Tous les jours, un regard de spécialiste mêlant érudition et second degré sur les clubs et les championnats étrangers.
Parme, à la recherche du temps perdu
La performance de Parme dans les années 90 a t-elle été banalisée ? En se penchant sur le passé et en regardant ce qu’il reste de cette équipe dans l’imaginaire collectif, la question se pose. Banalisée ou oubliée ? Si les amateurs de foot se remémorent les quelques grands joueurs de l’époque, peu se souviennent que Parme est passée de la Série B à la victoire en finale de la Coupe de l’UEFA en dix ans seulement. Une ascension spectaculaire avant une chute tout aussi brutale. Les fondations ont désormais été consolidées et le futur se veut prometteur.
En France, le club de Parme jouit d’une bonne image. Certes moins réputé que le triptyque rayé du nord (Juve, Milan, Inter), le club d’Emilie-Romagne est pourtant bien connu et régulièrement cité quand il s’agit de nommer les « gros » clubs transalpins. Il faut dire qu’il a affronté à plusieurs reprises des clubs français dans des matchs à enjeu, et donc télévisés. On peut citer la finale de la Coupe de l’UEFA face à l’OM ère Courbis en 1999, le tour préliminaire de la Ligue des Champions contre Lille en 2001 ou bien le quart de finale de la C3 face au PSG en 1996. Mais rares sont ceux qui se souviennent des détails de ce « grand Parme » et d’un club qu’ils ont perdu de vue. Voici quelques rappels historiques et les perspectives d’avenir du quatrième club italien ayant remporté le plus de titres européens.
76 ans d’anonymat
Durant les soixante-seize premières années de sa vie, le Parme Football Club vit dans un anonymat total à l’échelle nationale italienne. Engagé dans les divisions inférieures, il se structure sans grandes ambitions En 1925, douze ans après sa fondation sous le nom Verdi FC, pour célébrer le centenaire de la naissance de Giuseppe Verdi, il accède à l’élite italienne mais n’y reste qu’un an avant de redescendre à l’échelon inférieur.
Jusqu’à la fin des années 1980, Parme évolue en troisième division avec quelques accès éphémères en D2. Il voit passer un jeune joueur prometteur, le milieu de terrain aboyeur Carlo Ancelotti, et un jeune entraîneur tchèque un peu étrange, Zdenek Zeman. Et puis, lors de la saison 1989-1990, le club monte en Série A grâce à une quatrième place qualificative. L’énorme groupe alimentaire de la région, Parmalat, sent alors le bon filon et rachète le club afin de lui faire franchir un palier et le faire connaître à l’échelle européenne, où le groupe poursuit ses acquisitions de divers concurrents.
Années 90, tout devient possible
Le groupe Parmalat est alors en plein boom avec une entrée en bourse remarquée. Il dépense sans compter et offre de très bons joueurs à Parme : l’espoir suédois Brolin arrive de Norrköping, Zola de Naples, Benarrivo de Padoue, Sensini de l’Udinese et Dino Baggio de la Juve. Le club rafle tout dès son arrivée en Série A. Première saison (1990-1991) et qualification directe en Coupe de l’UEFA (5e), puis le club gagne la Coupe d’Italie et la saison d’après la Coupe des Coupes. Puis les Parmesans remportent la Supercoupe d’Europe, sont finalistes de la Coupe des Coupes et gagnent la Coupe de l’UEFA. On est alors en juin 1995, et Parme vient de remporter quatre trophées (trois européens, un national) en cinq années dans l’élite italienne, le tout en étant à chaque fois dans les six premiers de la Série A.
La deuxième moitié des années 90 est moins riche en trophées mais Parme remporte néanmoins une nouvelle Coupe de l’UEFA, une Coupe d’Italie et une Supercoupe, malgré le départ de son mentor, Nevio Scala. Et le club goûte pour la première fois à la Ligue des Champions. Parmalat continue d’investir et offre des grands joueurs : Buffon, Couto, Thuram, Cannavaro, Chiesa, Amoroso, Crespo, Veron, etc. Les entraîneurs d’alors (Ancelotti, Malesani) conduisent une Ferrari où tous les systèmes tactiques sont possibles. Le 3-5-2 de Malesani fait école et inspire Capello à la Roma. Parme joue bien, maîtrise ses matches et se fait une solide réputation. A la télé, le jeu spectaculaire des Italiens passe bien et les Français s’en rendent compte en finale de la Coupe de l’UEFA 1998-1999 (3-0 contre Marseille). Ce jeu parfois aérien ressemble à une composition de Verdi.
Au début des années 2000, le club fait toujours bonne figure malgré la valse des entraîneurs (Sacchi et Passarella ne restent que quelques mois). Le club grandit, les nouvelles exigences se font sentir et l’impatience guette la famille Tanzi, propriétaire via Parmalat. Comme souvent en Italie, quand la patience s’envole, le début des ennuis commence. Et en 2004, l’Italie toute entière découvre une gigantesque fraude de 14 milliards d’euros.
Le coup de main de l’Etat et la remise à zéro
En 2004, Parme vit la plus grave crise de son histoire. Il vit par procuration un scandale gigantesque qui touche son propriétaire, le géant Parmalat, accusé de fraude et de falsification de bilans pour faire grimper toujours plus haut le groupe en Bourse. Une fois la banqueroute prononcée, le club de Parme voit le pire arriver : la faillite. Mais une loi (Marzano) lui permet de repartir de zéro avec une restructuration indépendante. Après des mois où les éventuels acquéreurs se déclarent puis se font la guerre, c’est Tommaso Ghirardi qui remporte le morceau au nez et à la barbe de Lorenzo Sanz.
