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06/02/2010 - 11:50Rétro: Le destin des Bills

Au début des années 90, Buffalo a disputé quatre Super Bowls consécutifs. Pour autant de défaites. Le destin des Bills s'est sans doute scellé lors de leur première participation, en 1991. Archi-favoris face aux Giants, ils s'inclinent d'un point, au terme d'un dénouement bien cruel…
C'était une équipe magnifique. Une des plus belles, peut-être, de l'histoire de la NFL. Buffalo avait tout pour entrer dans la légende. Pour la marquer. Ce fut le cas, mais pas de la façon attendue... Cette année-là, pas moins de neuf joueurs des Bills furent sélectionnés pour le Pro Bowl. En Bruce Smith, auteur de 19 sacks, ils possédaient le meilleur défenseur de la NFL. Un leader charismatique et une machine à plaquer. Un des plus grands pass rusher de l'histoire. L'escouade de linebackers, avec Darryl Talley, Shane Conlan, et Cornelius Bennett, était une des plus impressionnantes de la Ligue. Mais aussi forte soit cette défense, c'est bien l'attaque de Buffalo qui dévastait alors tout sur son passage.
Plus qu'une attaque, une révolution, Buffalo pratiquant le no-huddle, système qui consiste à enchainer les séquences offensives sans regroupement entre chaque action. Les défenses, paniquées, n'ont pas le temps de s'adapter. Il faut dire que Marv Levy, formidable coach à l'ancienne mais jamais à court d'une idée neuve, a du talent sous la main. Jim Kelly, quarterback au sommet de son art à l'aube de la trentaine, dispose de deux receveurs de première classe avec Andre Reed et le futur Hall of famer, James Lofton. Sans oublier Thurman Thomas, jeune running back figurant déjà parmi les cadors de son poste. Ajoutez à cela une superbe ligne offensive et la terreur des équipes spéciales, Steve Tasker, et vous comprendrez pourquoi Buffalo était alors considérée comme la meilleure équipe de la NFL à l'aube de ces années 90. Les Bills se sont d'ailleurs promenés tout au long de la saison régulière (13 victoires, 3 défaites) et surtout en playoffs, détruisant successivement Miami (44-34) et surtout Oakland (51-3) pour la plus grande raclée de l'histoire des finales de Conférence.
Buffalo privé de son jouet
En cette soirée du 27 janvier 1991, les Bills font donc figure de grandissimes favoris face aux New York Giants dans ce Super Bowl XXV plus patriotique que jamais en ces temps de Guerre du Golfe. Pour les observateurs, la défense new yorkaise n'aura pas les moyens de contrer l'infernale attaque K-Gun de Jim Kelly. Ils se trompent. Bill Parcelles, le coach des Giants, a bien préparé son affaire. Son coordinateur défensif aussi. Il s'appelle Bill Belichick et, comme pour d'autres, ce match va changer sa carrière. En bien, en ce qui le concerne. La stratégie de New York est double. En défense, obliger Thurman Thomas à gagner le match en se focalisant sur le jeu de passe de Kelly. Belichick renforce son secondary sur la plupart des actions en se focalisant sur Reed et Lofton. Cela va payer. Thomas passera certes la barre des 100 yards mais le pouvoir de nuisance de Jim Kelly sera grandement atténué (18 sur 30, seulement 212 yards et surtout aucun touchdown, fait rarissime pour lui au cours de cette saison).
Offensivement, les Giants veulent bouffer le chrono en imposant le jeu de course afin de limiter le temps de présence de l'attaque des Bills sur le terrain. Là encore, le coup va porter, à merveille. New York va ainsi établir un record en termes de possession de balle, avec 40 minutes contre 20 seulement à Buffalo. En seconde période, l'écart sera plus flagrant encore avec 22 minutes de possession sur 30 pour l'attaque new yorkaise. Privés de leur jouet favori, le ballon, cantonnés le long de la touche la plupart du temps, Jim Kelly et sa bande vont ronger leur frein. Pourtant, quand les Bills enchainent un touchdown et un safety signé Bruce Smith (le dernier à ce jour dans l'histoire du Super Bowl) en début de deuxième quart-temps pour mener 12-3, leur destin semble tout tracé. Il ne sera pas celui attendu.
" Wide right"
S'appuyant sur le jeu sans génie mais très propre du QB Jeff Hostetler (qui avait remplacé au pied levé en cours de saison la star Phil Simms, blessée) et surtout sur le running back Otis Anderson (102 yards qui lui vaudront le titre de MVP), New York va revenir. En deux drives, l'un juste avant la mi-temps, l'autre juste après (long de plus de neuf minutes, avec quatre troisièmes tentatives converties), les Giants inscrivent deux touchdowns pour mener 17-12. Le match devient terriblement tendu. Et magnifique. Il va atteindre un niveau rarement atteint au niveau intensité et émotion dans un quatrième et dernier quart-temps dramatique. Thurman Thomas conclut un drive express (4 jeux) des Bills pour permettre à Buffalo de reprendre le score (19-17). La suite sera une histoire de field goals, pour le meilleur et pour le pire. Le kicker Matt Bahr a ainsi redonné l'avantage aux Giants (20-19). Deux drives plus loin, il reste deux minutes et seize secondes à jouer. Buffalo récupère le ballon sur ses 10 yards. Les dés sont jetés.
Jim Kelly sort le grand jeu. Il varie bien, surprend parfois en confiant le ballon à Thomas malgré le peu de temps restant au chronomètre. Finalement, à huit secondes de la fin, Buffalo arrive sur les 29 yards de New York. Kelly jette la balle au sol pour stopper le temps. Plus de temps mort. Tout va donc se décider sur un field goal. Scott Norwood entre en jeu. C'est un excellent kicker. Très précis, mais parfois un peu juste en puissance. Son field goal le plus long de la saison? 48 yards. Celui-ci se trouve à… 47 yards des barres. Sur le bord du terrain, on voit des joueurs à genoux, en train de prier. Le snap est bon. Frank Reich pose le ballon au sol. Norwood frappe. Ayant remarqué un léger vent lors de l'échauffement, il ne vise pas le milieu des poteaux, mais légèrement sur la droite, persuadé qu'Eole permettra au ballon de revenir juste ce qu'il faut sur la gauche. Mais le ballon file droit. Deux mots vont alors figer sa carrière, le destin des Bills et celui des Giants. "Wide right", hurlent tous les commentateurs. Oui, le ballon est passé à côté. A droite. Pour rien. Moins d'un yard semble-t-il à l'oeil nu. Peu importe. Il aurait pu passer à 10 kilomètres, le résultat était le même. On pensait les Bills inarrêtables. On se trompait. On se dit que leur tour viendra. On se trompe encore. Buffalo reviendra au Super Bowl les trois années suivantes, et perdra à chaque fois, se construisant une étiquette de loser que cette équipe ne méritait sans doute pas. Mais comment lutter contre son destin?
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En janvier 1993, en route vers leur troisième Super Bowl , les Bills ont accompli un exploit invraisemblable en s'imposant après prolongation face à Houston après avoir été menés 35 à 3 au cours du troisième quart-temps. Le tout sans Jim Kelly, blessé et forfait, et sans Thurman Thomas, sorti lui aussi dès les premières minutes de la rencontre. Preuve que cette équipe de Buffalo, malgré ses défaites à répétition dans la grande finale, possédait tout de même le plus souvent une âme de vainqueur...















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