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J.M Aulas : “Et maintenant on fait quoi ?”
Mon idée de révolution fait son chemin. Et pour que tout ne se résume pas au final dans une phrase style : “ça ne peut plus durer”, autant étudier des pistes d’évolution et en parler avec les gens concernés. Je vous propose ici un entretien en 2 parties avec Jean-Michel Aulas. On aime ou pas, ce qui est certain c’est que lui au moins travaille pour son club du mieux qu’il peut. Lui au moins joue la LDC tous les ans. Et même si l’OL ne va pas beaucoup plus loin que la fin de l’hiver, personne ne peut en dire autant. A lecture de cet entretien, il serait bon d’éviter de dévier dans le anti ou pro-Aulas. Ouvrons un débat, nos petites affaires perso de club chéri n’ont rien à voir la dedans.
Daniel Riolo : Monsieur Aulas, suite à l’élimination de votre club mercredi dernier, vous avez déclaré que le foot français dans son ensemble portait la responsabilité de cet échec. Je partage votre point de vue et j’en appele personnellement à une révolution pour changer les choses. Qu’en dites vous ?
Jean-Michel Aulas : Je réponds que vous avez en partie raison. Après la défaite, on était forcément abasourdi. J’étais là, au Camp Nou, prêt évidemment à assumer la défaite. Je me disais, bon OK , on est éliminé mais maintenant on fait quoi pour avancer ? Je ne vous apprend rien en disant que le foot aujourd’hui est totalement différent de celui des années 90 lorsque les clubs français pouvaient rivaliser au niveau européen. Je crois d’abord que nous avons un problème d’état d’esprit général. Pour commencer, faisons en sorte que la famille du foot français se serre les coudes, s’encourage pour avancer.
D.R : Concrètement quelles sont les solutions que vous préconisez ?
JM. A : Pour l’instant ne parlons pas de solutions mais de pistes de réflexion si vous le voulez bien. On parle là, de faire en sorte que les clubs français disposent de plus de moyens financiers. Veut-on oui ou non que le foot français tendent vers l’élite ? Si oui comment fait-on ? Doit on poursuivre dans une logique égalitaire ? Moi, je veux bien que la L2 française soit la plus riche d’Europe, mais à quoi ça sert ? Quand je déjeune, comme c’est arrivé récemment, avec le président du Barça Laporta et qu’il me dit encaisser presque 140 millions par an de droits TV, je mesure la différence. Nous c’est entre 40 et 45 millions.
D.R : Très bien mais que peut-on faire ? On change la répartition du pactole TV ? On passe de la négociation collective à l’individuelle ? Je rappelle qu’en France, le “magot” est réparti comme suit : 50% en mode égalitaire, 30% en fonction du résultat sportif et 20% en fonction du nombre de fois ou l’on passe à la TV. La négo individuelle, c’est chacun pour soi, on va voir le diffuseur et on vend.
