un système à l’autre en cours de match selon l’évolution du score. Car Carlo Ancelotti s’adapte à toutes les situations. À la Juve, Zidane l’a forcé à oublier son 4-4-2. À Chelsea, il est aussi passé par cette étape.

En Angleterre, il a su écouter ses joueurs. Parti sur un 4-4-2, il a rapidement développé un mélange entre 4-3-2-1 et 4-3-3, la frontière pouvant être très mince entre les deux systèmes selon le comportement des deux mezzepunte. Ce changement est notamment intervenu sur demande des joueurs avec un entraîneur toujours à l’écoute des bonnes idées. Frank Lampard évoluait notamment trop haut et recevait plus le ballon dos au but que dans le sens du jeu. Ce changement a été couronné de succès, comme lors du match à Old Trafford en avril 2010 remporté 1-2 ou avec un Florent Malouda décisif en début de saison 2010-2011.

Plus que des joueurs âgés ou expérimentés, il aime les joueurs intelligents

Quels que soient les schémas, le style de jeu est toujours basé sur la volonté de récupérer très tôt le ballon, sur l’apport offensif des latéraux et sur l’intelligence des joueurs. Là encore un point essentiel. Plus que des joueurs âgés ou expérimentés, il aime les joueurs intelligents. Ceux qui savent lire un match. Ceux qui ne paniquent pas à la moindre contrariété. Ceux qui jouent collectif quand il le faut, ou qui tentent la solution individuelle quand elle s’impose. Le bon choix au bon moment. Et à ce petit jeu, pas sûr que Menez et Nenê aient beaucoup de crédit. Deux ailiers. Et si la rumeur envoyant Kaka à Paris venait à se confirmer, il n’y aurait que peu de doutes sur le schéma tactique de base qu’utiliserait Carlo Ancelotti. Un bel « arbre de Noël » avec Kaka et Pastore derrière l’attaquant de pointe. Un système de jeu qu'a connu l'argentin à Palerme, avec Ilicic à ses côtés devant un trio de milieux hargneux (Nocerino, Migliaccio, Bacinovic), et derrière Miccoli.

Il faudra attendre encore quelques jours avant de voir le PSG façon Carlo "Droopy" Ancelotti se dessiner. Et rarement cette évolution n’aura été attendue avec autant d’impatience dans le monde entier. À commencer par la France, mais aussi par l’Italie, encore étonnée du choix d’Ancelotti d’accepter la proposition du PSG. Un club parisien made in italy qui fera assurément parler de lui dans la botte. Un premier signe de rayonnement à l’échelle internationale ? Paris a passé la commande.

Johann CROCHET

Fondateur de coupfranc.fr,blogueur, Johann Crochet a l'habitude de dire qu'une bonne journée commence par une revue de presse italienne et qu'une bonne année se mesure au nombre de matches de Serie A vus dans les stades. Par goût, il suit aussi le foot néerlandais et les championnats scandinaves.

 
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