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Zemanlandia ou l’art du football champagne
Jamais un homme n’aura plus divisé l’Italie que Zdenek Zeman. Demi-dieu pour les uns, perdants pour les autres, l’entraîneur tchèque n’a jamais laissé personne insensible. C’est que l’homme à la cigarette a multiplié les provocations dans un pays peu habitué aux changements et aux bouleversements qui peuvent en découler. De la façon de jouer aux dérives de ce sport, en passant par le foot business, retour sur celui qui a transformé le foot italien.
À Foggia, Zdenek Zeman est plus connu que le Pape. Ce Tchèque, né au lendemain de la guerre, a réussi à faire connaître cette ville dans toute l’Italie, à travers son club de foot, et à l’ériger en exemple d’une gestion quasi-parfaite. Bien aidé par le duo Casillo (président) et Pavone (Directeur Sportif), Zeman a enchaîné les miracles dans les Pouilles, flirtant même avec la Coupe d’Europe.
Changer la façon de jouer au football
Quand Zeman débarque en Italie à 20 ans, il découvre avec effroi le foot local. Lui qui a été élevé par le beau jeu tchécoslovaque, le voilà en train de regarder des défenseurs balancer de longs ballons vers les attaquants en "mode kick and rush". Pour lui, le football ne se conçoit pas autrement qu’autour d’un jeu spectaculaire tourné vers l’attaque. Il en fera l’un de ses préceptes. Réussir à divertir ses joueurs et le public qui assiste au match. Dans le pays du "résultat roi", cette philosophie ne met pas longtemps avant de faire débat.
En rejoignant Foggia en 1987, Zeman et Casillo prennent un risque. Celui d’un échec annoncé. Et cela commence mal pour Zeman qui voit son équipe être sanctionnée de cinq points avant même le début de saison suite à la gestion catastrophique de l’ancien propriétaire. Au stage d’avant-saison, l’entraîneur tchèque se retrouve face à sept petits joueurs, tandis que Pavone fait tout pour recruter malin, dans les divisions inférieures et dans les centres de formation de clubs moins réputés. Logiquement, le début de saison est catastrophique avant une phase retour spectaculaire.
Quand il revient deux ans plus tard dans les Pouilles, suite à un départ forcé par Casillo pour avoir osé discuter en pleine saison avec un autre club, Foggia est en Serie B. Et ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Sans argent, le trio applique les mêmes recettes : recruter pour "pas cher", et Casillo a sa méthode. Quand Zeman lui donne une liste de trois noms par poste, il raye immédiatement les deux premiers et fait tout pour recruter le troisième, plus abordable économiquement. Là encore, les joueurs ont besoin d’assimiler le style de jeu prôné par Zeman. Cela prendra six mois avant le début de la Zemanlandia.
Se faire un nom : Zemanlandia
C’est en 1990 que ce surnom inonde l’Italie. Les transalpins découvrent comment un entraîneur parti de rien et avec des jeunes inconnus, pose les bases d’un football italien offensif. Certes, il n’est pas le premier à bien jouer au football : la Lazio de 1974, la Roma du suédois Liedholm en 1983 ou encore le Naples de Maradona ont tenté de casser l’image d’un football défensif. Mais à ce niveau-là, avec aussi peu de moyens et des joueurs limités, c’est du jamais vu.
Les adversaires de Foggia expliquent alors que le ballon va aussi vite que dans une partie de flipper. Les joueurs sont sans cesse en mouvement si bien que le marquage individuel, comme en zone, est un casse-tête. Les positions sont interchangées toutes les trente secondes, les ailiers rentrent à l’intérieur, les latéraux débordent ou apportent le surnombre au milieu, le ballon circule vite, les milieux ont une excellente frappe de balle, les une-deux s’enchaînent, les attaquants sont sur le fil du hors-jeu, etc. Ce qui peut être assimilé à un grand bazar est un fait une organisation bien huilée où chacun sait ce qu’il doit faire, et surtout, s’amuse en jouant.
