Mano Menezes, le sélectionneur-fusible a sauté

Mano Menezes, le sélectionneur-fusible a sauté
le 28/11/2012 à 17:11

A un an et demi de la Coupe du monde, le sélectionneur brésilien a été viré, sous fond de lutte de pouvoir à la CBF. En jeu : la présidence de la Confédération Brésilienne de Football.


 La semaine dernière, la crise politique qui secoue la Confédération Brésilienne de Football a éclaté au grand jour. Et c’est Mano Menezes qui a payé les pots cassés, car il faut bien l’avouer, il était le fusible tout trouvé. Et pourtant son bilan est loin d’être catastrophique. En 28 mois et 33 matches, il en a remporté 21, pour 6 nuls et 6 défaites. Et surtout, il a réussi à renouveler les cadres et installer la jeunesse triomphante (Neymar, Oscar, Damiao, Lucas, etc.) aux commandes de la sélection. Mais tout cela n’a pas suffi et il a été prié d’aller voir ailleurs, comme ça, du jour au lendemain. Brutal.

Les dirigeants de la CBF, malins, ont profité la vague de critiques qui s’abat sur l’ex-sélectionneur depuis quelques mois pour le mettre à la porte. En effet, beaucoup, au Brésil, commençaient à douter sérieusement de la carrure de Mano pour emmener la Canarinha vers le titre de champion du monde en 2014. Mais il ne faut pas se fier aux apparences car cette éviction n’a rien à voir avec le ballon rond. Derrière ce limogeage, c’est Andrés Sanchez, le directeur des sélections, qui est visé.

Lutte de pouvoirs en coulisses

Ce nom ne vous dit certainement pas grand chose, et c’est normal, mais Andrés Sanchez est un dirigeant qui a le vent en poupe au Brésil. Proche de Lula, cet homme d’affaires, ancien président des Corinthians, connu pour son franc parler et ses méthodes modernes de management n’a jamais caché ses ambitions : devenir président de la CBF. Alors, petit à petit, il a fait son nid au sein de l’institution. C’est lui, par exemple, qui avait fait des pieds et des mains pour que Mano Menzes soit le sélectionneur du Brésil. Mais la semaine dernière, le vent a brutalement tourné. Alors qu’il est le directeur des sélections, personne ne lui a demandé son avis à l’heure de virer son protégé. Le message qui lui est adressé est clair : il n’a plus de pouvoir. Ses jours sont comptés.

Au Brésil, le football est décidemment un monde à part, où les dirigeants ne reculent devant rien. Même  pas devant l’absurde. En effet, le prochain président de la CBF sera élu en avril 2014. Deux mois seulement avant le début de la Coupe du monde. Inutile d’écrire que le nouvel élu sera alors sur les feux de la rampe. Une victoire et son nom s’installera confortablement dans l’histoire du pays. Sans parler de l’argent qui risque de couler à flots dans les caisses de la CBF. Les futurs candidats agissent dans l’ombre. La bataille fait rage en coulisses.

A 80 ans, l’actuel président de la CBF, José Maria Marin ne se représentera pas. Mais il soutient Marco Polo del Nero, le vice-président de l’institution. Et ce sont ces deux hommes qui ont poussé Mano vers la sortie pour fragiliser Andrés Sanchez. Pas dupe, ce dernier a alors déclaré qu’il démissionnerait de son poste au plus vite. C’est tout ce qu’espéraient les deux compères, Marin et Del Nero. Mais mardi, Andrés Sanchez a décidé de faire durer le plaisir un petit peu. Au moins jusqu’au tirage au sort de la Coupe des Confédérations qui se tiendra, samedi, à Sao Paulo. La presse brésilienne assure que cette décision a fait bondir Marin et Del Nero. Ils auraient préféré, et c’est logique, vivre cette cérémonie entre amis. Histoire de bien montrer qu’ils sont, aujourd’hui, les seuls maîtres à bord.

Scolari bientôt nommé

La nomination du futur sélectionneur est donc un enjeu majeur. Marin et Del Nero ont clamé sur tous les toits que la décision serait dévoilée au mois de janvier. Pas avant. Mais selon le quotidien Folha de Sao Paulo ils ont fait machine arrière. Pour mieux asseoir leur pouvoir. Le 4 décembre, toujours selon la Folha, ils devraient annoncer que Felipe Scolari, alias "Felipão", est l’homme providentiel. Voire même dès jeudi. L’entraîneur, champion du monde en 2002, qui permettra à la Seleção d’être reine en son pays. Ce choix est celui de la raison et du conformisme. Car le "Grand Philippe" est aujourd’hui, le technicien brésilien le plus réputé de la planète. A 65 ans, il a brillé sur tous les terrains du monde. Il a en plus, et ce n’est pas négligeable, l’expérience d’un Mondial gagné. Enfin, il est actuellement libre de tout contrat.

En nommant "Felipão", Marin et Del Nero ne prennent aucun risque. Il fait l’unanimité au pays, auprès du public et des dirigeants. La rumeur prétend que ce choix a été fortement conseillé par Ricardo Teixeira, l’ex omnipotent président de la CBF, dont l’influence, malgré ses soucis avec la justice, continue d’être importante.

Avec Felipe Scolari, le Brésil tentera donc de gagner chez lui, la sixième Coupe du Monde de son histoire. Mais avec quel président ?

Alexandre Juillard

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