Tous les jours, un regard de spécialiste mêlant érudition et second degré sur les clubs et les championnats étrangers.
Neige et froid : tempête sur la Serie A !
En été, il fait beau et chaud. En hiver, il fait froid et il tombe parfois de la neige. Comme chaque année à cette époque, le football italien redécouvre les conditions climatiques de la période hivernale. Et comme chaque année, c’est le chaos : plusieurs matchs sont reportés, les dirigeants tirent le signal d’alarme, les fatalistes s’opposent aux progressistes par presse interposée et chacun réclame une remise en cause générale du déroulement des championnats et des investissements des clubs. Histoire de coller à l’image d’un championnat aimant se flageller et où tout sujet est bon pour polémiquer.
Un véritable désordre à l’italienne
Avec ses quatre matchs reportés en milieu de semaine, la 21e journée de Serie A s’est approchée tout près des records des années 50 (cinq matchs pendant plusieurs saisons). En effet, Parme-Juventus, Atalanta-Genoa, Bologne-Fiorentina et Sienne-Catane ont été repoussés à une date ultérieure dans un calendrier déjà bien chargé, Euro 2012 oblige. Au Stade Tardini de Parme, la décision a fait un malheureux et un presque heureux. Les visiteurs ont milité pour l’annulation du match à cause de la neige dans les tribunes pouvant influer sur la sécurité des spectateurs, et a obtenu gain de cause, même si Conte aurait aimé éviter des heures de bus pour rien. Pour les dirigeants de Parme, le match devait se dérouler car dans la même situation, la rencontre face à Palerme s’était jouée. Alors, deux poids deux mesures selon le club reçu ? s’interroge t-on en Emilie-Romagne.
À Bergame, les décisions se sont succédé. Les équipes ont fait l’échauffement pour un début de match prévu à 18h, puis le préfet a expliqué qu’il voulait le reporter alors que des centaines de tifosi étaient déjà entrés. Par la suite, l’arbitre a donné son accord pour jouer le match, le terrain répondant parfaitement aux critères de jeu, puis les joueurs – rentrés aux vestiaires suite à la décision du préfet – sont venus faire un deuxième échauffement quarante minutes plus tard, avant que le préfet annule définitivement la rencontre. Un véritable désordre à l’italienne. Et quand la décision est prise plus tôt, elle fait débat. Reporté dans la matinée pour des problèmes de sécurité dans les tribunes, le match Sienne-Catane aurait pu finalement se jouer grâce au généreux soleil ayant inondé la ville toscane l’après-midi.
Pour éviter de nouveaux reports, à la vue des bulletins météorologiques catastrophiques de la fin de semaine, la Ligue a décidé d’avancer toutes les rencontres prévues en soirée à 15h y compris le choc Milan-Naples après bien des polémiques dans les médias entre Galliani (Milan) et Marotta (Juve) sur l’opportunité de reporter le match de l’équipe d’Allegri, le premier s’inquiétant de la sécurité des supporters (et du moment délicat que vit son équipe), l’autre arguant qu’un tel report serait inéquitable par rapport aux autres équipes. D’autant que dans les mêmes conditions, Inter et Palerme ont livré un match à huit buts (4-4) mercredi soir, prouvant qu’un peu de froid et de neige sur la pelouse ne sont pas synonymes d’absence de spectacle.
Clubs et diffuseurs sur le banc des accusés
Une fois les reports officiels, chacun y est allé de sa propre analyse et il faut le dire, les clubs et les diffuseurs (Sky et Mediaset) en ont pris pour leur grade. Car il est vrai que les stades italiens n’offrent pas une garantie extrême en cas de conditions météos défavorables. De nombreuses enceintes ne sont pas couvertes et la neige tombe donc autant sur la pelouse que dans les tribunes. Sauf que quand une bâche permet de préserver la pelouse, les tribunes, elles, ne sont pas déneigées. Et quand il gèle par-dessus, les gradins deviennent de véritables patinoires et un danger incontestable pour les spectateurs. Quiconque s’est déjà rendu au Via del Mare à Lecce (même si la neige y est plus rare que dans le Piémont), à l’Artemio Franchi de Sienne, ou au Renato Dall'Ara de Bologne sait à quel point ces stades sont vétustes, même en cas de grand ciel bleu. Et que dire des infrastructures d’accès, vieillottes et vite engorgées ?
L’Italie espérait avoir l’Euro 2016 pour lancer un grand chantier, non pas de rénovation, mais de construction de nouveaux stades. La victoire de la France a mis un vrai coup au moral des italiens dans ce domaine, et la loi devant favoriser la sortie de terre de nouvelles générations d’enceintes n’est toujours pas passée au parlement, deux ans après l’annonce de sa constitution. Et pendant ce temps, les clubs se plaignent de ce retard, les hommes politiques critiquent la compétitivité italienne dans ce domaine et les médias flagellent leur football. Tous sont d’accord sur les origines du problème et comment y remédier, mais personne ne fait rien. Et les projets de la Fiorentina, Palerme, Cagliari, Roma, Lazio, Udinese sont en attente…
Autres acteurs sur le banc des accusés cette semaine, les diffuseurs du championnat italien, à commencer par le principal, Sky. L’influence déterminante des diffuseurs dans ce que l’on appelle le foot business est réelle. Ils décident de l’organisation des journées et des plages-horaires disponibles. Est-ce raisonnable qu’en plein hiver, neuf rencontres sur dix en milieu de semaine se déroulent à 20h45 ? La réponse est évidemment non puisque par exemple, Sienne-Catane et Parme-Juve auraient pu se dérouler à 15h.
