Kyle Walker, la croissance éclair

Kyle Walker, la croissance éclair
le 28/04/2012 à 13:10

A 21 ans, le latéral droit de Tottenham, qui accueille Blackurn dimanche, s'est déjà imposé comme une valeur sûre en Premier League. Au point d'avoir été nommé meilleur jeune de la saison 2011-2012. Petit, le natif de Sheffield voulait pourtant jouer attaquant. Mais il ne grandissait pas assez vite.

Il fallait voir sa tête, dimanche soir. A 21 ans, Kyle Walker n'a pas l'habitude des honneurs. Pas encore. Alors quand il a reçu le trophée de meilleur jeune en Premier League, le latéral droit de Tottenham s'est senti un peu gêné. Comme s'il était presque là par hasard. Costume de rigueur, sourire de circonstance, le successeur de Jack Wilshere a cherché ses mots devant ses paires, qui l'ont aussi imposé dans l'équipe-type de la saison 2011-2012. "Je suis surpris car généralement, les défenseurs obtiennent rarement ce type de récompense. C’est un grand honneur pour moi d’obtenir ce prix et j’espère le faire encore dans les années à venir." A écouter Harry Redknapp, elles s'annoncent radieuses. L'entraîneur des Spurs ne tarit pas d'éloges à propos d'un "athlète, rapide comme l'éclair". "Il joue à un rythme effrayant. Il fait énormément de travail, aussi bien offensivement que défensivement. Il a  tout pour devenir un grand arrière droit."

Né le 28 mai 1990, à Sheffield, Walker n'était pourtant pas destiné à s'imposer au sein de la défense londonienne. Plus jeune, il s'imaginait buteur. Mais il n'avait pas le physique de l'emploi. Trop petit, trop frêle face aux déménageurs du Royaume. "J’ai eu une croissance tardive. Les défenseurs adverses me prenaient tous les ballons de la tête. Un jour, un coach de Sheffield m’a foutu à droite. Et j’ai bien aimé. J'avais 15 ou 16 ans." Depuis, c'est à ce poste qu'il a tracé sa route. En suivant les pas de son modèle, qui joue au Barça. "J’adore Dani Alves, je regarde des vidéos de lui sur YouTube tous les jours. Il va d’une surface à l’autre sans mettre en danger l’équilibre de son équipe." Walker pousse le mimétisme avec le Brésilien jusque dans ses écarts défensifs. "Kyle a encore des petits égarements dans le replacement", note Redknapp.

Le manager de Tottenham est exigeant envers Walker. Il l'a toujours été. Déjà en 2009, quand il l'a fait venir à White Hart Lane. A 19 ans, il y découvre la concurrence. Rude, et impitoyable. "Je me suis vite rendu compte que je n'étais que le cinquième choix. Il y avait déjà Pascal Chimbonda, Alan Hutton, Charlie Vedran Corluka, et mon ami Kyle Naughton." Walker n'a pas assez de vécu pour rivaliser. Les Spurs l'envoient donc s'aguerrir ailleurs. Trois prêts à Sheffield, aux Queens Park Rangers et à Aston Villa. Le défenseur a grandi. Du haut de son 1,78 m, il s'est imposé comme une valeur sûre de la Premier League. L'été dernier, Redknapp sent qu'il est temps de lui donner sa chance. Depuis le mois d'août, le manager de Tottenham ne peut plus s'en passer : en une saison, Walker a joué plus que les deux précédentes réunies. Bilan : 3804 minutes en 45 matches, la plupart comme titulaire, et un but, ô combien précieux, lors du derby londonien face à Arsenal (2-1). Ledley King, le capitaine des Spurs, n'est pas étonné de cette ascension. "La première fois que j'ai vu Kyle à l'œuvre, j'ai tout de suite vu qu'il avait les qualités pour être joueur de haut niveau. J'étais sûr qu'il s'imposerait à ce poste d'arrière droit. On ne dirait pas que c'est sa première saison complète avec nous."

A Londres, Walker n'a pourtant pas débarqué en terrain conquis. "Je ne connaissais personne quand je suis arrivé. Pendant trois mois, j'ai vécu à l'hôtel. Heureusement que ma petite amie était avec moi. Elle a été un roc. Sans elle, j'aurais eu du mal à m'adapter." Aujourd'hui, sa vie a radicalement changé. Ses performances sont reconnues. A tel point qu'en novembre, il a honoré la première de ses deux sélections avec l'Angleterre, lors d'une victoire de prestige face à l'Espagne (1-0). A tel point qu'aujourd'hui, le Real Madrid de Mourinho se dit prêt à débourser 20 millions d'euros pour s'attacher les services du latéral supersonique, sous contrat jusqu'en 2016. L'Inter Milan en aurait également fait le successeur désigné de Maicon. Ces approches en déboussoleraient plus d'un. Pas lui. Le jeune papa qu'il est a gardé son âme d'enfant. Comme une carapace pour mieux s'extraire de la réalité. Pour mieux évacuer la pression du résultat qui pèse sur son équipe, en perte de vitesse dans la course à la Ligue des champions. "Parfois, quand les choses ne vont pas dans mon sens, je rentre chez moi. Je vois mon fils sourire et je ne peux pas m'empêcher d'en faire autant. Il m'a changé. Grâce à lui, je regarde la vie différemment maintenant. En fait, j'essaie juste de considérer que jouer au football, c'est comme jouer dans un parc. Dès que je vois le vert de la pelouse, je suis heureux. Tout simplement."

Gil BAUDU (Twitter : @gbaudu)

Eurosport Scouting
Eurosport Scouting

Les journalistes d'Eurosport.fr partent à la recherche des joueurs de demain.