Tous les jours, un regard de spécialiste mêlant érudition et second degré sur les clubs et les championnats étrangers.
Le(s) charme(s) de Mourinho
L'homme divise. Certains lui vouent un culte, d'autres rêveraient de l'avoir en face pour lui parler du pays, voire plus. Mais telle une star, Jose Mourinho ne laisse personne indifférent. D'ailleurs, je ne sais pas qui est la grande référence du Real : est-elle sur le terrain (CR7) ou sur le banc de touche ?
Le Portugais est un entraîneur de génie, personne ne pourra dire le contraire, pas même mes amis journalistes de Barcelone. Mais l'antagonisme est si exacerbé entre les rédactions madrilènes et catalanes qu'aucun ne le reconnaîtra publiquement. Par peur des représailles extérieures. Oui, ça peut se passer comme ça... Désolant.
Jose Mourinho m'intéresse énormément. Avant d'entamer la «démonstration», j'ouvre une parenthèse : pourquoi a-t-il troqué ses costumes à 10.000 euros, ceux de Porto, Chelsea et l'Inter ? Pourquoi porte-t-il un vieux survêtement, un tee-shirt sans formes ou une doudoune trop grande depuis qu'il est à Madrid ? Ce n'est qu'un détail, mais lui qui aime tout contrôler doit avoir ses raisons. Mon pote Thibault Leplat, de So Foot, pense qu'Adidas est derrière tout ça. Mouais... Si j'en ai la possibilité, je lui poserai la question en conférence de presse, au risque de me faire renvoyer dans mes 16 mètres.
Fils d'un footballeur et d'une professeur, Mourinho était lui même... prof au Portugal avant d'embrasser la carrière d'entraîneur. Un détail intéressant dans sa manière de mener un groupe : à l'école, la pédagogie est plus essentielle que les connaissances. On a tous eu des profs que l'on admirait, d'autres que l'on haïssait parce qu'ils ne savaient pas transmettre leurs idées. Or, il est très rare que Mourinho manque publiquement de respect à un joueur. Dans le vestiaire, c'est autre chose. Il est le boss. Et s'il peut "détruire" un joueur ponctuellement, il le fera intelligemment. Un truc intéressant : tant qu'il a la maîtrise, il est le meilleur. Mais si quelque événement lui est contraire, que l'émotion prend le dessus et qu'il n'a plus de prise, il peut vite dégoupiller. Voir le doigt dans l'oeil de Tito Villanova. Voir le doigt sur le bouche adressé aux supporters de Manchester United. Voir ses saillies un peu ridicules contre le Barça en conférence de presse la saison dernière...
L'homme a besoin de leaders et il en est un
Mourinho n'a peur de rien, de personne et s'en fiche du « quand dira-t-on ». Il a de l'argent, beaucoup d'argent. Il sait que s'il lève le petit doigt, il aura un job. Aucune pression financière n'est donc possible sur lui. Mourinho est surtout extrêmement intelligent. Il sait que l'homme, et l'Histoire est là pour nous le rappeler, a besoin de suivre des leaders charismatiques. L'être humain est impressionnable. Il aime être guidé, mais pas tyrannisé. Il veut que son travail soit respecté et reconnu. Pour séduire, Mourinho sait donc adapter son discours, qu'il ait le quidam, un journaliste ou une superstar en face de lui. Et il est particulièrement à l'aise face aux fortes personnalités. Quand Bobby Robson quitte Barcelone en juin 1996, Louis Van Gaal renvoie tous ses adjoints. Tous sauf un : Jose Mourinho. "Parce qu'il est le seul à me dire les choses que je ne veux pas entendre" avait-il justifié à l'époque. Il avait une trentaine d'années quand il s'adressait à Luis Figo, à l'époque vedette du Barça et intouchable du vestiaire. Et Mou lui disait entre quatre yeux ce qui allait, et surtout ce qui n'allait pas. Figo aurait pu se plaindre, voire faire pression pour le virer. Mais jamais il n'a bougé. Pourquoi ? Parce que Mourinho trouvait toujours les arguments, sans pourtant avoir de réelle légitimité. Il avait aussi compris dans quel milieu il évoluait, un monde fait de courbettes aux joueurs (qui ont tendance à les ennuyer, d'ailleurs), de fausses intentions, de bluff.
Je me rappellerai toujours une interview post Ligue des Champions, je crois que c'était sur « Sky ». J'avais vu le Mourinho comme je l'aime : pertinent, souriant et charmeur. Le journaliste lui posait la question sur l'avenir de Wayne Rooney que 95% des gens voyaient quitter Manchester United : "Non, il ne partira pas" avait-il répondu. "Il est trop important à Manchester United, il appartient à ce club. Vous verrez..." Et on a vu. A Chelsea, il est arrivé dans un groupe de losers. A sa première conférence de presse, il a enfilé le costume du patron en s'auto-proclamant « Special One », ce qui avait impressionné jusqu'à Roman Abramovitch. Les joueurs n'attendaient que ça. Et quand il les a persuadés qu'ils n'avaient aucun complexe à avoir, vidéos à l'appui, Chelsea est devenu un rouleau-compresseur.
Mourinho est aussi sensible à l'histoire des clubs. Défait par Liverpool en Ligue des Champions, il avait salué les joueurs des deux équipes, puis le public en l'applaudissant. Qui lui avait répondu de la même manière, sous l'air de « you'll never walk alone ». Un moment assez émouvant.