Mais les clubs italiens seraient-ils prêts à voir le diffuseur donner moins d’argent pour un calendrier organisé selon leurs souhaits ? Assurément non. Ou l’art de vouloir le beurre et l’argent du beurre. Sky s’est d’ailleurs défendu par l’intermédiaire de son vice-président Jacques Reynaud : "sur les 1600 millions d’euros reçus au titre des droits TV, seule la Juve a pris de cet argent pour le mettre dans un projet de stade. Vous voulez moins de matchs en direct (ndlr : regroupés à 15h) ? Ok, il y aura donc moins d’argent pour les clubs".
En attendant, Cesena-Catane a déjà été reporté, tout comme l'autre choc Roma-Inter, pourtant avancé à 15h et devant se dérouler dans un stade équipé d'outils high-tech pour lutter contre le froid et la neige. Comme quoi les stades équipés et couverts ne sont pas à l'abri puisque le préfet de Rome a évoqué des problèmes de sécurité autour du stade pour reporter la rencontre.
Vers une réforme du foot italien ?
À chaque problème sa solution. Ou ses solutions car il n’y a pas une recette magique. Le mauvais temps a remis sur le devant de la scène l’organisation du calendrier. Retombée immédiate, l’interrogation sur les bienfaits d’un championnat, non plus à 20, mais à 18 clubs. De nombreux dirigeants sont pour une réduction du nombre d’équipes en Serie A, et même le président de l’Association des Joueurs Italiens (AIC), Damiano Tommasi, a ouvert hier la porte d’une telle réforme "sous conditions".
Autre axe d’étude, faire commencer le championnat début août, comme en France ou en Allemagne. Aujourd’hui, il débute souvent fin août, voir début septembre, et il accumule donc du retard avec des journées en milieu de semaine pour le rattraper. Or, la proposition que font Tommasi et de nombreux joueurs et dirigeants est de faire jouer les matchs en soirée pour le mois d’août, et de faire une pause plus longue l’hiver, comme en Allemagne. Sauf que cela ne résoudrait pas tous les problèmes. La vague de froid et de neige est arrivée cette année début février, et même le championnat allemand a repris à cette période. Mais cette proposition permettrait de dégager des dates en milieu de semaine pour d’éventuelles reprogrammations. La gardien de Naples, Morgan De Sanctis, n’y va pas par quatre chemins pour appuyer cette proposition : "les joueurs voudraient aller en stage d’avant-saison dès le début du mois de juillet, pour commencer la Serie A un mois plus tard. Mais ce n’est pas possible puisqu’on nous met des compétitions comme des 'Coupes médailles en chocolat' qui se jouent en août et qui servent uniquement aux sponsors."
Enfin, dernier argument, ne plus mettre de matchs en soirée en période hivernale, afin d’éviter au maximum le gel très prononcé et le faible éclairage naturel dans les tribunes. Et puis comme le dit si bien Vincenzo Cito dans la Gazzetta dello Sport, c’est aussi une condition nécessaire à la paix des ménages, car à cause du pay-per-view, le foot est disponible à longueur de journée. Et pourquoi pas revenir au foot d’antan s’interroge le journaliste italien, c’est à dire : foot dans l’après-midi pour monsieur, et télécommande le soir pour madame. Ou comment les tempêtes hivernales ramèneront le calme dans les foyers…
Johann CROCHET (twitter @roycod)
Fondateur de coupfranc.fr, blogueur, Johann Crochet a l'habitude de dire qu'une bonne journée commence par une revue de presse italienne et qu'une bonne année se mesure au nombre de matches de Serie A vus dans les stades. Par goût, il suit aussi le foot néerlandais et les championnats scandinaves.
























Et en direct streaming tout le weekend : CAN , PREMIER LEAGUE , Liga , Série A, Ligue 1 et 2,... !Le 04/02/2012 à 12:33
Mais c'est l'hiver, c'est normal !!Le 04/02/2012 à 09:34
Autant on peut dire qu'en Espagne y'a moins d'ambiance que dans d'autres nations, mais si citer San Mamés en exemple, c'est mal choisi.Le 04/02/2012 à 00:32
J'avoue que les stades italiens et espagnols sont tres en retard (mm pour l'ambiance) par rapport a l'Allemagne surtoutLe 03/02/2012 à 23:18