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Décès d'Alcides Ghiggia : Revivez le Maracanazo comme si vous y étiez

Revivez le Maracanazo, qui a fait basculer la vie de Ghiggia, comme si vous y étiez

Le 17/07/2015 à 10:25Mis à jour Le 17/07/2015 à 10:36

Nous vous proposons de voyager dans le temps et de vous téléporter en 1950, au Maracana, pour vivre comme en direct le match entre le Brésil et l'Uruguay. Celui qui a fait entrer Alcides Ghiggia dans l'histoire sportive des deux pays concernés.

Du Maracanazo, il ne reste que très peu d'images. Des bribes du match, guère plus. Beaucoup d'images ont été détruites, comme l'explique Luiz Bloch, le directeur exécutif du Musée du football de Sao Paulo, et le match n'était de toute façon pas diffusé à la télévision, alors extrêmement marginale. A l'époque, le média roi du direct, c'est la radio. Et là, les archives existent.

Vous allez découvrir en bas de cette page un document d'époque de plus d'une heure et quarante minutes. Il s'agit de la retransmission intégrale de cette "finale" du Mondial 1950 sur l'antenne de la "RN", la Radio Nationale. L'avant-match, la rencontre et l'après-match. Au micro, Antonio Cordeiro et Jorge Curi. Alors âgé de 30 ans, ce dernier commente la première de ses neuf Coupes du monde. Il arrêtera en 1982, après une autre cruelle désillusion de la Seleçao. Entre temps, il aura quand même connu trois titres.

C'est un document exceptionnel par l'émotion qu'il dégage. Il est excitant, prenant et souvent poignant. Un conseil, pour en profiter à fond, allongez-vous, casque sur les oreilles, et fermez les yeux. Vous serez au Maracana. Le 16 juillet 1950. Pour vivre, aux côtés de 200.000 autres personnes (deux fois et demie le Stade de France plein…) une page d'histoire du football que, pour l'immense majorité d'entre nous, nous ne connaissons que dans les livres.

Si vous n'avez pas 104 minutes devant vous, voici les principaux temps forts

  • 3'05" : Fin de l'hymne brésilien, joué dans sa version intégrale, pendant plus de trois minutes ! La ferveur du Maracana est totale. Antonio Cordeiro prend la parole pour la première fois, pour ce "match décisif", comme il le qualifie.
  • 6'30" : Première poussée de fièvre du Maracana peu après le coup d'envoi. Sous les coups de boutoir de Jair, Zizinho et Ademir, qui avait déjà inscrit huit buts dans ce tournoi.
  • 19'45" : Nouvelle offensive brésilienne. Ademir encore. Parade de Maspoli.
  • 27'30": Enorme occasion d'Ademir. Arrêt "spectacular!" de Maspoli. Tout le Maracana a cru à l'ouverture du score.
  • 43'45" : La mi-temps approche. Contre-attaque de la Celeste. Frappe de Miguez qui trouve le poteau de Barbosa.
  • 50'45" : Mi-temps. 0-0. Le Brésil, qui n'a besoin que d'un nul, est virtuellement champion du monde.
  • 52'20": Début de la seconde période.
  • 53'40 : But du Brésil. Deuxième minute de la seconde période et Friaça fait rugir de plaisir le Maracana. Impossible de ne pas être pris d'un frisson devant la ferveur qui se dégage. On entend peu après les pétards exploser partout dans le stade. Varela, le capitaine uruguayen, vient se plaindre auprès de l'arbitre. "Varela pleure", ironise Antonio Cordeiro. Dans 50 minutes, c'est lui qui héritera du trophée, des mains de Jules Rimet...
  • 1h13'10" : Egalisation de l'Uruguay, signée Schiaffino. Cordeiro, encore : "Egalité dans cette bataille. L'émotion monte." Il reste environ 25 minutes à jouer. Le Maracana accuse le coup. Mais le Brésil est encore champion du monde à cet instant.
  • 1h27'00 L'action décisive d'Alcides Ghiggia commence là. La voix d'Antonio Cordeiro se déchire à mesure que Ghiggia approche du but de Barbosa. "Course de Ghiggia. Il s'approche du but du Brésil, il tire! But de l'Uruguay. But de l'Uruguay ! (en portugais dans le texte : "Corre Ghiggia, aproxima-se do gol do Brasil e atira: gol do Uruguai, gol do Uruguai !” Le Maracana est sous le choc.
  • 1h36'20": Les 15 dernières secondes du match. Ultime souffle d'espoir avec un "corner contre l'Uruguay". Ecoutez bien, à 1h36'35", le brutal silence qui s'abat sur le Maracana au coup de sifflet final, juste après une dernière clameur quand le ballon passe devant le but de Maspoli. Comme si quelqu'un, d'un seul coup, éteignait le son. 200.000 personnes qui se taisent subitement et simultanément, c'est presque aussi effrayant que si elles se mettaient à hurler de concert.
  • 1h36'55": Antonio Cordeiro prend de suite la mesure de ce qui deviendra un drame national : "Desolação natural da torcida aqui no estádio do Maracanã". ("Désolation naturelle de la foule ici au Maracana.")
  • 1h37'40" : Cordeiro passe la parole à Cesar de Alencar, le reporter présent sur la pelouse. "Bien que le courage nous manque devant cette désolation des joueurs brésiliens, je vois Danilo (NDLR: le milieu de terrain de la Seleçao) qui pleure abondamment, seul, au milieu du terrain. Tous les autres joueurs sont rentrés au vestiaire."
  • Puis, à 1h38'20", alors qu'il décrit les scènes de joie des Uruguayens, Alencar rend les armes et le micro. "Continue, Cordeiro, je n'ai plus de mots", souffle-t-il. ("Continue Cordeiro, não tenho palavras…")
  • 1h39'10": Extraordinaire de sportivité, Jorge Curi rend hommage à la Celeste. "Mesdames et messieurs, dit-il, l'équipe d'Uruguay a présenté une attaque avec un côté droit exceptionnel, particulièrement dans cette seconde période. Ghiggia et Julio Perez ont été merveilleux." En ce moment de désolation, il fallait pouvoir sortir ces mots au micro.
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