Herrera, la bonne pioche ?

Herrera, la bonne pioche ?
le 03/07/2012 à 21:38

Reculer pour mieux sauter. Telle est la devise d’Emanuel Herrera. Plus qu’un saut, c’est un bond de géant qu’il pourrait pourtant faire en signant à Montpellier. En un an, il passerait de la seconde division chilienne (Club Deportes Concepción) à la Ligue des champions. Son itinéraire de footballeur ressemble, même de loin, à celui de Tino Costa, l’ex milieu argentin de Montpellier. Alors que ce dernier s’est exilé en Guadeloupe avant d’atterrir en Métropole, le natif de Rosario, barré par une forte concurrence au pays, a préféré traverser la Cordillère des Andes pour lancer sa carrière. Quitte à revoir ses ambitions à la baisse et d’évoluer en seconde division Chilienne. "C’est mon agent qui m’a conseillé de prendre ce chemin, a-t-il avoué à la presse chilienne. A Concepción, je suis tombé sur un entraîneur (Del Solar) qui a changé ma vie et qui a su me donner confiance. Je ne regretterais jamais ce choix."

En une saison en deuxième division, cet athlétique attaquant (1m82 pour 84kg) a inscrit la bagatelle de 29 buts. De quoi attiser les convoitises des grands clubs chiliens. Mais après une belle foire d’empoigne, c’est finalement le légendaire Club Unión Española, l’un des plus vieux du pays, qui a empoché la mise. Herrera a confirmé, en première division, qu’il avait bien un goût prononcé pour le but. En championnat d’ouverture, en 17 matches, il a inscrit 11 buts et délivré 4 passes décisives. Avec son pied droit, son pied gauche ou sa tête, car Herrera est un attaquant complet, obsédé par les filets adverses. Sur 47 frappes, lors de ce championnat, il en a cadré 29. Un beau ratio qui montre bien que l’Argentin a de la précision dans les pieds. Mais ce qui a peut-être convaincu la cellule recrutement de Montpellier, c’est le niveau affiché par Herrera lors de la Copa Libertadores. Même si son club a été éliminé en huitièmes de finales par Boca Juniors, il a inscrit 5 buts en 8 matches et a cadré 13 de ses 21 frappes.

A Santiago du Chili, Herrera s’est fait un surnom : "el Tanque" (le tank). Un sobriquet qui est traditionnellement donné sur le continent aux attaquants physique et puissant. C’est ce qu’il est. Mais son profil n’a pas grand chose à voir avec celui d’Olivier Giroud. Les deux hommes sont certes attirés par le but et d’excellents joueurs de tête, mais Herrera est moins pivot que Giroud et certainement un peu plus rapide. Il aime provoquer balle au pied et partir de loin.  En dehors des terrains, c’est un gars tranquille qui avouait il y a peu que ce qu’il lui manquait le plus à Santiago, c’est "une rivière pour aller pêcher". Car Herrera partage le goût du campo(la campagne) et de la pêche, comme Lisandro Lopez. A 25 ans, l’Argentin est face au plus grand défi de sa carrière. "Moi, depuis tout petit, mon seul rêve c’était de jouer en première division argentine,a t-il déclaré au quotidien chilien La Tercera.Mais mon club formateur (Rosario Central) ne m’a jamais donné cette opportunité. Je n’ai jamais réussi à m’imposer en Argentine, même deuxième division. J’ai pensé à arrêter le football il y a quelques saisons. Si j’avais échoué au Chili, j’aurais peut-être déjà raccroché les crampons."Au lieu de ça, il pourrait jouer la saison prochaine en Ligue 1 et connaître la plus prestigieuse des compétitions européennes. Montpellier s’est rarement trompé dans son recrutement sud-américain ces dernières saisons (Victor Hugo Montaño, Tino Costa, Marco Estrada) mais avec Herrera, ce pari osé, sera t-il payant ?

Alexandre JUILLARD

Journaliste indépendant, spécialiste du football latino-américain, Alexandre Juillard a passé presque sept ans sur les bords du Rio de la Plata, à Buenos Aires, dans la ville où le football coule dans les veines de tous ses habitants. Réalisateur, il a écrit une biographie sur Diego Maradona, "un magicien mais aussi la plus grande gueule que le football a mis au monde", dit-il.

 
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