Tous les jours, un regard de spécialiste mêlant érudition et second degré sur les clubs et les championnats étrangers.
La dictature tripartite du football portugais
On a beau aborder la question du championnat portugais sous toutes ses formes, une formule, un slogan… sert instinctivement d’introduction à tous les commentateurs : "Il n’y a que trois clubs au Portugal". Cette formule devenue habituelle traduit la réalité des chiffres du campeonato portugues : 76 participations en 76 saisons de Liga pour les trois colosses du football lusitanien, 74 championnats gagnés sur 76 pour le Benfica, le FC Porto ou le Sporting. Seuls Belenenses et Boavista ont réussi l’exploit de remporter un titre.
Cette triple domination est d’abord le résultat d’un dualisme géopolitique : le F.C. Porto représente le Nord contestataire où l’esprit régionaliste est important, tandis que Benfica et le Sporting représentent l’antagonisme de la capitale : le peuple, la masse pour les Rouges, et l’aristocratie pour les Verts. L’ensemble des Portugais, passionnés par le football, se retrouve dans ces clubs devenus des institutions. Les hommes politiques sont tous supporters de l’un des trois grands, des familles entières sont fidèles à l’un de ces trois écussons ; les supporters de petits clubs portugais ont toujours un de ces trois grands comme deuxième club de cœur. Les joueurs des autres clubs portugais supportent l’un des trois monstres du football de leur pays , même les arbitres admettent être simpatisantes de l’Aigle, du Lion ou du Dragon !…
La quasi-totalité des dirigeants, entraîneurs… de la famille du football portugais est passée par l’un des grands. La presse sportive illustre à merveille ce phénomène : les trois grands journaux sportifs du pays accompagnent ce mouvement : O Jogo est pro-Porto, A Bola est pro-Benfica et O Record pro-Sporting.
Sur le terrain, rien n’échappe à cette règle. Chaque bon jeune, quand il n’est pas formé à Porto, à Benfica ou au Sporting, finit par signer chez l’un des grands. Souvent, l’acheteur (le grand) devient prêteur (au petit) et récupère rapidement la somme de l’achat… à crédit ! Certains protocoles n’autorisent pas le joueur à jouer contre le grand qui le prête. Une dépendance fondamentale est donc institutionnalisée (dépendances économique et footballistique). Les petits ont besoin de prêts et de connexions de tous genres avec les grands, alors que les grands profitent des petits pour faire vivre leur pouvoir.
A la question : "Y a-t-il une alternative possible à cette dictature consentie (ou démocratie particulière) pour le foot portugais?", en d’autres termes, "Est-il possible de voir un jour un quatrième grand club au Portugal?", une réponse par l’affirmative paraît improbable. L’auto-dépendance et l’histoire sont telles qu’une conception égalitaire (communiste) du foot portugais paraît utopiste. Boavista a été champion, mais a fini aspiré par Porto. Belenenses a été champion, mais n’a pu résister aux deux monstres de Lisbonne. D’autres clubs, comme Guimaraes, ont joué la carte de l’indépendance mais ont fini par s’isoler. Braga, en plein essor aujourd’hui, connaîtra-t-il un destin différent ?
Antonio TAVARES
D'origine portugaise, Antonio Tavares est aujourd'hui entraîneur à Issy-les-Moulineaux, en DH. Ancien joueur notamment à Créteil en L2, international mauritanien (2003-2006) et titulaire du DEF, il a élargi sa palette en étant commentateur radio Alfa depuis plus de dix ans. Il est par ailleurs titulaire d'un DEA en philosophie.
























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