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Genoa : la lutte des classes
02/12/2011 - 09:29

Genoa : la lutte des classes

Le football se coupe peu à peu de ses supporters. Derrière cette affirmation se cache un ras-le-bol quasi-général de ceux qui contribuent à faire de ce sport un véritable spectacle. En Italie, les plus hostiles aux dérives du foot moderne se trouvent dans la tribune Nord du Genoa CFC. Pour eux, les millions dépensés par le président ne les feront jamais taire et les tribunes resteront un lieu d’expression symbolique pour faire passer des messages. Des critiques envers les joueurs, au soutien de salariés victimes de licenciement, tout y passe. Le président Preziosi n’est pas non plus épargné. Jusqu’à une fracture inéluctable ?

À l’heure de recevoir le Milan de Berlusconi (vendredi soir à 20h45), de nouvelles banderoles pourraient bien apparaître dans la Gradinata Nord. Symbole de la crise économique italienne, l’ancien chef du gouvernement italien cristallise les critiques chez les supporters adverses. À Gênes, ville industrielle et ouvrière, plus qu’ailleurs, la défiance est totale envers les hommes politiques, soupçonnés de dilapider l’argent de l’Etat au détriment des salariés. Une banderole exposée lors du dernier Genoa-Lecce soutenait cette idée : "Plus de commandes pour le chantier naval de Fincantieri, moins d’escorte policière pour le gouvernement". Ceci faisait écho à la prochaine perte d’emploi d’ouvrier des chantiers navals de la région. Voilà un engagement total qui fait grincer quelques dents.

Une tribune d’expression

En dehors de supporter leur club de cœur, les tifosi du Genoa n’hésitent pas à exprimer leurs opinions sur le premier support venu. Il y a un an tout juste, une menace de grève planait sur la Serie A. Pour les fans des Rossoblu, cette action, symbole de la lutte des classes, dévoyée par des joueurs payés des millions, était impensable. Alors, sur leur site Internet, ils ont publié une tribune reprise dans les plus grands médias transalpins : un texte au vitriol fustigeant l’attitude de "jeunes milliardaires, avec leurs luxueuses Ferrari et leurs caleçons Dolce & Gabbana", leur donnant "la nausée" en entendant "le mot grève  dans la bouche de gens qui n’ont jamais vraiment travaillé sérieusement". A l’époque, ce texte avait marqué les consciences. Alors, quand une nouvelle menace de grève est apparue au mois d’août, avant le début de la saison, tout le monde s’est tourné vers la tribune Gradinata Nord. Qui a remis ça.

Après le report de la première journée pour cause de grève, les tifosi ont profité de la venue de l’Atalanta (2e journée) pour montrer leur désapprobation d’une telle action. Venus au stade sans les couleurs historiques du club (rouge et bleu), ils entendaient ainsi protester contre cette "pseudo grève de starlettes" ayant eu pour conséquence d’atteindre le point de non retour. Car les tifosi n’acceptent plus les moindres gémissements des joueurs sur les matches rapprochés, les entraînements parfois trop intenses, les cas personnels (présence sur le banc, dans les tribunes) et bien d’autres. Dans un pays en proie aux difficultés économiques, les plus à plaindre sont ceux qui payent pour vivre leur passion, ceux qui vont au stade malgré un licenciement récent ou tout simplement ceux qui tentent de survivre. Alors, tout ce qui est symbole "d’argent facile" devient un cible. Des joueurs, au président Preziosi, peu épargné lui aussi.

Un président dépensier

Quand on a fait fortune dans le business, on s’achète parfois une passion. C’est un peu ce qu’a fait Enrico Preziosi, le roi des jouets pour enfants (Giochi Preziosi). Mais en tâtonnant. D’abord à Saronno (Serie D), puis à Côme (Serie C1) avant de racheter le Genoa en 2003, après une descente en Serie C1 qui n’aura finalement pas lieu, la faute à un imbroglio sportif comme seule l’Italie sait le faire. Mais deux ans plus tard, le Genoa finira par retrouver la 3e division ; la faute à une affaire de match truqué lors de la rencontre face à Venise pour l’accession en Serie A.

De retour parmi l'élite depuis maintenant cinq saisons, le club du Genoa est chaque année évoqué comme un possible candidat aux places européennes, et finit presque toujours par décevoir. Pourtant, le président se donne les moyens de ses ambitions en lâchant des millions lors du mercato, mais souvent pour des joueurs très moyens, qu’il arrive à convaincre en leur offrant des salaires mirobolants. Et c’est justement ce point qui fait hurler les tifosi, au point de contester régulièrement le président qui les a sortis de leur marasme sportif.