Foggia termine 8ème de Serie B et monte l’année suivante en Serie A grâce notamment au trio Signori, Rambaudi et Baiano, renommé "Il tridente delle meraviglie". Les trois attaquants combinent à merveille et sont débarrassés de tout travail défensif. Ils défendent peu mais attaquent beaucoup. Le sale boulot est laissé aux autres joueurs dont le but est de récupérer le ballon le plus vite possible grâce à une grande agressivité (positive) au milieu, le tout en défendant debout, solide sur les appuis, avant que les adversaires aient pu passer la ligne médiane. Une technique travaillée à l’entrainement chaque jour.
Transpirer jusqu’à l’épuisement à l’entraînement
Vomir et repartir. C’est ce qui est arrivé plus d’une fois à l’entrainement et notamment à Maurizio Codispoti, l’ancien vif latéral de Foggia. Les entraînements sont un calvaire. Zeman exige toujours plus de travail et les séances sont presque vécues comme des traumatismes. Aux sprints et aux courses longues se succèdent des ateliers avec des haies et surtout les montées et descentes d’escalier jusqu’à épuisement. Cette très lourde préparation physique permet aux joueurs de Zeman de courir plus vite et plus longtemps que les adversaires et d’avoir une condition physique supérieure à la normale. Si bien que de la première à la dernière minute, les attaques sont aussi tranchantes.
Que les terrains soient durs ou boueux, Foggia s’adapte. Comme dans la vie de tous les jours. Malgré son président napolitain richissime, le club des Pouilles ne possède pas de terrain d’entraînement. Alors, Zeman alterne entre la terre battue devant l’église San Ciro et le parking en bitume du stade. Les joueurs doivent parfois escalader des clôtures pour accéder à des terrains de quartier, mais ils ne se plaignent jamais. Un trait de caractère enseigné par leur entraîneur.
Les méthodes très dures de l’entraîneur sur le terrain contrastent avec son image en dehors. Peu bavard, toujours à l’écoute de ses joueurs, Il Boemo paraît calme et mesuré. Lors des déplacements, toujours effectués en bus même à l’autre bout de l’Italie, l’entraîneur joue aux cartes, parfois pendant dix heures d’affilée. Des instants de calme, loin de l’agitation des tifosi. Alors qu’ils étaient 10.000 en troisième division, ils remplissent le stade chaque semaine, si bien que lorsque le Milan débarque à Foggia, Maldini et Costacurta expliquent à Luigi Di Biagio qu’ils ont l’impression que le stade fait 100.000 places. Quand les supporters sautent dans les tribunes, la pelouse vibre et les joueurs se transcendent. Une synergie incroyable et une explosion de couleur dans les gradins.
Flirter avec la Coupe d’Europe
Pour sa première saison en Serie A, en 1990-1991, Foggia accroche une 9ème place prometteuse. Sauf que Zeman se rend compte que certains de ses joueurs aspirent à un plus grand club et Casillo se retrouve dans l’impossibilité de garder ses meilleurs éléments : Signori part à la Lazio, Baiano à la Fiorentina et Rambaudi à l’Atalanta. La saison suivante est un retour à la case départ, six mois pour comprendre l’entraîneur, six mois pour tenter une remontée fantastique. Et ça marche. Tout le monde oublie alors les contestations des tifosi, pourris-gâtés et osant transformer un amour platonique ou haine viscérale ou encore la mise à sac de la pelouse du Pino Zaccheria, banc et buts compris.
Encore 9ème lors de la saison 1993-1994, l’US Foggia loupe la qualification européenne lors de la dernière journée. Zeman décide alors de rejoindre un plus grand club, comme ses poulains. Le club de Casillo ne s’en remettra pas d’autant qu’il n’appartient plus à son président, inquiété par la justice et laissé loin de toute activité entrepreneuriale. Une descente aux enfers rapide et spectaculaire.
