118,8 millions d'euros d'endettement. 27,2 millions de pertes pour le seul second semestre 2004. Des chiffres à donner le vertige, mais qui témoignent de l'inextricable bourbier économique dans lequel se trouve le Borussia Dortmund. Presque centenaire, le club a avoué jeudi que la situation était si grave que son "existence même se trouve menacée". Une débâcle d'autant plus ironique que le Borussia est le seul club allemand côté en bourse à ce jour, depuis fin 2000.
Le marché n'a d'ailleurs pas tardé à réagir. Jeudi midi, peu après le communiqué officiel du club, le titre chutait de plus de 25% pour atterrir à moins de deux euros. En quatre ans, il a perdu plus de 80% de sa valeur. Les dirigeants du Borussia ont admis qu'ils ne pouvaient plus faire face aux prochaines échéances, les dettes étant devenues beaucoup trop importantes. La plupart des créanciers ont demandé un plan d'assainissement le plus vite possible.
Erreurs stratégiques
Le mal remonte en fait à l'émergence du club sur la scène internationale. Le Borussia paie d'énormes erreurs stratégiques commises ces 15 dernières années, à commencer par la vente de son stade historique, le Westfalenstadion, qui le contraint aujourd'hui à débourser 17 millions d'euros de loyer par saison. Le club cherche depuis plusieurs mois à racheter le stade. Mais pour cela, il faut des liquidités ou un investisseur. Le Borussia n'a ni l'un ni l'autre à ce jour.
Autre mauvaise nouvelle, le banquier britannique Stephen Schechter a annoncé jeudi qu'il rompait ses négociations sur l'octroi éventuel d'un prêt de 100 millions d'euros. L'homme d'affaires n'a, semble-t-il, pas apprécié du tout que le nouveau président du club, Reinhard Rauball, révèle l'existence de ces discussions. Encore une erreur. Une de plus. Peut-être une de trop.
Le football allemand, déjà secoué par un scandale de corruption d'arbitres, craint de perdre un de ses plus beaux fleurons. Le Borussia s'était en effet imposé depuis le début des années 90 comme une plaque tournante de la Bundesliga, devenant l'égal du Bayern Munich. Vainqueur de la Ligue des champions en 1997, Dortmund a connu son dernier titre de gloire en 2002, date de son dernier sacre en championnat. Depuis, c'est l'hallali.
Rosicky et Koller bradés ?
La fuite en avant financière n'a fait qu'accélérer le processus d'autodestruction. Jusqu'à ce que le club soit rattrapé par ses propres errements. A l'inter-saison, il avait déjà été contraint de vendre pour 11 millions d'euros au Bayern Munich l'international Torsten Frings, puis de réduire massivement, de l'ordre de 25%, les salaires des joueurs. Le spectre d'une faillite pourrait le contraindre à brader plusieurs de ses vedettes en juin prochain, notamment les Tchèques Tomas Rosicky et Jan Koller, ou encore ses deux Brésiliens, Dede et Ewerthon.
Seule soupape de sécurité pour le Borussia, le soutien indéfectible de ses supporters, les plus fidèles du pays. Chaque match se joue à guichets fermés et près de 1,4 million de spectateurs ont assisté aux matches à domicile de leur équipe favorite la saison dernière, un record absolu en Bundesliga. Sans eux, le Ballverein aurait sans doute déjà coulé. Mais cette marée jaune ne suffit plus aujourd'hui à éviter le naufrage. Dortmund espère maintenant un miracle pour ne pas devenir à la Bundesliga ce que Leeds United est à la Premiership: un immense gâchis et un chef d'œuvre en péril.
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