PATRICK VIEIRA, comment va l'équipe de France ?
P.V. : Collectivement, le deuxième match a été bien meilleur que le premier. On joue avec le frein à main. C'est regrettable. On espère que l'on franchira encore un pallier devant le Togo et que ça nous permettra de nous qualifier pour les 8e de finale. Au fur et à mesure, on espère être de mieux en mieux. Notre point fort est la base défensive, il faut montrer plus sur le plan offensif. On se procure beaucoup d'occasions. Il nous manque simplement cette capacité à les mettre au fond.
Avez-vous revu votre but refusé face à la Corée du Sud (1-1) ?
P.V. : Oui. Ça va très vite. Il y a beaucoup de monde et ni l'arbitre central ni l'arbitre de touche ne voient le ballon. Moi-même, de la position où je me trouvais, je ne savais pas si le ballon était rentré. Je suis triste. Quand on voit les images, on est frustré. Mais on ne peut rien faire parce qu'il est trop tard. Ça a été dur le lendemain. On était déçu parce qu'on est sorti en ayant l'impression d'avoir fait un bon match mais il n'y avait pas les trois points au bout.
Aujourd'hui, la France est dos au mur...
P.V. : On s'est mis dans une position difficile en ne gagnant pas contre la Corée, c'est vrai. Maintenant, on n'a plus le choix. Il faut gagner et marquer des buts. On n'a que ça à faire pour s'en sortir. Pour le match de vendredi, il faudra sûrement que l'équipe se relâche et rentre sur le terrain avec un gros mental. Il faut qu'elle soit sûre de ses forces pour pouvoir s'exprimer sur le terrain. Ce sera vraiment très important que l'on rentre sur le terrain en étant confiants pour faire un match plein et concrétiser les occasions que l'on va se créer.
Que faudra-t-il faire face au Togo ?
P.V. : Il faudra qu'on se libère mais il faudra aussi beaucoup de détermination. On a tous très envie de se qualifier et de passer ce tour. Le pire, c'est que l'on sait qu'on a les moyens de le faire. Lors du premier match face à la Suisse, c'est vrai que l'on était crispés. Ça a été beaucoup mieux ensuite face à la Corée du Sud. Si on arrivait à vraiment se libérer face aux Togolais, je pense qu'on peut vraiment marquer beaucoup de buts. Mais ça ne va pas être facile. Il faut qu'on se prépare à un match dur. Mais je suis persuadé que ça se passera très bien.
Vous croyez encore aux chances de cette équipe de France ?
P.V. : Ce match peut être le déclic. Il peut apporter au groupe beaucoup plus que la qualification. Et une élimination nous apporterait une grosse, grosse déception. Ce serait pire qu'en 2002 parce qu'on a la conviction d'être plus forts, mieux physiquement et mieux préparés. Donc c'est un match très important pour nous. Mais on croit en nous, on sait qu'on est capable de le faire. On peut montrer à tout le monde ce que l'on vaut vraiment en tant qu'équipe.
On vous a souvent entendu parler de la finale. N'avez-vous pas fauté par excès de confiance ?
P.V. : C'est peut-être la fameuse arrogance à la française. On est tous un peu comme ça, sûrs de notre force. Mais c'est vrai que, ne pas gagner nos premiers matches face à la Suisse et aux Coréens, ça laisse des traces et des doutes. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'on a vraiment un bon groupe et qu'il y a de la qualité dans cette équipe. Le problème, c'est peut-être qu'on a encore du mal à se libérer. Mais, si on arrive à se libérer et à passer ce premier tour, on peut surprendre beaucoup de monde.
Vous pensez au match face au Danemark en 2002 (0-2) ?
P.V. : Bien sûr. Nous sommes dans la même situation. Mais l'adversaire est différent. Je pense que le Togo est beaucoup moins fort que le Danemark. Cela dit, ça reste un match difficile. Si on le prend à la légère, on passera à la trappe. Si on est motivé et si on rentre sur le terrain avec le même état d'esprit que face à la Corée, je suis persuadé qu'on pourra réussir beaucoup de choses. On a vu leu match face à la Suisse. C'est une équipe qui va très vite et qui est assez forte physiquement.
Zidane sera suspendu. Son absence peut-elle justement pousser les autres joueurs à se libérer ?
P.V. : Je ne sais pas... Quand il est sur le terrain, Zizou est quelqu'un qu'on arrive facilement à trouver. Il se met souvent dans les intervalles. Il aime bien avoir le ballon, c'est quelqu'un qui fait jouer l'équipe. Mais il ne sera pas là vendredi, il faudra que l'on fasse en lui. Il est également très frustré de ne pas pouvoir jouer ce match.
Avez-vous suivi le débat autour des choix de Raymond Domenech ?
P.V. : Aujourd'hui, c'est le sélectionneur qui fait débat. Il y a trois jours c'était moi. Avant, c'était quelqu'un d'autre. Vous êtes toujours en train d'essayer de tirer sur quelqu'un. Mais tout dépendra du résultat. J'ai l'impression que vous n'attendez que ça pour dire que untel est un mauvais sélectionneur ou un mauvais joueur, que untel a eu tort de revenir, etc. C'est le milieu qui est comme ça mais on vit avec, on est habitués. Après, on vous laisse la liberté de dire ou d'écrire ce qui vous semble juste. Je suis persuadé que si on fait match catastrophique face au Togo mais que, à l'arrivée, on marque deux buts, vous écrirez : "Bravo l'équipe de France !". Ce sera toujours comme ça.
Et vous, avez-vous été touché par les critiques qui vous ont visé ?
P.V. : Je suis content de la façon dont j'ai travaillé pendant toute la préparation, ça c'est une certitude. Face à la Corée, je me suis senti beaucoup mieux que face à la Suisse. Sur le plan individuel, pour moi c'est vraiment secondaire. Ce qui est important, c'est de savoir jusqu'où ira dans cette compétition.
On vous a senti plus agressif face à la Corée. C'était une forme de révolte ?
P.V. : De la révolte, pas spécialement. Je suis quelqu'un qui crois beaucoup en moi. Je sais de quoi je suis capable et j'ai vraiment confiance en moi. C'est sûr que ça ne fait jamais plaisir d'être critiqué mais, justement, j'ai utilisé ça pour démontrer le contraire. Mais c'est comme ça. Je ne suis pas le premier et je ne serai pas le dernier. Je ne suis pas là pour dire si c'est juste. Je suis là pour faire mon métier et essayer de donner le meilleur de moi-même. Le reste, ça m'est complètement égal. J'arrive à faire mes auto-critiques. Je sais ce que je peux apporter à l'équipe.
Avez-vous demandé à Raymond Domenech d'être repositionné dans l'axe ?
P.V. : C'est sûr que je m'y sens beaucoup mieux. Il y a eu une discussion et une décision prise par le sélectionneur.
Serez-vous capitaine vendredi ?
P.V. : Je ne sais pas... Pourquoi, vous en doutez ? J'avoue qu'on ne s'est pas posé la question. La logique voudrait que ce soit moi, non ?
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