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Frères d'armes
25/11/2010 - 17:43

Frères d'armes

Vlade Divac et Drazen Petrovic. Deux amis inséparables, presque frères, que la politique et la guerre ont éloigné l'un de l'autre. La mort accidentelle de Petrovic empêchera les deux hommes de se réconcilier. Une blessure éternelle pour Divac. La chaîne ESPN retrace dans un documentaire poignant le destin de ces  deux hommes et de deux deux champions, stars du basket yougoslave et pionniers européens en NBA.

On s'intéresse sans doute trop aux champions, pas assez aux hommes qu'ils sont réellement. Le grand mérite des films issus de 30 for 30 est de nous le rappeler. 30 for 30, c'est le nom de la série de documentaires diffusés par la chaine ESPN depuis octobre 2009, au rythme de deux par mois, pour célébrer son 30e anniversaire. 30 films (1) d'environ 90 minutes, pour retracer trois décennies. Le premier film de la série, consacré au transfert de Wayne Gretzky d'Edmonton à Los Angeles en 1988, a été diffusé en octobre 2009. Le dernier est programmé pour le 11 décembre prochain.

ESPN s'est donné les moyens de bien faire les choses, en faisant appel à quelques réalisateurs confirmés d'Hollywood, comme Barry Levinson, Peter Berg ou Ron Shelton, tous des fondus de sport. Sa grande force tient dans son approche. Plutôt que de retracer des grandes victoires, de dessiner des portraits de stars ou de revisiter des matches célèbres, 30 for 30 s'attache à raconter des histoires à hauteur d'hommes. Chacun de ces documentaires aborde le sport par le grand bout de la lorgnette, en s'intéressant à l'humain, non au sportif. Nous ne saurions trop vous conseiller de jeter un oeil à quelques-uns de ces films.

C'est tout particulièrement vrai du 25e opus, diffusé le mois dernier aux Etats-Unis, intitulé "Once Brothers". L'histoire de deux amis, liés depuis l'enfance par une même passion, le basket, et unis dès l'adolescence par un rêve commun un peu fou, celui de conquérir la NBA, à une période où les Européens n'y avaient pas leur place. Deux amis qui, par leur talent et leur travail, ont transformé ce rêve en réalité. Deux amis qui se croyaient inséparables, avant d'être éloignés l'un de l'autre par la politique, le nationalisme et la guerre. Deux amis devenus des étrangers l'un pour l'autre, au sens propre comme au sens figuré. Ces deux amis, ce sont le Serbe Vlade Divac et le Croate Drazen Petrovic, les deux stars du basket yougoslave à la fin des années 80 et au début des années 90. Arrivés la même année en NBA, en 1989, ils finiront par y devenir des joueurs majeurs. Des pionniers.

La déchirure du drapeau

Mais si le film retrace le début de leur carrière (quel plaisir de les revoir en action, que ce soit avec la Yougoslavie ou en NBA, avec les Lakers, les Blazers et les Nets), il s'intéresse surtout à l'amitié brisée entre les deux hommes. La rupture date de l'été 1990. Paradoxalement, elle a été scellée le jour de leur plus grande consécration sportive commune. Quelques secondes après la victoire de la Yougoslavie en finale du Mondial en Argentine, face à l'U.R.S.S., Divac écarte un supporter entré sur le terrain avec un drapeau... croate. Il le jette par terre. "J'aurais fait la même chose si ça avait été un drapeau serbe", explique-t-il. Pour moi, nous étions tous Yougoslaves, seul le drapeau de la Yougoslavie avait sa place ici." Nous sommes quelques mois à peine avant le début du terrible conflit qui mènera à l'éclatement du pays. Les nationalismes s'exacerbent. Le geste de Divac, maladroit, impulsif, sera utilisé contre lui.

