Le Real en classe affaire…
Marchand de rêve aurait pu être l’autre métier de Florentino Perez. Mais le nom de son entreprise était finalement prédestiné. C’est moins enchanteur mais assez significatif : « Activités de constructions et services ». Il construit le Real et rend service aux gens en les distrayants. Mais ne vous trompez pas, mon but ici n’est ni d’être ironique, ni d’être béat d’admiration devant le PDG du n°3 européen du BTP (dit comme ça, c’est tout de suite moins glamour). Je veux juste essayer de comprendre comment un type, riche, peut arriver à la tête d’un club et dire en gros : « Je vais tout gagner et je veux les meilleurs joueurs ». Il y a dans cette attitude comme un brin de vulgarité, celle du parvenu où celle du bourgeois de province débarquant à la capitale et qui entrant dans le premier bordel du coin clamerait : « Patron, ton meilleur champagne et tes plus belles filles et que ça saute… »
Patron du Real, Florentino Perez l’a déjà été. Entre 2000 et 2006 il a créé « l’Ère Galactique », concept marketing séduisant puis finalement raillé. Partant de l’idée que le Real avait toujours cherché à rassembler les meilleurs joueurs (c’était déjà le cas dans les années 50/60), il ne faisait que revenir à une tradition oubliée. Et on ne plaisante pas avec la tradition dans ce genre de club. L’une des forces du Real, selon moi, tient justement à avoir fait croire à tous, que le club a toujours été fort et dominateur. Une sorte de roi européen au règne ininterrompue. Certes, on parle du Real, et donc d’un club qui même dans des périodes creuses remporte des titres. Mais durant les années 70, 80 (deux coupes UEFA quand même en 85 et 86) et jusqu’à la fin des années 90, le Real n’était guère fringuant. Mes souvenirs sont ceux d’un club pas vraiment brillant, avec des joueurs limités voire durs. Vous vous souvenez de la finale de la Coupe des Coupes 83 ? Le Aberdeen d’Alex Ferguson avait, sous le déluge, humilié le Real à l’image de l’ailier Peter Weir ridiculisant Camacho tout le match. Le Real, plus tard, deux fois victimes du PSG en 93 et 94 était fait d’êtres humains.
Avec Perez, on va donc à nouveau quitter la Terre. La première fois, j’y reviens donc, le bilan est de 2 titres de champion et d’une LDC en six ans. Les records en termes de transferts sont battus par Figo puis par Zidane. Le jeu ? Un déséquilibre assumé, des joueurs évoluant parfois à contre- emploi, les Stars devant et les jeunes derrière (l’idée des stars + jeunes issus de la formation était voulu par Perez mais n’a rien donné). Ce fut parfois beau et parfois sans saveur, comme un cuistot qui aurait eu les meilleurs produits mais pas de recettes. On a beaucoup dit que le départ de Makelelé avait définitivement plombé le Real Galactique et mis en évidence le manque de liant dans la sauce Merengue. Peut-être… J’ai surtout vu à ce moment-là un club dirigé par un président qui ne pensait qu’au marché et pas au terrain. Une équipe qui après Del Bosque (un quidam qui s’est révélé) a enchaîné les coachs inutiles : Queiroz, Camacho, Garcia Remon, Luxemburgo et Lopez Caro, le tout en 3 ans… Santiago Bernabeu était devenu Disneyland : Venez voir les Stars, peu importe ce qui se passe. Harlem Globe Trotters, Galerie Marchande de luxe, tout est bon pour évoquer cette période. Chelsea a fait un peu la même chose mais sans même une LDC à se mettre sous la dent.
Mais avec Zidane et Valdano (lui était déjà là) ça va changer. Et puisqu’on tire toujours leçons des erreurs passées, le terrain restera dorénavant aux hommes de terrain. Après tout Perez ne peut que s’entendre avec l’architecte Pellegrini.
En attendant de savoir si Galactique II, le retour de la vengeance, marchera sur les pelouses d’Europe, on va d’ici là assister à la foire aux millions. Économiquement, la stratégie est claire. C’est d’abord le constat d’un leadership, qui sur le marché locale, est installé en Catalogne. Pire, même au niveau européen, c’est l’ennemi qui le détient. Perez veut donc envoyer du très lourd avec dit-on 250 millions d’investissement. Comment ça se passe me direz-vous ? Et bien l’adage « on ne prête qu’aux riches » se vérifie ici. Perez donne confiance et garantie aux banques qui prêtent. Les banques espagnoles ne sont pas plus bêtes que les nôtres, sans garanties, elles ne donnent rien. Et puis, après tout malgré la crise, à la télé ou au stade on continue à regarder le foot non ? Donc c’est rentable ! La taille du marché pour le Real est immense. Entre vente de maillots, tournées exotiques, droits Tv (négociés individuellement en Espagne) et succès sur le terrain, ça fait des rentrées de blé énormes !
Le mot à retenir finalement dans tout ça : investissement. J’insiste là-dessus parce qu’en France, personne ne le fait. Ici, on est frileux avant tout. À part Aulas personne ne développe une réelle stratégie économique. Collony et M6 : stratégie illisible. Marseille ? D’abord une forme de mécénat avec quelques intérêts locaux derrière et aujourd’hui une gestion saine. Rennes ? là encore une forme de mécénat, basé sur l’amour de la région pour Pinault. En fait là où Perez investit et donc prend forcément un risque, en France, on est dans l’économie à la papa, une gestion pépère. Pour ceux qui jouent au poker, Perez prend un risque mais le mesure. Il ne joue pas avec une poubelle en main. Il peut donc gagner gros. La plupart des clubs français, eux, adoptent la stratégie dite de « la serrure ». Gagne petit et finalement plutôt chiant. C’est le mec qu’on a pas envie d’avoir à sa table et qui chiale en implorant le croupier de lui filer des bonnes cartes. À la place du croupier, on a la DNCG et face à elle, des présidents soucieux surtout d’être de bons gestionnaires avant d’être des investisseurs ambitieux. En somme, peu de raison de rêver à une L1 étoilée.




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