En revanche, le Portugais ne supporte ni la médiocrité, ni l'incompétence. Vous rappelez-vous de sa saillie sur Pedro Leon, la veille d'un match à Auxerre en Ligue des Champions ? Ce dernier faisait le buzz depuis trois jours parce qu'il ne jouait pas. La réponse : "On parle d'un joueur qui était à Getafe il y a deux jours (sic). A vous écouter, vous les journalistes, Pedro Leon est Maradona ou Zidane. Pour votre première question, j'attendais que vous m'interrogiez sur la composition de l'équipe." Le monologue avait duré cinq minutes. Effondré de n'avoir que des plumitifs victimes de la tendance (en l'occurrence "l'affaire" Pedro Leon), Mourinho était parti. On peut considérer cela comme de la suffisance, ok. Mais de temps en temps, il faut savoir aussi élever le débat. Et en Espagne, il y a une telle concurrence et un tel besoin de remplir les pages, qu'il faut constamment trouver des sujets pour en parler des heures... La polémique sur Lyon, Noah, Platini en est la meilleure preuve.
Le « meilleur ami » que l'on ne peut trahir
Mais le plus fascinant est qu'il parvient à transcender ses joueurs. Marcelo ? Il n'était jamais pris au sérieux jusqu'à l'année dernière. Aujourd'hui, il est pratiquement le meilleur latéral gauche au monde. Benzema ? Il misait trop sur son talent. Désormais, il est l'attaquant que tous les clubs aimeraient avoir. Et des exemples comme ça, il y en a plein. Je parlais avec un joueur francophone de Chelsea il n'y a pas longtemps. Il me disait que la relation avec Mourinho peut être comparée avec celle que l'on a avec son meilleur ami. On ne peut pas le trahir, car on sait qu'il sera toujours là. Drogba, par exemple, avait pleuré quand il avait appris son licenciement... Des fois, j'aimerais être une petite souris et me glisser dans un vestiaire dirigé par Mourinho. Juste pour écouter cette confiance qu'il transmet à chacun. Les joueurs l'aiment, plus qu'ils ne le craignent.
Maintenant, peut-il s'inscrire dans la durée ? C'est LA question car on ne l'a jamais vu. Ses joueurs donnent tellement que fatalement, il y a un moment où l'usure apparaît. En ce sens, j'aurais aimé le voir deux ans de plus à Chelsea. Aujourd'hui, impossible de savoir s'il restera à Madrid ou non. Une chose est sûre : il n'aime ni l'Espagne ni les mentalités espagnoles. Sa femme commence aussi à en avoir assez du show Mourinho (au passage, on le félicite d'avoir pu conserver une vie privée... assez privée justement). Peut être se prépare-t-il pour Manchester United. Peut être veut-il prendre une année sabbatique. Mais une chose est sûre : on n'a pas fini de parler de lui. Chouette.
François David (Twitter : @BCNfd)
Journaliste, François David vit à 'Barcelona', où il est spécialiste de la Liga pour RFI, France Info et Le Parisien. Il collabore aussi avec quelques stations de radio espagnole, notamment Cadena Ser et la "Cope", où il intervient régulièrement pour évoquer la Ligue 1 et les performances des joueurs français évoluant en Liga.
PS : Ah, j'oubliais. Dans sa volonté de tout organiser (Mourinho va jusqu'à s'assurer que chaque foyer ait tout ce qu'il faut, comme l'installation d'une parabole satellite pour les étrangers), voici le code interne que les joueurs doivent respecter chez eux, après l'entraînement. C'est Marca, très fort pour ces choses là, qui l'avait révélé.
1 - Un horaire routinier pour aller se coucher et se réveiller
2 - Dormir entre huit et dix heures par jour
3 – Dîner deux heures avant d'aller se coucher
4 – Que ce repas ne soit pas copieux.
5 - Café, alcool, coca-cola, graisses, épices, sucreries et protéines animales sont interdits.
6 – Les aliments favorables au sommeil sont ceux qui renferment du calcium (Lait, sardines) et du magnesium (Légumes, fruits secs)
7 – N'avoir ni faim, ni soif est essentiel au moment de dormir
8 – Pas de tele ni de radio dans la chambre. Celle ci doit être assimilée à un espace de détente pour les yeux et les oreilles.
9 – Une sieste avant les matches est obligatoire
10 – Celle ci ne doit pas excéder trente minutes. Sinon, il existe un risque d'angoisse latent.
























Guardiola parle Anglais?Le 09/12/2011 à 22:59
Mou a MULe 09/12/2011 à 22:54
Wenger a tout de même réussi à mener Arsenal en finale de Ligue des Champions, et à réussi à finir champion d’Angleterre sans subir une seule défaite !Le 09/12/2011 à 22:40
Mais il ne restera pas 10 ans non plus, lui même l'a ditLe 09/12/2011 à 22:32
The spécial one is the best..Le 09/12/2011 à 22:31
Il est resté 3 ou 4 ans pour l'instant c'est pas du niveau de WengerLe 09/12/2011 à 22:28
Non se sera pour marquer l'histoire du club.
T'as l'air d'avoir tellement envie de descendre Guardiola que tu racontes nimpLe 09/12/2011 à 22:27
Guardiola L'OM
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