Le Real a tout pour lui

Le Real a tout pour lui
le 18/08/2012 à 14:57

Sauf surprise, le championnat d’Espagne aura pour vainqueur le Real Madrid ou le FC Barcelone. On peut le regretter, mais c’est comme ça. Cette saison, Valence ne sera pas à 30 points derrière le duo, mais ne pourra évidemment pas suivre le rythme. Séville, malgré un groupe amélioré, non plus. Pas plus que l’Atletico Madrid.

Si l’an passé, je sentais que la passation de pouvoir allait se produire, je serais tenté de miser une fois de plus sur le Real cette année. Pourquoi ? Car le retour du "roi" Barça est conditionné à beaucoup de facteurs. Peut-être trop.

Commençons par le banc de touche. Si le départ d’un mythe comme Pep Guardiola a été parfaitement géré par le Barça (remarquez au passage la force de l’institution qui a digéré la transition), on ne sait ou rien ou presque de Tito Villanova. A la différence – et c’est le plus important – qu’il a la confiance des joueurs. Ces joueurs qui savent comment gagner, comment perdre aussi (Puyol, Xavi, Iniesta, Valdes ont connu la fin de l’ère Rijkaard) et qui vont certainement tout faire pour aider le novice. Villanova peut déjà compter sur les boss du vestiaire sans faire ses preuves. Mais comment ce génie tactique, affaibli l’an passé par l’extraction d’une tumeur, et qui est toujours resté dans l’ombre de Guardiola, va-t-il appréhender son nouveau rôle ? Supportera-t-il le choc ? Saura-t-il garder son intégrité ? Sur ce dernier point, tous les échos que j’ai depuis Barcelone font état "d’un mec bien", parlant sans détours et toujours honnête dans son discours. Cela peut suffire dans un premier temps. Sur le long terme, il lui faudra sans doute acquérir quelque chose en plus, un sourire, un soupçon de charisme, de prestance pour véritablement "incarner" le rôle. En attendant, le vestiaire se chargera que tout fonctionne comme avant.

Xavi, LE facteur X

Evidemment, il n’y aura pas de problèmes pour certains joueurs. Lionel Messi va encore marquer plus de 50 buts cette saison. Iniesta va encore prendre plus de poids dans l’équipe et dans le foot mondial. Puyol va encore croquer quelques attaquants perdus dans la surface. A moins que ce ne soit Pique. Valdes sauvera le club deux ou trois fois dans la saison. Villa va apporter ses 20 buts minimum (ceux qui ont manqué l’an passé en Liga et Ligue des Champions). Quant à Busquets, que l’on aime l’homme ou pas, il est l’un des joueurs, sinon le joueur le plus propre du monde : placement impeccable, intelligence tactique, aucune perte de balle, il est le milieu rêvé pour chaque entraîneur. A tout ce groupe, je veux rajouter Alexis Sanchez et Pedro, excellents en fin de saison dernière, plus Daniel Alves, que j’ai rarement vu si motivé avant un début de championnat. Jordi Alba, Fabregas, Alex Song (oui, il va signer), les jeunes Cuenca, Thiago, Tello et Sergi Roberto, Abidal, peut être en décembre… L’équipe a de la gueule. Mais pour gagner face au Real Madrid, il faudra absolument quelqu’un d’essentiel. Et ce quelqu’un, c’est Xavi. L’homme est nécessaire, vital à la machine catalane. Avec un Xavi au top les ¾ de la saison, Barcelone sera champion. J’en suis convaincu. Dans le cas contraire… Il n’y a pas longtemps, la TV espagnole a repassé le dernier Clasico (gagné par Madrid) et la demi-finale de la Ligue des Champions perdue contre Chelsea. On a souvent dit que Xavi avait été moins bon. C’est vrai. Il était un peu moins bon. Mais il était au-dessus du lot quand même…

Sans lui, le Barça n’est plus le Barça. Tout le jeu est parasité. Le ballon arrive toujours trop fort, trop long, trop rapidement… Xavi est absolument indispensable. Il est l’incarnation du Barça dans ce qui sa grandeur : la passe. Mais à 32 ans, bientôt 33, Xavi ne peut pas jouer tous les matches. Et sans lui sur la pelouse, on pourra voir par exemple des nuls à Osasuna, Grenade, et des points perdus entraînant d’énormes conséquences…  Pour moi, Xavi sera le facteur X.  Incontestablement.

CR7 et le Ballon d’Or, la petite mort de Kaka…

C’est pour cela qu’à valeur pratiquement égale, je donne un léger avantage au Real Madrid. L’équipe de Mourinho ne dépend pas d’un style de jeu, elle dépend des hommes qui la composent.

Jouant ses dernières chances pour le Ballon d’Or, Cristiano Ronaldo va vouloir tout casser. Et il en capable. S’il retrouve la mire sur coups francs, cela peut faire vraiment mal… Casillas, la charnière Pepe-Ramos, la meilleure du monde, l’immense Xabi Alonso, Benzema, Higuain, Ozil… Quelle équipe peut présenter une telle variété de joueurs de talents, de vécu collectif, d’envie sur la planète ? Mis à part Manchester United, je ne vois pas. Si vous rajoutez, comme il est pratiquement acquis, Luka Modric dans ce bazar, cela fait même un peu peur. Santiago-Bernabeu peut déjà se régaler des extérieurs du pied du Croate, d’une pureté jamais vue depuis Zidane. Capable de jouer milieu offensif ou relayeur, Modric est le chaînon qui manquait au Real Madrid. Je suis même prêt à parier que Di Maria, que je ne porte pas dans mon cœur comme vous le savez peut-être, va franchir un palier (ah, ces pertes de balle…). Quant à Kaka, son maintien dans l’effectif paraît aujourd’hui très compliqué. Triste petite "mort" pour l’un des meilleurs joueurs du début des années 2000. Presque une éternité, déjà…

Je pense qu’il fallait insister un peu plus sur le Barça pour expliquer que le Real avait, contrairement aux autres années, plus de certitudes que son historique rival. En théorie. Car sur le terrain, on peut déjà s’attendre à la plus formidable bataille que l’Espagne a jamais connu.

François David (twitter : @bcnFD)

Journaliste, François David vit à 'Barcelona', où il est spécialiste de la Liga pour RFI, France Info et Le Parisien. Il collabore aussi avec quelques stations de radio espagnole, notamment Cadena Ser et la "Cope", où il intervient régulièrement pour évoquer la Ligue 1 et les performances des joueurs français évoluant en Liga.

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