"Is Eli elite?" Longtemps, telle a été la question pour Eli Manning. Appartenait-il à l'élite des quarterbacks de la NFL? Jusqu'au début de cette saison, la réponse était plutôt très réservée. On le situait dans une deuxième vague, derrière les Brady, Brees, Rodgers, Roethlisberger et, bien sûr, son grand frère, Peyton. Même sa victoire au Super Bowl, en 2008, avec deux passes déterminantes dans le drive décisif, n'avait pas suffi à l'installer parmi les grands. Depuis ce sacre, il est vrai, Eli avait brillé par son inconstance. Mais au vu de sa saison, de ses playoffs et de sa prestation dimanche au Super Bowl contre New England, le "petit" Manning a prouvé pour de bon qu'il méritait sa place dans le gotha.
Evidemment, le palmarès ne fait pas tout quand il s'agit de déterminer la place de chacun dans l'histoire. Mais avec deux victoires au Super Bowls, assortis de deux titres de MVP, il peut avancer de solides arguments. Puis il y a la manière. En guidant son équipe vers un dernier drive de plus de 90 yards pour aller chercher la victoire, Manning a encore prouvé que son équipe pouvait compter sur lui dans les moments clés. C'était le 21e drive décisif de sa carrière en quatrième quart-temps, le deuxième au SuperBowl. Le septième, surtout, cette saison. "Il a été incroyable encore ce soir, souligne Tom Coughlin, l'entraîneur des Giants. Nous sommes une équipe, mais Eli est celui qui a porté le groupe toute la saison. Il est celui qui a fait que nous sommes là aujourd'hui."
Patience et adaptation
La première passe de ce drive décisif, pour Mario Manningham, restera probablement comme le clou du spectacle. Un jeu risqué, une passe millimétrée et une réception fantastique de Manning-ham. Ce gain de 38 yards a tout changé. "C'était une grosse, grosse action, juge le quarterback des Giants. Ça nous a permis de mieux gérer le temps derrière, de pouvoir alterner passes et courses. C'était vraiment la clé de ce drive, c'est certain." La faculté de prendre un tel risque à un tel moment, et de le rendre payant, c'est aussi la marque des grands. "Quand vous êtes à 90 yards de la ligne adverse et que vous êtes menés au score, vous ne pouvez pas vous en sortir sans essayer quelque chose de spécial", note Kevin Gilbride, le coordinateur offensif newyorkais.
La plus belle victoire de Manning dimanche à Indianapolis restera toutefois sa faculté d'adaptation. Toute la saison, il a cherché les "big plays" à la passe. Des gros gains qui frappent la défense au cœur. Les Patriots le savaient. Ils ont donc cherché à minimiser ce risque. "Ils ont été très conservateurs défensivement pour voir si nous serions capables d'être patients", confie Gilbride. Ils l'ont été. Résultat, New York a maitrisé la balle (37 minutes contre 23 à New England). "On a bien avancé mais on a manqué d'efficacité dans la zone rouge (NDLR: les 20 derniers yards)", explique Manning. D'où ce dernier drive nécessaire et parfaitement exécuté, où Eli est apparu plus calme que jamais. "Il était très cool, raconte Manningham. On a été dans cette situation tout l'année. On savait de quoi il retournait."
Comme un symbole, les Giants sont devenus la première équipe à remporter le Super Bowl après avoir bouclé la saison régulière sur un bilan aussi faible (9 victoires, 7 défaites). Rien n'est jamais simple avec les Giants, spécialistes de la victoire au couteau au Super Bowl (cf. 1991 et 2008, déjà), comme pour Manning, toujours contraint d'en faire plus que les autres pour justifier son statut, son salaire, sa carrière. Parce qu'il y a eu Peyton avant lui. On peut toujours débattre de tout, mais les détracteurs du cadet de la fratrie Manning voient désormais leurs arguments se heurter à la réalité. Oui, Eli Manning appartient à l'élite. Lassé d'être interrogé à ce sujet, il avait eu cette réponse l'été dernier. "You can't spell elite without E-L-I" (vous ne pouvez pas épeler élite sans les lettres E, L et I). Il est passé de la parole aux actes. Comme le font tous les grands joueurs.
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AFP
