Dès lors, Parme compte ses sous et doit s’habituer à évoluer dans le milieu de classement. Il redevient un club ordinaire et lutte pour se maintenir. Il descend même en Série B mais remonte la saison suivante. En suivant cette équipe, l’impression d’un club naviguant à vue, sans perspective, sans idées et sans projet est incontestable. Avec deux entraîneurs par saison de moyenne sur les cinq dernières années, Parme ne parvient pas à trouver de stabilité.
Donadoni a un projet. Pourra t-il l’installer ?
Roberto Donadoni, entraîneur de Parme depuis un peu plus d’un mois, s’est confié à la Gazzetta dello Sport la semaine passée. Il espère faire de Parme un "Ajax italien, une fabrique de joueurs talentueux" et précise que la direction "a les idées claires". Un discours séduisant pour retrouver le lustre d’antan, mais la réalité italienne est toute autre. Quand on joue sa survie, le projet importe peu et la patience des directions a une date de péremption de quelques semaines. C’est là que le foot italien doit progresser et voir le football à moyen et long terme.
Roberto Donadoni a un groupe pour rester tranquillement en Série A. Il est étoffé, possède de jeunes joueurs ainsi que des éléments aguerris et habitués aux matchs à pression de Série A. Depuis son arrivée, le club n’a pas perdu et reste sur cinq matchs sans défaite. Donadoni tourne à une moyenne de 1,8 points par match, le meilleur bilan des entraîneurs arrivés en cours de saison (et ils sont douze !!!). En milieu de semaine, Parme a pris un point à la Juve au Tardini malgré de nombreuses occasions turinoises. Le jeu est rustre mais il permet de s’accrocher. On est loin du foot flamboyant des années 90 (même si l'entraîneur a ressorti la défense à trois du placard) mais la recette de Donadoni marche.
Dimanche, le club parmesan va défier la Roma à l’Olimpico. Des Giallorossi décevants et déçus à Sienne (défaite 1-0) en match décalé lundi soir. Mais attention, pour les Romains, Parme rappelle de bons souvenirs. Comme ce 17 juin 2001 et la victoire 3-1, synonyme de Scudetto pour la bande à Capello, ou le 12 décembre 2004, jour où la Roma écrase Parme 5-1 grâce à deux buts de Totti qui dépasse Pruzzo au classement des meilleurs buteurs avec les Giallorossi.
Ce match est également un affrontement entre la légende Totti, sur le déclin mais encore performant, et le lutin Giovinco, prometteur mais encore trop irrégulier. Le meneur de jeu d’1m63 est responsable de toute l’animation offensive du club. Quand Giovinco va, Parme va. Mais malheureusement pour Donadoni, il s’agit là, très probablement, des derniers matchs de la fourmi atomique avec le maillot Gialloblu avant un départ l’été prochain. Une période où la notion de projet devra prendre tout son sens. Mais entre les discours et la réalité, les clubs de foot choisissent la simplicité. Et puis en bon fan averti de la Série A, j’ai appris à me méfier des propriétaires des clubs. Afin de ne plus être pris pour un jambon…
Johann CROCHET (twitter @roycod)
Fondateur de coupfranc.fr, blogueur, Johann Crochet a l'habitude de dire qu'une bonne journée commence par une revue de presse italienne et qu'une bonne année se mesure au nombre de matches de Serie A vus dans les stades. Par goût, il suit aussi le foot néerlandais et les championnats scandinaves.
























Berlusconi, Perez, Agnelli, les Quataris entre autres... Tous ont permis à leur club de gagner à coup de millions.
Ce phénomène s'est accentué ces 20 dernières années avec de moins en moins de clubs formateur et de plus en plus de flux de joueur (bosman oblige) donc de transferts donc d'argent.
Prend les 10 dernières années, regarde les clubs les plus dépensiers et ceux qui ont dominé la période, il y a une concordance très forte.Le 19/02/2012 à 19:18
battu par le futur champions de la coupe (cska moscow) ^^Le 19/02/2012 à 17:40
Parme aurait du disparaitre tout comme un grand nombre de gros clubs italiens mais la politique s'en est mélée.
je ne parlerai pas des achats de certains joueurs de Parme à des prix "indécents" pour l'époque.
Parme a profité des largesses de Parmalat, tout comme la Fiorentina avec Cecchi Gori qui a renfloué illégalement les caisses du club.
On retiendra du beau football mais pour le reste, ce n'est pas un bel exempleLe 19/02/2012 à 15:04
A quand un sur Bologna ?? :)Le 19/02/2012 à 14:20
Deux équipes bien distinctes mais qui ont marqués les esprits.
Celle du début des 90', de Brolin, Zola et Asprilla, puis celle de la fin des 90', avec notamment la défense Buffon-Thuram-Cannavaro (reformée quelques années plus tard à la juve) qui était la meilleure d'Europe.
Quand on repense à ce Parme, la Fio de Rui Costa et Batistuta, la Lazio d'Eriksson, en plus des 2 Milan et de la Juve, la Serie A était exceptionnelle à cette époque.Le 19/02/2012 à 13:19
pedros,thuram,abel balbo,concéicao,couto,sousa,Hristo Stoitchkov ,di vaio ,amoroso,adriano ,taffarel ,zé mariaLe 19/02/2012 à 13:15
J'aimerais en avoir un sur l'Udinese si c'est possible, mon club de coeur ! Merci Mr Crochet, article très pertinent !Le 19/02/2012 à 12:02