Tous les jours, un regard de spécialiste mêlant érudition et second degré sur les clubs et les championnats étrangers.
Serie A : Régression ? Non, sous-exposition
Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu sur la Serie A... Un championnat en perdition, sans star, donné comme perdu ou pire, condamné à devenir aussi confidentiel que la Ligue 1. Si certaines dérives ne doivent pas faire oublier la mutation actuelle du foot italien, l’exposition médiatique ou plutôt, la sous-médiatisation de ce championnat en France, a laissé libre cours à toutes les interprétations. La Serie A a dû avaler toutes les théories, des plus pessimistes aux plus gros lieux communs - invérifiables aujourd’hui - en courbant l’échine mais surtout en préparant son évolution. Le résultat ? Aucune révolution mais du bon sens et le début d’un nouveau cycle.
Le manque d’exposition
L’Italie ne sait plus se vendre. Face à la très marketée Premier League et au très médiatique Clasico espagnol, la Serie A ne fait plus le poids en France. Lundi dernier, les téléspectateurs n’avaient pas le choix. Chelsea-City était en direct, Roma-Juve en différé. Deux chocs le même soir et un avantage pour la rencontre anglaise. Rien de surprenant puisque le championnat italien ne fait plus le poids face à l’ogre anglais, toujours présenté comme le championnat le plus spectaculaire, le plus dense, le plus beau, etc... Sans que personne ne vienne contredire la pensée unique, fière d’utiliser un mot comme "intensité" à tout bout de champ, même si cette intensité conduit à une perte de balle toutes les cinq secondes et un niveau aussi bien technique qu’intellectuel discutable.
La FA a su marketer son offre comme jamais, insistant sur les grosses équipes et les joueurs les plus médiatiques. À chaque club, la belle histoire, la performance historique ou le joueur en état de grâce. Les retransmissions anglaises sont d’une qualité bien supérieure à celles de Serie A. Ce n’est pas un hasard si aucun réalisateur italien ne figurait à la Coupe du monde 2010, au contraire de deux Britanniques, sur les sept présents en Afrique du Sud. Les matches sont, d’un point de vue strictement visuel, bien plus agréable à suivre outre-Manche. Et puis, on entend dire partout qu’on laisse plus le jeu s’exprimer, même quand des fautes flagrantes sont exécutées. Comme si l’arbitre ne devait pas interférer au milieu du balais de danse britannique. Une composition parfaite ou même le kick and rush est synonyme d’élégance et défendu avec ferveur quand il est repoussé avec vigueur ailleurs. Après tout, les amateurs de foot se font leur opinion avec ce qu’on leur sert à table.
Autre point essentiel en France sur la médiatisation des divers championnats, le manque de joueurs tricolores à évoluer en Italie. Quand la botte italienne accueillait Platini, Djorkaeff, Desailly, Papin et Blanc, elle découvre aujourd’hui Djibril Cissé (regardez d’ailleurs le nombre de diffusions de la Lazio cette saison), Loïc Négo, Philippe Mexès ou Jonathan Biabiany. Pas la même allure. Alors, la Série A n’a t-elle plus les moyens d’acheter en France ou bien la Ligue 1 forme et s’exporte moins bien ? La Série A fait moins rêver ? Parlez des deux clubs de Milan à Eden Hazard. Et écoutez.
Les théories alarmistes
Quand on en arrive encore à parler de Catenaccio pour caractériser le football italien, c’est que quelque chose ne tourne pas rond. Rarement le foot italien a été aussi spectaculaire que ces dix-huit derniers mois. Le tout, sans star faut-il croire. Et pourtant, combien de joueurs de Série A sont réclamés par les formations anglaises et espagnoles ? Des joueurs comme De Rossi, Chiellini, Marchisio, Pirlo, Cavani, Lavezzi, Hamsik, Thiago Silva et bien d’autres sont de véritables stars. Qui juge du degré de "starification" d’un joueur ? Faut-il passer le dimanche matin dans la messe du football du petit écran? Faut-il être plus qu’un joueur ? L’Italie a des stars, elles sont peut-être moins médiatisées à l’international, mais elles font parler leur talent sur le terrain. Et c’est bien ce qui compte.