Rester fidèle à ses idées
Après son départ de Foggia, Zeman a connu des échecs dans les grands clubs (Lazio, Roma – même s’il a laissé un bon souvenirs aux tifosi Giallorossi amateurs de beau jeu – Naples, Fenerbahce) et des bonnes séries dans des plus petits clubs (Lecce, Brescia).
En dehors du terrain, il est surtout connu pour sa bataille contre le dopage, ses critiques répétées contre la Juve et sa pharmacie ultra-développée et ses phrases choc sur le championnat italien dans ce qui allait devenir, le Calciopoli. Blacklisté sur la grande majorité du territoire, Zeman s’est plusieurs fois exporté (Fenerbahce, Etoile Rouge de Belgrade) avant de revenir à Foggia la saison pour un come-back médiatique et mitigé, toujours entouré de Casillo et Pavone.
Aujourd’hui, Zeman reste attaché à ses principes qui paraissent si simples qu’ils en sont évidents : "les joueurs n’aiment pas défendre, il faut donc avoir un style très offensif", "des joueurs qui ont faim et ne sont pas blasés auront un meilleur état d’esprit", "le schéma tactique n’est pas important, l’utilisation qu’on en fait l’est beaucoup plus", "s’il n’y a pas la qualité (joueurs) il doit y avoir la quantité (entraînements)" ou encore "les joueurs seront meilleurs s’ils s’amusent, les gens viendront en nombre s’ils se divertissent".
Des principes qui guident le Pescara Calcio, son club actuel. Aujourd’hui quatrième de Serie B, il applique les mêmes recettes : de jeunes joueurs, un jeu spectaculaire, une équipe enthousiaste, joueuse et donc naïve. Treizième la saison passée, le club est aujourd’hui 4ème, possède la meilleure attaque et la quatrième plus mauvaise défense du championnat. Beppe Signori, Baiano et Rambaudi ont laissé leur place à Immobile, Insigne et Sansovini, 27 buts à eux trois. Le football champagne à l’état pur. Mais pour Il Boemo, le football a bien changé et ses valeurs également. Aujourd’hui, "le foot est plus un business et du merchandising qu’une tradition". Pour Noël, certains y verront une comparaison bien sentie…
























Primo c le roi de la lose
Secundo c toujours les mêmes clichés sur les méchants italiens qui sont des vilains défensifs et des casseurs bla bla l'Inter de herrera bla bla bbla
Vous l'avez vu jouer l'Inter avec Mazzola Suarez Jair Facchetti Corso
Sur les 25 dernières années quel est le grand championnat ou on marque le plus de but ?
Je pense que après l'Allemagne il doit y avoir l'Italie
On a pas attendu zeman pour voir du jeu en Italie
Une bonne attaque te fais gagner des matchs une bonne défense te fais gagner des tournoisLe 26/12/2011 à 09:10
À ce niveau Mou ne lui arrive pas à la cheville.
Et je sais que les rageux vont répondre que son travail à été "pré-mâché" mais personne au Barça n'a jamais fait aussi bien que lui. ...Le 26/12/2011 à 01:30
il s'est planté dans les grands clubs a cause de l'ego surdimensionné de certain qui refuse de se tuer a la tache pour leur coéquipier
or dans les petits clubs c'est tout le monde qui veut montrer de quoi il est capable afin d’être vu par les grands clubs
donc pas le choix que de faire ce que demande le coach si tu veux jouer plus souventLe 26/12/2011 à 01:02
chapeau l'articleLe 26/12/2011 à 00:59
Sinon excellent article. J'avais lu quelque chose à propos de Zeman dans So Foot, vraiment très intéressante la philosophie de ce type.
J'aimerais bien voir Zeman et Pescara en Serie A la saison prochaine.Le 25/12/2011 à 17:44