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Coupe de confédérations : Le Mexique va t-il enfin franchir un cap ?

Pourquoi le Mexique ne franchit-il pas le cap ultime ?

Le 29/06/2017 à 07:33Mis à jour Le 29/06/2017 à 21:23

COUPE DES CONFEDERATIONS - Demi-finaliste de la Coupe des confédérations, El Tri va passer un test capital face à l'Allemagne, à un an de la Coupe du monde. En jeu : sa capacité à se hisser à la hauteur des meilleurs alors que ses échecs répétés ont fait tourner au serpent de mer le récit du prochain avènement du Mexique comme nouvelle puissance du foot mondial.

De bons résultats en trompe l'oeil ?

Si l'on se fie aux chiffres, le Mexique va se présenter avec des certitudes face à l'Allemagne. Invaincu lors de cette Coupe des confédérations, El Tri peut revendiquer vingt victoires, cinq nuls, et deux défaites, depuis que le Colombien, Juan Carlos Osorio, l'a pris en charge. Un bilan, en apparence, inattaquable. Aucun des prédécesseurs du sélectionneur n'a d'ailleurs fait mieux. Au Mexique, c'est pourtant le scepticisme qui continue d'escorter les performances de Chicharito et consorts.

El Tri est, certes, en demi-finale de la Coupe des confédérations, un stade qu'il n'avait plus atteint, depuis 2005, quand il avait sans doute livré le meilleur tournoi international de son histoire, sous les ordres de Ricardo la Volpe, mais il n'a pas encore livré, en Russie, une prestation aboutie. Son nul inaugural face au Portugal (1-1) était indéniablement un bon résultat, mais El Tri avait été à deux doigts de prendre l'eau en fin de première période. Pour son deuxième rendez-vous, face à la Nouvelle-Zélande, le Mexique avait, cette fois, flirté avec le ridicule, avant de redresser la barre lors du second acte (2-1).

Enfin, avoir dominé et éliminé le pays hôte (2-1), lors du troisième match de poule, est forcément méritoire, mais là encore, l'arrière-garde mexicaine est apparue trop friable lors des quelques incursions russes. Alors, les bons chiffres du Mexique d'Osorio, en poste depuis l'automne 2015, sont-ils en trompe l'oeil ou l'indicateur de véritables progrès ? La demi-finale face à l'Allemagne, même rajeunie, devrait permettre de trancher.

Seuil de compétence

C'est le rocher de Sisyphe du Mexique. Quand El Tri semble prêt à franchir un cap, il chute, irrémédiablement.

Depuis 1994, la sélection verte a ainsi fait aussi bien que l'Allemagne et le Brésil en Coupe du monde, en se qualifiant pour six huitièmes de finale de rang, mais a aussi réalisé la performance inédite d'être systématiquement éliminée à ce stade de la compétition. Comme s'il s'agissait de son seuil de compétence. Puissance de la faiblarde zone CONCACAF, le Mexique vit finalement dans une certaine zone de confort, qui ne l'aide pas à savoir affronter l'adversité. El Tri passe ainsi la majeure partie de son temps à affronter des Trinité-et-Tobago, Guatemala, ou Salvador. La sélection dispute aussi la plupart de ses amicaux face à des sélections de seconde zone, aux Etats-Unis, où la communauté mexicaine, nostalgique de la mère patrie, remplit des stades, quelque soit l'adversaire.

L'intérêt de juteuses recettes en dollars l'emporte sur le sportif. Pour préparer sa Coupe des Confédérations, El Tri a ainsi affronté une Croatie B, à Los Angeles, avant de mesurer à une Irlande B, à New York. Les rendez-vous du Mexique face à des poids lourds du foot mondial manquent indéniablement de fréquence, et le risque de tomber de haut n'en est qu'accru. L'an dernier, lors de la Copa América, le confortable leader des éliminatoires CONCACAF s'était ainsi senti poussé des ailes après avoir dominé l'Uruguay (3-1), toutefois privé de Luis Suarez, en match de poule, mais avait ensuite essuyé la plus grande humiliation de son histoire en étant écrasé, en quart de finale, par le Chili (7-0). Un précédent traumatique qui traînera forcément dans les têtes de Chicharito, Moreno, et consorts, avant d'affronter l'Allemagne.

