Tous les jours, un regard de spécialiste mêlant érudition et second degré sur les clubs et les championnats étrangers.
Chievo, une success story en toute discrétion
Commençons par une affirmation : le Chievo n’est pas un club historique et populaire du foot italien. La passion n’y est pas aussi forte et aussi destructrice que dans de nombreuses villes italiennes, des mastodontes de Serie A (Milan, Rome, Naples) aux cités les moins "connues" (Catane, Bologne, Lecce), et les dirigeants s’en accommodent certainement. Le Chievo tient cette particularité du fait qu’il n’est pas le club de Vérone – titre détenu par l’Hellas – mais celui d’un petit quartier de la municipalité vénitienne. Destiné à rester dans la confidentialité des divisions régionales, le club des "ânes volants" s’est taillé une place dans l’Histoire du foot italien en étant le seul à avoir gravi tous les échelons, du monde amateur à l’élite. Zoom sur un club qui ne fait pas de vague, qui est peu médiatisé et ne vit que pour rester en Serie A.
En France, le Chievo est plus connu que de nombreux autres clubs de la Botte. La raison ? Il a su faire ses meilleures saisons quand la Serie A était encore le championnat à suivre. Une période qui a signifié le début des ennuis, la faute à une évolution trop rapide et pas préparée. Mais contrairement à d’autres clubs italiens ayant définitivement plongé dans l’enfer des relégations successives, le Chievo a su rebondir et se faire une place au soleil, en toute discrétion.
Petit deviendra grand
Le Chievo a su se construire sa "success story". En quinze ans, le club est ainsi passé de l’équivalent de la cinquième division à la Serie A, le tout, dans l’ombre de son grand rival, l’Hellas Vérone. Son rival dont le nom est souvent raccourci à "Verona", nom de la ville, quand les Gialloblu se contentent de "Chievo", nom de leur quartier. Une différence notable chez les supporters, mais de manière générale, dans toute l’Italie où le Chievo n’a jamais déchaîné les foules.
Dans ce quartier d’à peine plus de 3000 habitants, le club est pourtant une véritable fierté. Celle d’être parti de rien pour arriver au sommet, sans l’aide de personne si ce n’est la famille Campedelli, reine du dessert industriel. À Luigi, décédé en 1992, a succédé Luca, alors plus jeune président de club (23 ans). Avec lui, le club est entré dans une autre dimension, mais sans faire de folie. Le club s’est structuré, a misé sur des talents locaux et a gravi les échelons.
Pour sa première saison en Serie A, en 2001-2002, le club a surpris tout le monde. Leader jusqu’à fin novembre, le Chievo a fini la saison à la 5ème place, qualificative pour la Coupe de l’UEFA, avec dans ses rangs quelques bons joueurs comme Marazzina, Corradi ou Perrotta, et sur le banc, le désormais contesté Gigi Del Neri dont la carrière s’est faite sur ce seul exploit. Après une deuxième saison ponctuée à la 7ème place, le Chievo a plongé, terminant dans la zone de relégation mais remontant aussitôt dans l’élite. Toujours sans faire de vague, sans provoquer des crises de larmes, sans apitoiement, et dans la confidentialité la plus totale.
Le Chievo est destiné à terminer dans le milieu de tableau de Serie A. Avec une bonne génération, le top 10 est envisageable. Sans grand talent, une lutte pour la relégation est possible. Survivre en Serie A, c’est l’objectif du club qui ne veut pas terminer comme son grand rival, l’Hellas, passé de la Serie A à la Serie C en cinq petites années (2001-2006), se battant même pour ne pas descendre plus bas.
Le brouillard, la L1 et les Looney Tunes
Si vous prenez l’autoroute A4 entre Milan et Venise, pour quelques jours dans la ville qui symbolise l’amour, un arrêt à Vérone s’impose pour contempler les restes de l’Empire Romain et les magnifiques œuvres de la Renaissance. Et puis, un petit tour sur le balcon de la maison de Juliette vous replongera dans la tragédie de Shakespeare, symbole de la passion destructrice qu’offre Vérone. Une passion irréelle imaginée par Matteo Bandello, le père de Roméo et Juliette, que l’on peine à ressentir aujourd’hui dans Vérone, à tous les niveaux, à commencer par le football.
Qui dit moins de passion, dit moins de public. Il n’est pas rare de voir l’Hellas Verona réaliser de meilleures moyennes de spectateurs que le Chievo, même quand deux divisions séparent les clubs, comme lors de la saison 2009-2010. Les Ultras du Chievo sont loin d’être les plus véhéments, en témoigne la mascotte du plus gros groupe, le célèbre Marvin le Martien des Looney Tunes. Loin des chiens agressifs, des lions ou d’autres animaux symbolisant la puissance et la dangerosité.
Quand il parvient à dépasser les 11.000 spectateurs, il n’est pas rare de voir le Stade Marcantonio Bentegodi être plongé dans un épais brouillard, la faute à sa situation géographique. Au milieu de la plaine du Pô et au bord de l’Adige, le stade est régulièrement blanchi et la retransmission en devient grotesque. Pas terrible quand, déjà, le jeu de l’équipe n’est pas des plus séduisants et où les ballons se perdent à 10 mètres au-dessus de la pelouse.
Le Chievo n’a jamais pu (ou voulu) se payer des stars. Il est rare de voir des joueurs, passés par le club, devenir protagonistes dans des grands clubs italiens. Il y a bien Perrotta et Legrottaglie, deux exemples discutables, mais pour les autres comme Luciano, D’Anna ou D’Angelo, le Chievo est resté le maximum possible. Le club mise avant tout sur un bon collectif et un jeu qui ne fait pas briller individuellement ses joueurs. Et ces derniers ne suscitent donc pas l’intérêt de plus grands clubs. Pas étonnant alors que le Chievo ait réussi à faire marcher plusieurs joueurs en échec en Ligue 1, de Kevin Constant à Bostjan César, en passant par Gelson Fernandes et Boukary Dramé. Des joueurs moyens, finalement assez bons pour un club de milieu de tableau et dans un collectif serré.
Cette saison, le club navigue dans ses eaux habituelles. Sa douzième place actuelle le met à l’abri de la zone de relégation mais les ennuis pourraient bien arriver. En effet, le nom de la bandiera du club, Sergio Pellissier, a été entendu à plusieurs reprises sur les écoutes téléphoniques mises en place suite au scandale des matchs truqués, sans que l’on sache, pour le moment, le degré d’implication du joueur. Et si Sergio Pellissier venait à manquer à l’appel, c’est tout le Chievo qui regarderait vers le bas. D’où l’importance de se mettre très vite à l’abri. Cela commence dès dimanche, avec le déplacement au Stade Olympique de Rome où l’attend une Roma jamais à l’aise au retour des fêtes de fin d’année. Les ânes volants espèrent que le Père Noël et son traîneau passeront avec quelques jours de retard pour distribuer le premier cadeau de l’année...
Johann CROCHET (twitter : @roycod)
Fondateur de coupfranc.fr, blogueur, Johann Crochet a l'habitude de dire qu'une bonne journée commence par une revue de presse italienne et qu'une bonne année se mesure au nombre de matches de Serie A vus dans les stades. Par goût, il suit aussi le foot néerlandais et les championnats scandinaves.
























Oublié de dire qu'on mange et boit super bien a Verone. Une raison de plus pour s’arrêter.Le 05/01/2012 à 17:15