Est-ce cela que nous voulons ? Oui bien sûr…
Vous connaissez François Bégaudeau ? J’espère, sinon une rapide recherche sur le net vous aidera au moins à cerner le personnage. Outre ses multiples activités, il s’intéresse au foot. C’est un passionné et il maîtrise le sujet. Lundi, comme chaque semaine, j’ai lu sa chronique foot dans « Le Monde » (le journal gothique du soir comme disait Desproges). Le titre : Est-cela que nous voulons ? Il parle de l’enthousiasme débordant qui a submergé les fans de foot après le Chelsea/Liverpool de la semaine passée. En gros, il n’aime pas ce foot là parce que c’est le symbole du « foot business ». Equipes cosmopolites, investisseurs étrangers. Si le prix à payer pour voir du bon foot c’est ça et bien il ne veut pas débourser un centime.
Je passe sur les clichés, très décevant de sa part, faisant référence à la prétendue faiblesse des gardiens « anglais », les erreurs défensives… Cher François, malgré leur nullité, ces équipes-là mettent des raclées à tout le monde ou presque. Ah, il y a aussi la fameuse tarte à la crème, l’idée des 4 équipes et du désert. En gros, derrière le Big Four (expression qui historiquement ne veut d’ailleurs rien dire en Angleterre), c’est le vide. West Brom/Wigan serait ainsi aussi pourri que Nancy/Sochaux. Pourri peut-être mais il y aura une différence de taille, celle qui emporte tout : dans le match anglais, les acteurs ne vont pas refuser le jeu. Il n’y aura pas de tactique frileuse et anesthésiante. Et surtout, on jouera pour gagner et non pas pour ne pas perdre.
Si je m’attarde sur cet article, c’est que le fond est bien plus intéressant. L’acceptation ou non du « Foot- Business ». En opposition à ce concept, on trouve souvent les « Foot Nostalgiques ». Tout amateur, passionné de sport est nostalgique. En vélo c’est Anquetil/Poulidor, en tennis Borg/Mc Enroe, en rugby le « gigot-haricot », les Béziers/Narbonne … Le souvenir se charge alors d’une dimension romantique. En foot, c’est quoi ? Le problème est là justement dans ce « quoi » ? Les « Verts » 76, Bastia 78 et quelques matches par ci par là qu’on ne voyait même pas à la TV. Je me souviens d’un match de Laval en Coupe d’Europe. Après une qualification face à Kiev, (exploit dingue démontrant déjà à l’époque la supériorité du foot ukrainien), Laval affronte l’Austria de Vienne. Défaite à l’aller et au retour la folie. En une mi-temps, les « tangos et noirs » collent 3 buts fabuleux. A la fin, ça fait 3/3, c’est fini pour Laval ! Le lendemain pourtant tout le monde est content. Quelle mi-temps, quels buts avaient dit les commentateurs !! J’arrive à l’école, heureux. En « gym » je raconte le match comme un fou. Là le prof m’appelle et le visage grave me dit : « Mais t’as compris que Laval avait perdu ? ». Quelques années plus tard, de la même façon « on » s’était réjouit du match aller du TFC face au Spartak et du génie de Gérald Passi. Au retour, 5 buts dans la valise… Voilà ce que m’inspire le « Foot Nostalgie » français. Des bons souvenirs certes, mais surtout pas mal de dérision. Le courant nostalgique existe partout. Mais nulle part il ne repose comme ici sur des défaites et une culture foot proche du néant. En Angleterre, puisque c’est là que vit la « terrible bête », on a réussi (pour l’instant en tout cas) à associer l’histoire, la tradition et l’argent. On a construit des stades neufs mais on y a mis, au moins un peu, de souffle ancien dedans (des vieilles briques recyclées peut-être). L’histoire, la culture ne sont bafouées nulle part. Et le Chelsea du grand méchant loup Abramamovitch n’a pas encore (ça n’arrivera jamais) devancé Man Utd, Liverpool, Arsenal… Est-cela que nous voulons ? Et bien oui, parce qu’en plus chez nous, il n’y aura pas grand-chose à renier.
La culture foot, Laurent Blanc (de l’eau à mon moulin), en parle ce jeudi dans une très bonne ITW accordée à l’Equipe. Cette année, Blanc aura quand même « donné » beaucoup de choses à travers différents entretiens. Il parle du retard français et au-delà du volet financier, il parle surtout de la mentalité générale, et on y revient de la culture. Je parle souvent de révolution. On me dit, ok mais comment ? Quand on parle « argent » avant tout (Thiriez, Aulas), je crois qu’on prend le problème à l’envers. Changeons d’abord l’état d’esprit général ! Le début ? La formation. Revenons à la technique, à la vitesse, aux passes avant de bosser l’endurance, le physique. Cessons le formatage des jeunes. Ce que fait le Barça doit être adaptable non ? Qui a cassé le centre de formation de Nantes ? Le « qui » est donc évidemment important. Et je reviens là aux propos de Blanc. Sa présence à Bordeaux fait du bien au club et à tout le foot français. Derrière lui, c’est tout un tas de personnes compétentes qui doivent s’investir. La génération 98, celle de Platini. Au sein des instances, LFP, FFF les CV des « décideurs » pourraient tout aussi bien être repérés dans des entreprises sans rapport avec le foot. Les symboles étant bien sûr Escalette et Thiriez. Comment un brave type, un responsable de région a pu se retrouver là, dans ce costume bien trop grand ? Thiriez est un brillant avocat, un négociateur habile et un type sympa mais le foot lui est étranger. Ce n’est pas « sa vie », sa culture. Il suffit d’avoir parlé une fois avec lui pour en être convaincu. Les mentalités, l’état d’esprit, la psychologie utile à gérer une génération de joueurs capricieux et ayant besoin de guides légitimes, c’est le principal chantier. Et la clef, ce sont les « anciens » qui l’ont. Qu’ils arrêtent donc de faire les consultants (Dugarry) ou d’attendre qu’on leur déroule le tapis rouge (Deschamps). Qu’ils imitent Blanc ! Qu’on redonne du travail à Luis Fernandez, Jean Tigana, Vahid Halilhodzic…
Quand on aura réglé ce problème, alors on se demandera avec Begaudeau si c’est bien ou mal l’argent dans le foot…




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