Le sélectionneur mexicain Juan Carlos Osorio

Le sélectionneur mexicain Juan Carlos OsorioGetty Images

Une jeunesse à l'horizon bouché

En 2011, Emre Can, avait souffert face au Mexique. En demi-finale du Mondial U17, l'Allemagne s'était inclinée face au Mexique, qui allait remporter le tournoi. Six ans plus tard, le milieu de Liverpool est un élément clé de la Mannschaft, en Russie, tandis qu'aucun des champions du monde mexicain n'a fait le voyage. Pire : aucun d'entre eux n'est ne serait-ce que titulaire dans un club de LigaMX, nom du championnat mexicain. Déjà champion du monde U17 en 2005 (génération Carlos Vela et Giovani dos Santos), mais aussi champion olympique 2012 face au Brésil de Neymar, le Mexique travaille bien avec ses jeunes, mais les voit rarement percer au plus haut niveau. Pour expliquer ce phénomène, l'organisation particulière du football mexicain peut être pointée du doigt. La LigaMX a ainsi été conçue pour protéger ses grands clubs et offre trop de droits à l'erreur à ses acteurs.

Le champion est ainsi sacré au terme de playoffs, qui concernent les huit premiers de la saison régulière, tandis que le danger de descente est minime, puisqu'il dépend d'une moyenne de points sur trois ans (six tournois semestriels). Dur dans ces circonstances de savoir maintenir un impératif d'exigence, propre du haut niveau. La richesse des clubs de LigaMX n'aident pas non plus les jeunes pousses à accumuler du temps de jeu. Les prospères Tigres, América, et consorts, préfèrent ainsi acheter des joueurs confirmés à l'étranger, plutôt que de donner leur chance aux produits de leurs centres de formation. Cette richesse mexicaine entrave aussi l'émigration des meilleurs éléments en Europe, puisque les joueurs de LigaMX reçoivent des salaires parfois supérieurs à ce qu'ils pourraient toucher en émigrant. Juan Carlos Osorio estime d'ailleurs que la progression d'El Tri dépendra notamment de la présence d'un nombre croissants de joueurs mexicains dans les meilleurs championnats européens.

Un pays qui penche trop vers l'avant ?

Au Mexique, certains principes et choix de Juan Carlos Osorio font débat. Le sélectionneur est notamment critiqué pour sa politique de rotation, qui n'aiderait pas à constituer un collectif solide. En Russie, 22 joueurs sur 23 ont ainsi disposé de temps de jeu. Le fait que le Colombien puisse changer de système d'un match à l'autre, mais aussi au cours d'un même match, est aussi loin de faire l'unanimité. Nombre de consultants, tel Hugo Sanchez, estiment d'ailleurs qu'Osorio gâche une supposée "génération dorée", même si aucun représentant du plus grand hispanophone de la planète (127 millions d'habitants) n'est titulaire dans un top club.

Mais, malgré les principes iconoclastes d'Osorio, le Mexique de la Coupe des confédérations 2017 est-il vraiment différent des sélections entrevues lors des tournois internationaux depuis une vingtaine d'années ? En terme de style de jeu, on retrouve ce goût pour la multiplication des passes courtes, pour un pressing visant à récupérer le ballon le plus haut possible, comme une vulnérabilité évidente de l'arrière-garde. Le Mexique apprécie le football de proposition et considère avec un certain mépris les équipes attentistes. Une culture nationale qui peut porter préjudice lors des matches couperets, où la moindre erreur peut coûter cher. A moins de disposer d'un collectif suffisamment huilé pour défendre avec le ballon. Mais le Tri d'Osorio n'a pas encore exhibé une telle maturité.

Peur de gagner ?

Quand il s'agit d'expliquer les revers à répétition du Mexique lors des matches charnières, une certaine faiblesse mentale est souvent mise en avant. Même quand il brille, comme face à l'Argentine, au Mondial 2006, ou face à aux Pays-Bas, en 2014, El Tri finit par perdre. "On a joué comme jamais, on a perdu comme toujours", dit une maxime locale. Après la déroute face au Chili, Juan Carlos Osorio a d'ailleurs fait appel au coach mental espagnol, Imanol Ibarrondo, désormais totalement intégré à son staff, pour aider ses joueurs à savoir gérer leurs nerfs.

Peut-être pas un hasard alors, que le Mexique ait su se rebeller après avoir été mené lors des trois matches de poule de la Coupe des confédérations. "La personnalité de l'équipe est à mettre en avant, a ainsi considéré, le capitaine, Andres Guardado, je ne me rappelle d'aucun tournoi où on ait su se remettre trois fois d'une ouverture de score de l'adversaire". Juan Carlos Osorio ne se lasse d'ailleurs pas de louer la résilience de son équipe, cette capacité à résister psychiquement aux épreuves. Mais le Mexique en a-t-il vraiment fini avec les fantômes qui viennent le hanter lors des matches à haut enjeu ? Le match face à l'Allemagne devrait offrir, au moins, un début de réponse.

Andres Guardado à l'entraînement avec le Mexique

Andres Guardado à l'entraînement avec le MexiqueGetty Images

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