Il y aurait également eu un exode de stars depuis trois-quatre ans. Qui est parti ? Zlatan ? Il est revenu à pied. Kaka ? Un club, aussi prestigieux soit-il, pouvait-il refuser 65M€ pour un joueur ayant marché sur l’eau une saison et ayant des problèmes chroniques de blessure ? Le Real ne regrette t-il pas aujourd’hui cette dépense hors-norme ? A t-on parlé d’exode quand Cristiano Ronaldo et Cesc Fabregas ont quitté l’Angleterre ? Le départ de Pastore est-il catastrophique ? Non. Pas à ce prix-là. Avec l’arrivée des Qataris au PSG et des Emiratis à Manchester City, nous avons perdu tout sens des réalités. Recevoir 42 millions d’euros pour un joueur ayant fait douze bons mois à Palerme, avant de disparaître pendant les six derniers de son passage en Italie, était une bénédiction. Et les grands clubs ne voulaient pas prendre un tel risque financier sans garantie sportive. Est-ce un manque de moyen ou une preuve d’intelligence ?
Viennent ensuite les cas de Menez et Sissoko, deux joueurs que les clubs italiens (Roma et Juve) voulaient vendre car ils n’avaient pas su prouver leur valeur, même dans un championnat alors présenté comme en perte de vitesse. Ce championnat, justement, n’a t-il pas fourni deux des cinq derniers vainqueurs de la Ligue des Champions ? Trois des huit derniers lauréats, soit autant que la Premier League et la Liga ? La Serie A n’a t-elle pas trois représentants en huitièmes de finale de la Ligue des Champions depuis 2004 ? La Premier League et la Liga n’affichent pas une telle série. Alors une crise, quelle crise ? Certainement celle de la C3 qui lui coûte aujourd’hui des points au ranking UEFA. Entre 1989 et 1999, l’Italie a remporté huit fois la C3. Mais depuis 1999, plus rien. L’Italie serait-elle devenue prétentieuse face à la petite sœur européenne. Sans aucun doute. Et elle doit retrouver un peu d’humilité.
Dernier fantasme. L’Italie gagne moins de récompenses individuelles ? Peu importe les nominations médiatiques du Ballon d’Or, il faut regarder au-delà et ne pas juger que sur les récompenses individuelles toujours hasardeuses. Car c’est là l’évolution du foot italien. On repense collectif.
La prime à la jeunesse et à la bonne gestion des familles
Les performances de l’Italie et des clubs italiens ne se sont jamais reposées sur l’individu. Mais sur la somme d’individus qu’un fuoriclasse permettait éventuellement de tirer vers le haut. Aujourd’hui, le Calcio s’est retourné sur son passé et en a pris le meilleur. Il suffit d’observer le Milan, la Juve, Naples, l’Udinese, la Lazio et à un degré moindre la Roma, pour reconnaître des systèmes bien huilés dans lesquels un ou deux joueurs permettent le fameux « salto di qualità » : Marchisio et Pirlo, Totti et De Rossi, Zlatan, Klose, Di Natale, Cavani et Lavezzi.
Hier moqués pour leurs effectifs vieillissants (mais compétitifs), les clubs italiens prennent aujourd’hui le pari de la jeunesse. La Roma a initié un projet important, l’Udinese prospecte sur tous les continents, le Milan donne les clés du jeu à Aquilani et Boateng, la Juve au milieu (Pirlo-)Marchisio-Vidal, Naples à son trident Hamsik, Cavani et Lavezzi, etc. En plus de la jeunesse sur la pelouse, les choses changent sur le banc. En deux ans, les grands clubs ont vu arriver la nouvelle garde : Luis Enrique, Antonio Conte, Massimiliano Allegri, Walter Mazzarri. Et avec eux, la philosophie de jeu a changé : on joue pour gagner, on fait tourner le ballon, on apprend la patience et on force le destin. Ce qui est vanté en Espagne avec le Barça, ou en Angleterre avec Arsenal, n’est pas reconnu à sa juste valeur pour les clubs italiens. Sont-ils condamnés à vivre avec les idées reçues distillées dans le petit écran?
