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Quand Michel était une star au Mexique

Quand Michel était une star au Mexique

Le 01/03/2016 à 21:10

Il y a un peu moins de vingt ans, l'entraîneur de l'OM, Michel, terminait sa carrière dans un coin perdu du Mexique. Ceux qui l'ont connu évoquent un perfectionniste et un bon camarade qui était déjà un peu entraîneur dans l'âme.

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Ce 26 avril 1997, José Miguel Gonzalez Martín del Campo, dit Michel, est en pleurs. Pour le joueur de 34 ans, l'émotion est trop forte. Le moment est définitif, sans retour : l'ex-star du Real Madrid fait ses adieux à Celaya, une ville avant tout connue dans tout le Mexique pour produire une délicieuse crème au caramel avant que des stars du football mondial n'y mettent les pieds.

A Celaya, l'actuel entraîneur de l'OM est ainsi accompagné par ses complices du grand Real Madrid de la deuxième moitié des années 80, Emilio Butragueño, et le Pentapichichi, Hugo Sanchez. Au terme de la rencontre opposant l'Atlético Celaya à Atlante, l'éclairage de l'enceinte s'éteint. Les spectateurs allument alors des bougies, avant d'acclamer le milieu de terrain espagnol et l'avant-centre mexicain, lui aussi, sur le point de mettre un terme à sa carrière. C'est dans ce cadre improbable, presque champêtre, pour un homme qui n'avait connu que le confort de la Maison Blanche avant de débarquer au Mexique, que Michel fait ses adieux au football.

" Ce qui m'a frappé chez Michel, c'est son grand professionnalisme"

De la mi-1996 à la mi-1997, Juvenal Patiño a été l'un de ces footballeurs presque anonymes qui ont côtoyé la star espagnole dans son quotidien mexicain. L'un de ces éléments au salaire très modeste auquel Michel a offert un maillot du Real Madrid et une paire de crampons le jour de son arrivée au club. "Ce qui m'a frappé chez Michel, c'est son grand professionnalisme, introduit cet ex-milieu de terrain, avant chaque entraînement, il tirait vingt centres à droite et vingt centres à gauche, il ne se comportait pas en star capricieuse".

Benjamin Mendy et Michel (OM)

Benjamin Mendy et Michel (OM)AFP

Dans sa maison une salle entièrement dédiée au football

Selon ceux qui l'on côtoyé, Michel, arrivé au Mexique en sachant qu'il mettrait rapidement un terme à sa carrière, n'a cessé de donner l'exemple sur le terrain et en dehors. Son genou gauche en très mauvais état ne lui permettra pas de prolonger le plaisir plus d'un an, mais il s'implique dans le projet du petit club mexicain avec enthousiasme. "Il ne cessait de nous donner des conseils, se remémore Patiño. Comme j'étais milieu défensif, il me disait de toujours relancer vers l'avant quand je récupérais un ballon, pour faire mal à l'adversaire. Sur le terrain ils nous disait comment nous déplacer, fermer ou ouvrir les espaces". Un entraîneur semble en gestation, même si le Madrilène se dédiera longtemps au monde des médias, avant de prendre place sur le banc de touche du Rayo Vallecano, en 2005.

Mais comment Michel est arrivé au Mexique ? C'est en fait Emilio Butragueño qui a servi d'appât. A Celaya, El Buitre précède son ami d'une saison, lors de laquelle il porte le modeste club en finale du championnat mexicain. Un véritable exploit pour un club tout juste promu en première division. Invité à s'unir à la cause, Michel ne peut résister, même s'il ne s'agit pas que d'une simple histoire d'amitié. "On les payait à peu près aussi bien qu'au Real Madrid", nous assure l'entrepreneur espagnol et ex-propriétaire du club, Enrique Fernandez Prado.