J.M A : La négociation collective ou individuelle est un sujet sensible. Si je veux schématiser, on entre alors dans le cadre d’une opposition riches contre pauvres. Cela devient vite politique, voire philosophique. Sachez toutefois qu’en Italie, la Juve, Milan... négocie seul avec le diffuseur. Tout comme le Barça ou le Real. En Angleterre contrairement à ce que l’on pourrait penser, on est dans le cadre d’une négociation collective. Si on ne veut pas aller vers l’individualisme pour ne pas aller vers une rupture trop profonde, on peut quand même réfléchir à une répartition différente. Et si déjà on se partageait le gâteau dans une élite resserrée à travers un championnat à 18 clubs. Ce serait déjà un premier pas intéressant. Ensuite, pourquoi ne pas donner plus à celui qui est le plus diffusé. Si on passe à la TV, c’est qu’on intéresse les gens non ? On connaît les équipes qui font de l’audience. Quand la LFP vend les droits TV, elle impose un plafond de diffusion aux chaînes. Ainsi, on ne voit pas toujours les plus belles affiches. Cela dévalorise le championnat. Et puis celui qui achète devrait choisir ce qu’il veut diffuser non ? Au niveau international, c’est pareil. Le pays étranger qui veut diffuser un match de L1 ne dispose pas toujours de la plus belle affiche. Là aussi, ça ne met pas en valeur notre championnat, et ça donne pas envie d’acheter. Ensuite, on devrait donner plus d’argent aux équipes qui gagnent sur le terrain. Il faudrait récompenser ceux qui sont constant dans le haut du classement. Toutes ces choses ne sont pas foncièrement révolutionnaire mais feraient entrer plus d’argent dans les caisses de certains clubs qui en ont besoin pour jouer le haut niveau européen. L’élitisme, c’est ce que préconise le rapport Besson par exemple et au passage toutes les personnes qui veulent que le foot français soit plus compétitif. Bernard Laporte est également de cet avis. J’ai entendu que Pape Diouf critiquait ma façon de penser. Mais sa réflexion est une erreur d’un point de vue économique. Il me semble évident que pour l’OM, il y aurait beaucoup d’avantages à militer activement pour un foot d’élite. Je veux bien être dans l’idée de la croisade, de la révolution. Je pense avoir la légitimité pour mener un combat mais je ne peux pas être seul. Il faut que je sois suivi par un grand nombre d’acteurs du foot français. Les principaux présidents de clubs, Frédéric Thiriez, Jean-Pierre Louvel (Pst de l’UCPF), les hommes politiques concernés.
D.R : La fiscalité est également un sujet qui doit vous tenir à cœur ?
J.M A : Là encore on peut vite être confronté à une réflexion qui peut dévier vers la politique, les choix de société... Demander à ce que des joueurs de foot qui gagnent déjà beaucoup d’argent payent moins d’impôts peut être choquant. J’ai entendu là encore le discours de Pape Diouf. Son idée de défendre la “veuve et de l’orphelin” est compréhensible. Mais il faut juste bien avoir à l’esprit que si un joueur à le choix entre la France et un autre pays avec une fiscalité plus avantageuse, il n’hésitera pas. Tous les pays ont eu à gérer les conséquences de l’arrêt Bosman. Là il y avait une sorte d’égalité, mais en revanche la fiscalité est différente partout. C’est la même chose en ce qui concerne la DNCG. On est fier de ça en France, très bien. Mais gardons à l’esprit que chez nos concurrents ça n’existe pas.
D.R : Sur ce point je comprends les réticences et rejoins Diouf. Et puis la mesure relative aux droits d’images a quand même aidé les clubs français. Le président de Lille, Michel Seydoux m’expliquait un jour, que pour son club cela représentait une économie de 4 à 5 millions. La valeur d’un joueur de bon niveau.
J.M A : Ce que vous dites est vrai. Cette mesure nous a permis de garder Benzema par exemple. C’est donc positif. Vous savez, je crois que tout le monde sait plus ou moins ce qu’il faut faire. Est-il utile de parler des stades ? Un dossier prioritaire bien sûr car toutes les études montrent la corrélation entre la bonne exploitation de cet outil et les finances d’un club. La crise économique affectera moins les clubs dotés de stuctures fortes, ceux qui génèrent de “l’argent” grâce à cela. En revanche ceux qui comptent principalement sur l’argent des droits TV pour boucler le budget risquent de souffrir car le montant de ces droits va certainement baisser. Il n’est jamais bon d’être complètement "télédépendant". Pour conclure je dirais une chose simple : ne rien faire serait suicidaire.
Cet entretien a été réalisé samedi 14 mars. Avant la défaite de Lyon devant Auxerre. Avant aussi que ne circule l’idée d’un championnat fermé européen. Jean-Michel Aulas l’a très vite évoqué avec moi. Aucun élément ne me permet de vous dire s’il est pour ou contre et je trahirai sa pensée en me hasardant à un commentaire à ce sujet. Un avis perso : je peux juste dire que mes envies révolutionnaires ne vont pas jusqu’à l’acceptation d’un telle idée qui verrait à terme la disparition des championnats nationaux.
SUITE DEMAIN.























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