La jeunesse, le jeu offensif mais aussi le retour à l’investissement. Les propriétaires de la Juve ont injecté de l’argent frais, la Roma affiche une nouvelle ambition made in USA, Lotito veut se faire aimer des Laziale et il n’est pas exclu que Berlusconi revienne au Milan par la grande porte, celle de l’investissement en masse. Le résultat se voit sur la pelouse, les affiches sont spectaculaires et le beau jeu au rendez-vous. Ainsi, Naples-Roma, Lazio-Udinese, Juve-Milan, Naples-Juve (entre autres) ont enthousiasmé toute l’Italie. Et le constat est le même pour les Azzurri de Cesare Prandelli qui a entamé une reconstruction ultra-rapide.
Le tour du propriétaire permet de voir qu’au-delà des "on dit" le football italien est en bonne santé. Tout n’est pas parfait, non, l’abandon de la C3 est un "drame" pour l’indice UEFA, il arrive encore que des scandales de matches truqués éclatent (mais là encore, la défense est identique à celle du cyclisme : en Série A, on cherche, et on trouve. Et ailleurs, cherche-t-on vraiment ?), certains matches sont parfois décevants, l’Italie aimerait pouvoir attirer Lionel Messi ou avoir son Barça mais le portrait est bien plus agréable que ce que la sous-médiatisation laisse entendre. La fin annoncée du foot business à grande échelle, l’arrivée du fair-play financier et l’arrivée d’un nouvel acteur dans la retransmission télévisuelle française suffiront-ils à faire évoluer l’image du foot italien ? Réponse dans quelques mois…
Johann CROCHET (twitter : roycod)
Fondateur de coupfranc.fr, blogueur, Johann Crochet a l'habitude de dire qu'une bonne journée commence par une revue de presse italienne et qu'une bonne année se mesure au nombre de matches de Serie A vus dans les stades. Par goût, il suit aussi le foot néerlandais et les championnats scandinaves.
























Quand je dis que le football italien rime avec catennacio, je ne le pense pas, c'est juste que ça me fasse rire que dans un article on stéréotype le jeu anglais (kick and rush) mais on stigmatise le stéréotype qui dit italien = Catennacio, on peut aussi dire Allemagne = Physique alors que désormais dans le football moderne tout les grands clubs savent défendre et marquer qu'ils soient italiens, anglais, espagnol, allemands,... Ils ont tous une dose tactique, physique, technique,...Le 24/12/2011 à 01:50
Maintenant je sais pas depuis le début de saison...Le 24/12/2011 à 01:44
Sinon pour l'article, la Série A revient en force c'est indéniable et possède un top 6 aussi alléchant que l'Angleterre et bien au dessus des autres championnats.Le 23/12/2011 à 16:19
La serie A a connu une crise qui a pour moi été masqué par la victoire de l'Inter (qui ne comptait aucun italien, il n'y avait d'Italien que le nom). Il a l'air de revenir cette saison mais pour moi le championnat sous évalué reste la Bundesliga.
Aprés oui je suis d'accord, la serie A est plus relevé que la ligue 1, plus disputé que la Liga mais l'Allemagne et l'Angleterre reste pour moi un cran au dessus.
ps: Dire que le jeu italien n'est pas réduit au catenaccio était une bonne chose mais pas crédicle quand le même article Réduit le jeu anglais au kick and rush.Le 22/12/2011 à 18:52
Vous parlez d'avoir 3 représentants en 8ème mais bon la PL en place un nombre impressionnants en demi. La Bundesliga met un finaliste et un demi-finaliste lors des 2 dernieres CL. La Liga connait 2 demi-finalistes la dernière saison. Si on regarde seulement un coin du tableau alors on lui fait dire ce que l'on veut.
