Tous les jours, un regard de spécialiste mêlant érudition et second degré sur les clubs et les championnats étrangers.
Les barbants de Séville
Il y a précisément cinq ans, je ne ratais aucun match du FC Séville. J´aimais cette équipe, cette ambiance, cette ferveur quasi mystique. Un peu maso, je m´étais arrangé pour aller suivre plusieurs matches au stade Sanchez-Pizjuan, lieu où l´Allemagne avait sorti l´équipe de France en demi-finale de la Coupe du monde 82. Ça ne s´explique pas, je suivais ce club. Je le trouvais intelligemment construit : des joueurs pas trop stars mais reconnus (Kanouté, Escudé, Seydou Keita), des formidables trouvailles (Julio Baptista, Daniel Alves), des joueurs formés au club (Sergio Ramos, Juan Antonio Reyes) et quelques "gueules" de la Liga, respectées et craints (Palop, Aitor Ocio, Alvaro). Pour faire une comparaison - peut être stupide -, il y avait un petit quelque chose du Parme de la grande époque, celui des années 90. Tout était pensé, rationnel, excitant. Le projet était ambitieux. Je me souviendrai toute ma vie d´une déclaration du président Del Nido, tout euphorique après la deuxième Coupe de l´UEFA gagnée - consécutivement - par le club en 2007 : "Nous allons devenir le plus grand club du monde !"
Des infrastructures vieillotes
Un brin démago et aujourd´hui complètement dépassé. Car depuis quatre ans, Seville n´a plus le "mojo". Un peu comme l´Olympique Lyonnais, sur qui les Andalous avaient pris modèle. Et ce n´est que mérité, tant le club est rentré dans le rang pour n´avoir su anticiper les exigences du nouveau football. A titre d´exemple, les grosses ventes de Sergio Ramos, Dani Alves ou Julio Baptista n´ont jamais été réinvesties dans les infrastructures. Le centre d´entraînement est digne d´un club de National et le Sanchez-Pizjuan, magique quand il voyait les victoires, ne renvoie aujourd´hui qu´un air vieillot. Triste.
Pour vous éviter de rentrer dans des considérations juridiques longues, sachez aussi que la direction du club, à savoir le sémillant président Del Nido, est en pleine tourmente pour trafic d´influence et faux et usage de faux. Triste aussi, car Del Nido, son peps, sa gouaille et sa force de persuasion avaient été pour beaucoup dans le redressement du club au début des années 2000. Et si à tout cela, vous rajoutez une politique de transferts très moyenne depuis quatre ans, ne soyez pas surpris de voir Seville se trainer à la 12e place de la Liga.
Jetons un coup d´œil aux départs : Luis Fabiano, Dani Alves, Adriano, Maresca, Poulsen, Seydou Keita, Renato, Diego Capel. L´épine dorsale de l´équipe double championne d´Europe. Pour remplacer Dani Alves ? 9 millions d´euros sur... Abdoulaye Konko, obscur arrière droit français. Luis Fabiano ? Alvaro Negredo. Surcoté. Seydou Keita et Enzo Maresca ? Les Italiens Cigarini et Guarente, connus que de leur famille et blessés onze mois sur douze. Mais aussi Squillaci, homme charmant mais défenseur moyen. Romaric, l´ancien du Mans, aussi bon joueur que peu professionnel. Ou encore Didier Zokora, qui s´est écroulé après une bonne première saison.
Des transferts ratés... mais Jesus Navas
Le directeur sportif Monchi (homme d´ailleurs intéressant à interviewer) et son armée de recruteurs (17), qui ne s´étaient jamais plantés les années précédentes, ont eu la main beaucoup moins heureuse. Kanoute, Escudé, deux cadres, ont aussi pris de l´âge. Diego Perotti, l´ailier gauche argentin censé révolutionner le foot espagnol, traine son spleen depuis deux saisons. Son compatriote et pendant à droite, le lutin Acosta, venu de Lanus, est prêté chaque année. Quant à Martin Caceres, l´une des seules bonnes pioches ces derniers mois (si on n´est pas trop regardant sur la relance) a été prêté à la Juve moyennant une option d´achat (obligatoire) de 8 millions d´euros. En quatre ans, Séville est devenu une équipe médiocre, sans projet clair, qui doit vendre des joueurs en hiver pour survivre. Ses meilleurs actifs aujourd´hui ? Le gardien, Javi Varas, calme et sûr. Le pitbull chilien Gary Medel, aussi indispensable que sous-médiatisé. Et bien sûr, Jesus Navas, l´un des meilleurs ailiers droits de sa génération (ah, s´il était né Français...). C´est peu et sauf surprise, les Andalous vivoteront autour de la 7e-8e place cette année.
Heureusement, je pense que Michel, qui étrennera ce lundi ses galons d´entraîneur, peut être l´entraîneur qu´il faut. L´homme a plus de charisme que les Manolo Jimenez, Antonio Alvarez, Gregorio Manzano ou Marcelino, successeurs de Juande Ramos, l´homme qui avait conduit les succès sévillans avant lui aussi de se perdre (il est actuellement à Dniepr, en Ukraine). Michel est une légende du football espagnol, il n´est pas ancré dans la culture sévillane (peut-être une bonne chose) et sa classe devrait aider au redressement de l´équipe. Juan Antonio Reyes est de retour et ne fera pas pire que les autres. Il paraît aussi que Babacar, l´attaquant sénégalais du Maritimo Funchal, est bon. Séville a emporté le morceau face à Brest. Il y a quelques années, Séville luttait sur le marché avec des gros clubs anglais ou italiens. Un signe, aussi, que ce club ne va pas bien.
François David (Twitter : BCNfd)
























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