La rédaction d'Eurosport.fr vous propose dans ce blog une sélection soignée des articles de presse, des pages web et des sujets de réflexions qui font le sel de l'actu sportive. Nous les recommanderons ou nous les contesterons. Nous les soumettrons à vos réflexions. Les points de vue les plus stimulants nous confronterons. Coup d'envoi de la prolongation...
Pourquoi De Jong jouera ce week-end
Chaque minute qui passe nous éloigne du moment où Nigel De Jong risque de payer d'une suspension le tacle insensé qui a proprement découpé Hatem Ben Arfa, dimanche. Vous connaissez l'histoire : le Néerlandais n'a pas été sanctionné sur le coup. Le jeu a seulement été arrêté pour venir en aide au Français. Le cas du Néerlandais ne sera donc pas traité par la commission de discipline de la FA, sauf si celle-ci décide de s'auto-saisir. Il n'y a pas de règle en la matière, mais si elle ne l'a pas fait à chaud, le plus probable est qu'elle n'ira pas plus loin. De Jong, déjà connu pour son coup de kung-fu contre Xabi Alonso, avait déjà cassé la jambe d'un adversaire, Stuart Holden, en mars dernier lors d'un amical contre les Etats-Unis. On comprend mieux le zèle de son sélectionneur, Bert Van Marwijk, qui a décidé de se passer de son viril récupérateur pour deux matches. Pour le reste, celui-ci va gambader sur les prés anglais dès ce week-end. En toute légalité.
Un scandale ? Pour beaucoup, oui. En Angleterre, pas vraiment, même s'il serait injuste de dire que nos voisins s'accommodent de tels coups sans se poser de questions. Quelques voix s'élèvent pour disqualifier un tacle de cette nature, citons entre autres celle de Paul Parker dans son blog sur eurosport.uk ("De Jong est un destructeur, et juste un destructeur"). Depuis lundi, nous cherchons la façon la plus appropriée de vous faire sentir pourquoi, en Premier League, De Jong peut tacler de la sorte et s'en sortir sans dommage. Nous avons longuement échangé à ce sujet avec Alex Chick, notre confrère du bureau anglais d'Eurosport, qui devrait lui aussi faire partager sa réflexion aux lecteurs britanniques en se nourrissant de nos échanges. Voici les deux "clefs" qu'il nous a donnés:
- En Angleterre, même si la loi du jeu ne dit pas cela de façon formelle, un tacle est jugé correct si le joueur touche le ballon d'abord. Si un adversaire est sur la trajectoire et que cela débouche sur une blessure, c'est un accident malheureux. A ce sujet, la Premier League a connu ce week-end des gestes encore plus terrifiants que celui de De Jong : Karl Henry, le capitaine de Wolverhampton, a été expulsé pour un tacle de cinglé samedi contre Wigan. James Collins (Aston Villa) et Gaël Givet (Blackburn) auraient aussi bien donné. Ces tacles-là ont davantage "ému".
- La communication de crise, dans ces cas-là, est toujours la même, parfaitement rodée en Angleterre. Le coach ou son adjoint plaident l'absence d'intentionnalité. "Il n'est pas ce type de joueur", disent-ils en choeur, ce qu'a fait Brian Kidd, l'adjoint de Roberto Mancini, dès dimanche. Et ça passe, selon cette idée bien ancrée que les contacts sont inévitables en football et qu'il n'est pas envisageable de transformer ce sport en discipline sans le moindre corps à corps. Lors d'un précédent très commenté, le tacle de Martin Taylor sur Eduardo, ni les pressions d'Arsène Wenger ni celles de Sepp Blatter n'avaient entraîné d'alourdissement de la suspension du joueur de Birmingham (trois matches). L'intentionnalité est au coeur du dispositif répressif anglais : ceci explique aussi que les crachats et autres insultes puissent être davantage sanctionnés que les tacles avec blessure grave.
Sur la légalité d'un geste défensif et la punition qui en résulte, le règlement ne parle jamais de la conséquence mais de la façon dont l'intervention est commise : il y a faute si le tacle est exécuté "de telle façon que l'arbitre le juge non maîtrisé ou usant de la force de manière excessive" ("careless, reckless or using excessive force"). Pas de référence au ballon intercepté ou pas. Pas de corrélation entre la faute commise et la faute subie, ce qui disqualifie les tenants de la proportionnalité entre blessure et geste initial ("six mois d'absence ? Donc six mois de suspension"). Le tacle sidérant de Karl Henry n'a pas entraîné de blessure alors qu'il était objectivement encore plus dangereux... et sanctionné comme tel.
En ce moment, ce type de raisonnement a évidemment beaucoup de mal à passer en France. Difficile de se soustraire de l'émotion "nationale" pour aborder ce type d'épisode. La notion de tacle non maîtrisé est rarement appréciée autrement que via sa propre sensibilité. Je me souviens, la saison dernière, avoir fait partie de la minorité qui jugeait légitime le carton rouge reçu par Souleymane Diawara à Madrid pour son intervention énervée sur Ronaldo. Il avait eu le ballon, bien sûr. Mais au même titre qu'on peut plaider la mauvaise fortune quand quelqu'un est blessé, on peut estimer que Ronaldo a eu de la chance d'échapper au carnage sur ce coup. Diawara aurait pu broyer la jambe du Portugais de la même façon que de Jong a fracturé celle de Ben Arfa. Il avait "seulement" blessé Ronaldo à la cheville pour un mois. Et reçu une expulsion assez contestée en France. Regardez les images à froid, comparez les au duel De Jong-Ben Arfa, vous verrez...
Alex Chick nous suggérait hier que la FIFA enferme des experts pendant des jours et des jours, en séminaire, pour disséquer des centaines de cas et dessiner une frontière entre l'acceptable et le condamnable. On peut aussi faire plus simple, et inciter, avec Samir Nasri, les arbitres à évaluer avec un peu moins de fatalisme l'article du règlement stipulant qu'un tacle doit être maîtrisé. Alex Chick, toujours : "De Jong n'a jamais été expulsé avec City. Ni avec les Pays-Bas. Ni avec Hambourg. Aux yeux du football, il est à peu de choses près un saint." La preuve : il ne sera pas suspendu.
Cédric ROUQUETTE
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