Le coefficient est là justement pour équilibrer ça et qu'un championnat complet soit récompensé.
De plus, Schalke qui ramasse l'Inter (2-6), Tottenham qui tape l' Ac Milan, la Rome éliminé séverememnt par le Schaktar (3-7),...Le 22/12/2011 à 18:44
Tottenham, c'est une équipe du sub-top anglais, ils ne jouent JAMAIS le titre, ils ont passé une fois les piules de la LDC et ça y est, c'est aussi bon que le top des autres championnats. Quel blague ...... Les italiens ne s'expatrient pas. Pourtant, ils ont des occasions de la faire, mais préfèrent rester en Italie. D'après ces stats, je présume que Pippo avait une valeur larchande très faible, voir quasi-nulle malgré ses stats impressionnantes. Super objectivité.Le 22/12/2011 à 18:39
Je ne fait que des référence objectives en me basant sur les valeurs marchandes des joueurs et pour certains le niveau sportif.
Le fait est que en terme qualitatif, la premier league a 6/7 équipes de top niveau quand la Série A n'en a que 4. Je ne pose pas de jugement de valeur et j'apprécie la série A stop la parano, j'essaye juste très honnête et objectif.Le 22/12/2011 à 14:52
Reste le Portugal, qui aurait une chance dans 2 ans. Encore faut-il que les 4 clubs assument leur statut, ce dont Porto n'a pas été capable cette année.Le 22/12/2011 à 14:27
Le Calcio est 4ème car le Calciopoli est passé par là. L'Italie a envoyé des Palermo, Udinese, Sampdoria et cie en CL, équipes qui ont le niveau de l'EL. Et en EL, ils ont envoyé des équipes qui normalement n'auraient pas été mieux classées que 10ème, voir jouer la relégation. Et la France ne talonne pas l'Italie, elle est encore à 5 points et c'est pas avec 2 équipes en CL qui n'iront probablement pas très loin qu'ils vont revenir.Le 22/12/2011 à 14:24
Sinon au niveau du championnat en lui même. Regardez le niveau des effectifs des 6 meilleurs équipes de première league, il est nettement au dessus des effectifs italiens. Ce qui ne veut pas dire que les équipes italiennes n'ont pas de bons joueurs juste qu'il y a moins d'équipe de très haut niveau et donc moins de lutte pour le titre.Le 22/12/2011 à 13:54
Soyez un petit peu honnête ça changera. Stop parler d'évènement de court terme, si on regarde les 10 dernières années, évidemment que la PL et la Liga sont au dessus du calcio, et pour rappel la chute du coefficient UEFA c'est pas que l'europa league, c'est aussi parce que après avoir passé le premier tour de LDC les clubs italiens chute très rapidement, il n'en reste (...)Le 22/12/2011 à 13:51
Puisque tu aimes les exemples extrêmes en voici un autre: au cours de la saison actuelle, l'US Lecce a attiré moins de 8'000 spectateurs par match (moins que Doncaster en D2 anglaise...) dans un stade qui peut en contenir 34'000Le 22/12/2011 à 09:56
l'Allemagne gagnera l'Euro 2012, déjà. Et en 2014, l'Espagne sera en perte considérable de vitesse. Pour ta gouverne, le foot n'est pas statique, personne n'imaginait la France là où elle est, après 98 et 2000. Ou mieux, l'Ajax de 95 et 96, les Pays-Bas de 88, la juve de 96-97-98, Dortmund de 97 et que dire du Brésil et l'Argentine... Fais preuve d'intelligence, pète un coup et "smile"Le 21/12/2011 à 23:11