La métamorphose de Mancini

La métamorphose de Mancini
le 29/04/2012 à 18:36

"Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis". Je ne sais pas si ce proverbe existe en Italie mais Roberto Mancini semble s’en etre inspiré à bon escient en cette fin de saison. Le technicien transalpin défie lundi soir Manchester United à l’Etihad Stadium avec trois points de retard sur le leader pour ce qui sera, à coup sur, la finale de la Premier League cette saison. Mais Mancini sait qu’il revient de loin, de très loin même et que pour en arriver là, il a du évoluer, se remettre en question et même renier ses principes. Le 3 mars, quand City a compté cinq points d’avance sur MU (soit son écart maximum en 2012), tout allait bien. Certes, il y avait eu les déconvenues en Ligue des champions et en Europa League, l’affaire Tevez et (déjà) les déboires de Mario Balotelli. Mais niveau des résultats, Mancini, pour sa troisième saison en Angleterre (il est arrivé au club en remplacement de Mark Hughes le 19 décembre 2009), n’avait pas à rougir, loin s’en faut. Il y avait bien eu aussi quelques accrochages en route (défaite à Chelsea et à Sunderland) mais dans l’ensemble, City semblait contrôler le championnat.

Mais la machine s’est enrayée. Sa volonté aveugle de faire jouer Balotelli à chaque match, sa rotation bien trop fréquente de joueurs à certains postes, sa gestion du cas Tevez qu’il s’est longtemps refusé à refaire jouer, comme sa propension à effectuer les mauvais changements en cours de match ou trop tard dans la partie ont couté cher à City puisqu’en l’espace d’un mois, l’écart avec United a fondu pour passer de plus cinq à moins huit points après la défaite à Arsenal (0-1) le 8 avril, au soir de la 32e journée. A ce moment là, le titre semblait totalement perdu pour les Citizens et toute l’Angleterre bruissait du très probable départ de Mancini dès la fin de la saison, viré par son employeur, le cheikh Mansour, mécontent d’avoir dépensé autant d’argent (un peu moins d’un milliard d’euros en investissements et transferts depuis le rachat du club le 1er septembre 2008).

Le turnover aux oubliettes

Au soir du 8 avril donc, alors que rien ne semblait pouvoir arrêter United et que rien n’allait dans le sens de City (qui avait également deux buts de retard à la différence de but après en avoir compté 13 d’avance le 3 mars), les journaux anglais annonçaient presque officiellement la fin de la course au titre. Même Mancini lui-même révélait qu’il serait impossible pour City de revenir sur son rival. Et puis… Non seulement, les Bleus ciels ont profité des erreurs de leur voisin honni (défaite à Wigan, nul à domicile contre Everton) mais ils ont surtout profité de la mutation de leur manager. Il y aura en effet eu un avant et un après Arsenal pour Mancini. Après la défaite chez les Gunners, suite à une prestation terne et sans relief, il a presque tout changé dans sa manière de fonctionner. Fini le turnover : les trois derniers matches, tous gagnés, l’ont été avec quasiment le même onze titulaire, hormis un changement entre le 1er et le 2e match (Zabaleta à la place de Richards) et un entre le 2e et le 3e (Yaya Touré a remplacé De Jong) et le même système tactique en 4-4-2 qui est finalement celui qui convient le mieux à cette équipe mais que Mancini a mis trop longtemps à utiliser, privilégiant encore aveuglement un 4-2-3-1 peu adapté à ses joueurs.

Fini la mise à l’écart de Carlos Tevez. L’Argentin a été titulaire lors de ces trois rencontres, y a inscrit quatre buts et comme par hasard City a été excellent. Bien sur que l’affaire Tevez n’a pas été facile à gérer pour Mancini, mais il ne fallait pas être le plus grand des entraîneurs pour se rendre compte plus tôt  que l’Apache était le complément idéal d’Aguero en pointe, devant un Balotelli ingérable et un Dzeko à la cave. Fini également les privilèges des joueurs stars. Trop longtemps, les Silva, Touré ou Balotelli en ont bénéficié et n’ont pas été remplacés quand ils étaient mauvais. Contre Wolverhampton le 22 avril, Silva n’était pas dans un bon jour et a été sorti dès la 60e minute. Contre Norwich, une semaine plus tôt, c’est Nasri qui a laissé sa place au même moment.

Si aujourd’hui City peut encore espérer etre champion, en cas de victoire lundi dans le plus gros match anglais de ces vingt dernières années, il le doit bien sûr à ses joueurs, aux erreurs de Manchester United mais surtout à l’intelligence de son manager qui a compris qu’il devait trahir ses convictions pour revenir dans la course. Comment dit-on "il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis" en italien ?

Julien LAURENS (twitter : @LaurensJulien)
Il a intégré la rubrique des sports du Parisien-Aujourd’hui en France en 2001. Depuis 2004, il couvre toute l’actualité de la Premier League pour le journal depuis Londres et suit également l’équipe de France. Depuis 2010, Julien Laurens est aussi le correspondant en Angleterre pour RTL. Il intervient également sur la radio anglaise TalkSPORT et sur CNN.

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