Le rapport Preziosi-tifosi est construit sur un système de critiques respectives. Le club ne dépasse pas les 16.000 abonnés à la veille du début de la saison 2011-2012 ? Preziosi se lâche dans les médias : "Je trouve cela humiliant de n’avoir que 16.000 abonnés par rapport au travail effectué. S’ils ne s’abonnent pas pour des raisons économiques, je peux le comprendre, un euro est parfois déterminant. Mais une baisse de 25-30% ne peut pas s’expliquer que sur une base économique. Ils sont peut-être sceptiques mais on a fait du bon boulot." Autre exemple. Le Genoa traverse une période délicate courant octobre, Preziosi demande l’union sacrée. "Les tifosi Rossoblu doivent comprendre qu’on a besoin de sérénité et de calme. J’ai dépensé un paquet de fric sur le mercato. Les difficultés doivent être évacuées pas amplifiées, sinon les conséquences seront encore plus graves." L’année passée, le fils d’Enrico Preziosi a été insulté par des centaines de supporters. Réponse du père ? "Si cela se reproduit, je mets en vente le club." Cette relation tumultueuse entre le propriétaire d’un club et ses supporters est malsaine. A travers une banderole lors du match d’ouverture face à l’Atalanta, la Gradinata Nord a demandé ceci : "Preziosi, respecte nous". Pas une semaine ne passe sans qu’une déclaration vienne s’ajouter dans le dossier gênois.

Pour ne rien arranger, l’équipe joue au yo-yo et est incapable d’enchaîner les bons résultats. Seulement 9e de Serie A, avec quatre petits points d’avance sur le premier non relégable, le Genoa pourrait se retrouver en sérieuse difficulté en cas de défaite face à Milan vendredi, d’autant qu’il faudra affronter l’Inter et Naples d’ici Noël. Seule bonne nouvelle, le comportement des Rossoblu face aux gros : deux victoires face à la Roma et la Lazio, un nul à Turin contre la Juve. Preziosi a déjà annoncé la couleur. Il veut une équipe avec six milieux de terrain (aucun attaquant, Palacios étant suspendu), de la combativité et de la personnalité. Voilà un point d’accord avec les tifosi. Pour le reste, et à vingt-quatre jours de Noël, ne comptez pas sur les deux parties pour se faire des cadeaux…

Johann CROCHET
Fondateur de coupfranc.fr, blogueur, Johann Crochet a l'habitude de dire qu'une bonne journée commence par une revue de presse italienne et qu'une bonne année se mesure au nombre de matches de Serie A vus dans les stades. Par goût, il suit aussi le foot néerlandais et les championnats scandinaves.

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6 Commentaires
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  • 6.
    juventino46Sa fait plaisir de lire des articles intéressant sur la Serie A! Merci Monsieur Crochet!Le 05/12/2011 à 07:56
     
     
     
  • 5.
    Ko2s187article au topLe 03/12/2011 à 14:27
     
     
     
  • 4.
    guigui3412cet article montre par les actions des tifosis, les limites du foot business, j'aime le foot, mais la politique de mecenariat qu'il y a là est tout simplement à gerber!!!Le 02/12/2011 à 17:06
     
     
     
  • 3.
    Ronaldo#9C'est quand même une belle équipe qui lance de bons jeunes tels que el Sharaawy et qui a su relancer Kaladze (redevenu très bon)

    Je voudrais également dire que Genoa est jumelé avec le Napoli et que ce "derby des jumeaux" est sûrement la plus belle affiche d'Italie avec des matchs souvent plaisants et surtout toujours dans le respect au niveau des supporter et sur le terrain... Bref, un exemple de fair-play dans le football moderne! Je vous conseille vraiment de regarder ces matchs :)
    Le 02/12/2011 à 17:03
     
     
     
  • 2.
    Ronaldo#9Super article! Cependant je vous trouve un peu dur avec le Genoa qui fait quand même de belles affaires dans les mercato avec des politiques de duo-propriétés avec de plus gros clubs tels que Milan et l'Inter (Rannochia, Boateng, Rafinha...) au niveau des mercatos on pourrait dire que le propriétaire s'amuse à faire du business plutôt qu'à chercher les résultat.Le 02/12/2011 à 17:00
     
     
     
  • 1.
    lifeislife_75Article au top. Le Genoa dépense vraiment n'importe comment.Le 02/12/2011 à 13:06
     
     
     
 
 
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