Pour sa première saison dans cette ville moyenne du centre du Mexique, Michel affiche encore de beaux restes : six buts et trois passes décisives en dix-sept matches. "Michel et Butragueño sont les deux joueurs les plus professionnels qui sont passés par Celaya" considère Fernandez Prado. "Michel est un vrai fou de football, poursuit-il, avec lui les conversations étaient mono-thématiques, il ne parlait que de football, je me rappelle aussi qu'il avait dans sa maison une salle entièrement dédiée au football, avec plusieurs écrans". "Michel c'est un gagneur, enchaîne Patiño, même au tennis-ballon il voulait l'emporter, dès que quelqu'un ne s'appliquait pas, il le reprenait, mais toujours en respectant les formes".

Pas de sous-vêtements troués, un pro se doit d'être élégant…

Au Mexique, le Madrilène apprend toutefois à accepter une autre manière de vivre le football, un peu moins professionnelle, comme lorsqu'il voit son entraîneur mexicain diriger une séance avec, à la main, un cahier au motif enfantin de la Petite Sirène... Loin de la rigueur du Real Madrid, Michel ira même, lors du dernier match de sa première saison, jusqu'à porter les gants pendant plus de 45 minutes, suite à l'expulsion du gardien titulaire. "Il n'a pas démérité, mais il a pris deux buts" indique Patiño.

Dans sa biographie, Michel se rappelle de coéquipiers à qui il fallait constamment rappeler leurs obligations professionnelles, mais il considère aussi cette arrivée dans un football alors pas encore totalement professionnel comme un véritable bol d'air frais pour le vieux routier qu'il était. A Celaya, Michel a même vécu "l'une des meilleurs années de sa vie", à en croire Fernandez Prado. Pendant deux saisons (ndlr : tournois semestriels au Mexique), l'Espagnol séjourne en famille dans une maison située à la lisière d'un parcours de golf, avec son ami Butragueño comme voisin. "Je me rappelle d'un asado à son domicile, conte Patiño, c'était quelqu'un de très cordial, il pouvait boire un verre de vin, mais pas davantage".

Michel (OM)

Michel (OM)Eurosport

Malgré un cadre de vie enviable, Michel n'est pas, pour autant, du genre à céder aux plaisirs d'une douce pré-retraite sous le soleil du Mexique. "Pour lui, en tant que footballeur tu devais être professionnel du matin au soir, assure Patiño, je me rappelle ainsi que lorsqu'il remarquait dans le vestiaire que l'on portait des sous-vêtements troués, il nous disait qu'il allait nous en acheter de nouveaux, car, pour lui, un pro se devait d'être élégant".

Mauvais timing avec le Real

Avec ses deux stars ibériques, mais aussi le Pentapichichi, Hugo Sanchez, Celaya était soudainement devenu un épicentre du football local. Un succès médiatique qui ne se prolongera pas sur le terrain. Armé de son prestigieux trio, le club ne connaîtra ainsi que les bas-fonds du classement : seizième (sur dix-huit) lors de la première saison de Michel (Invierno 1996), et dix-septième la saison suivante (Verano 1997). "La première saison, ça allait, car on courait tous pour Butragueño, analyse Patiño, mais quand on a été sept à courir pour trois (Burtagueño, Michel, et Sanchez) c'est devenu compliqué". Aujourd'hui, près de vingt ans après le départ de Michel la larme à l'oeil, Celaya se morfond en Liga de Ascenso (L2). Enrique Fernandez Prado a, lui, lâché les commandes du club, mais a gardé le contact avec le Madrilène.

"On s'appelle de temps à autre, indique l'ex-président, quand il me parle de sa méthode d'entraîneur, je sens qu'il accorde une grande importance au développement personnel du joueur, pour lui, le joueur est l'axe de son projet, mais il n'est pas complaisant, il leur dit franchement ce qu'il pense". Alors que le coach espagnol est actuellement contesté à Marseille, son ex-président estime, malgré tout, qu'il aurait la carrure pour un top club européen.

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