Quand il repart aux Etats-Unis, il pense que tout sera comme avant. Que Petrovic et lui continueront de s'appeler tous les jours pour se soutenir mutuellement. Mais il n'y aura plus le moindre coup de fil. Petro lui tourne le dos. "Il faut des années pour construire une amitié, il m'a fallu une seconde pour la détruire", constate-t-il. La guerre ne fera qu'éloigner encore un peu plus Divac de Petro, comme des autres stars croates que sont Toni Kukoc ou Dino Radja. Tous témoignent dans ce documentaire, dont Divac est à la fois le narrateur et le fil rouge. "J'ai toujours été persuadé que le jour viendrait où tout ça s'arrêterait, où Drazen et moi pourrions à nouveau nous asseoir et parler. Mais ce jour n'est jamais venu", dit encore Divac. Et pour cause. Petrovic a trouvé la mort dans un accident de voiture en juin 1993. Il avait 28 ans et venait de s'affirmer comme une star naissante de la NBA. Pour Divac, la blessure ne pourra donc jamais se refermer. Ce documentaire, il l'a manifestement abordé comme un exorcisme de ses regrets éternels, en même temps qu'une occasion de rendre hommage à celui qui, dans son esprit, reste son ami. Presque un frère.

Entre rire et larmes

Le film débute chez lui, à Belgrade, en Serbie, et s'achève à Zagreb, en Croatie, où Divac n'avait plus mis les pieds depuis 20 ans. Là, il perçoit encore la haine chez ceux qui le reconnaissent dans la rue et lui font bien sentir qu'il sera à jamais un étranger à leurs yeux. Image saisissante: tout le monde le reconnait, se retourne. Mais rares sont ceux qui viennent lui serrer la main. Certains l'insultent. Mais lui a effectué ce pèlerinage pour se recueillir sur la tombe de Petrovic, et pour rencontrer la mère et le frère de ce dernier. Avec eux, il parle du bon vieux temps. Du temps d'avant la guerre, quand Petro et lui logeaient dans la même chambre. La maman de Drazen lui demandait alors de prendre soin de son fils. "Mais j'avais quatre ans de moins que lui", sourit Vlade. "Oui, mais tu étais tellement plus grand", répond-elle. Ensemble, ils rient, les larmes aux yeux. Ils pleurent un fils, un frère, un ami. Ils pleurent, aussi, l'image d'un passé qu'ils ne retrouveront jamais. Celui d'un pays qui n'existe plus.

Pour Divac, ces retrouvailles, c'est une façon de renouer le fil de cette amitié si forte qu'il pensait simplement avoir égarée, et qu'il n'a jamais pu retrouver. Une manière de s'apaiser. La cicatrice reste, mais la douleur s'estompe. C'est une histoire à la fois belle et triste, à l'issue tragique. Le film, bien ficelé, bien monté, s'avère toujours passionnant et souvent poignant. Il évoque l'itinéraire de ces deux sportifs séparés par des raisons politiques. Pourtant, ce n'est ni un film sur le sport ni un film sur la politique. C'est un film sur deux hommes, et c'est ce qui le rend si fort. Regardez-le. Il donne envie d'aimer le sport et de croire aux hommes. Et vice-versa.

(1) Voici quelques uns de ces 30 films. Il est possible de les voir en France sur ESPN America ou sur ESPN Classic. Ils sont aussi trouvables facilement sur internet pour la plupart d'entre eux.

Muhammad and Larry: Evoque le combat entre Larry Holmes et Muhammad Ali, en octobre 1980, le dernier championnat du monde disputé par Ali. Le combat de trop.

Without Bias: Le destin tragique de Len Bias, star de l'université de Maryland. Victime d'une overdose de cocaïne... le jour même de la draft NBA, en 1986. Il décède deux jours plus tard. Les Celtics l'avaient choisi en deuxième position

The 16th Man: L'histoire de Nelson Mandela, artisan, à sa manière, du triomphe sud-africain lors de la Coupe du monde de rugby en 1995.

One Night in Vegas: Retour sur l'amitié entre Mike Tyson et le rappeur Tupac Shakur, décédé le soir du combat entre Tyson et Bruce Seldon à Las Vegas, le 7 septembre 1996. Un combat auquel Shakur avait assisté, quelques heures avant d'être assassiné.

Marion Jones: Press Pause: L'irrésistible ascension et la descente aux enfers de la reine du sprint, Marion Jones.

Winning Time: Reggie Miller fut le bourreau des New York Knicks dans les années 90. Le film est notamment axé sur les rapports entre Miller et Spike Lee, le cinéaste fan des Knicks.

Laurent VERGNE

 
 
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