Cesc Fabregas s'avance. Derrière lui, vingt-quatre ans de frustration. Le milieu de terrain d'Arsenal se saisit du cuir, le dépose sur le point de penalty et, poussé par tout un pays, s'élance. D'un plat du pied sûr, il envoie sa sélection et plus de quinze millions de téléspectateurs espagnols au paradis des demi-finales. Un paradis inconnu par toute une génération mais qui a tout d'artificiel tant on sait qu'une demie n'est pas une fin en soi pour tout cador européen qui se respecte. Pour la Furia Roja, celle-ci représente néanmoins beaucoup. Incapable de se hisser dans le dernier carré d'un grand championnat depuis l'Euro 1984, l'Espagne a vaincu ses démons, dimanche à Vienne. La revoilà en haut de l'affiche. Enfin.
Mis à part quelques quarts de finale mondiaux (1986, 1994, 2002) et européens (1996, 2000), l'Espagne, annoncée tous les deux ans comme l'une des équipes à battre, avait toujours coincé un peu trop tôt ces dernières décennies. "A casa como siempre" avait pris l'habitude de titrer la presse espagnole à chaque élimination de la sélection. Cette année, Marca, As et compagnie ont dû revoir leur copie. Pour une fois, les Ibères n'ont pas craqué psychologiquement. Dimanche, tous les ingrédients étaient pourtant réunis pour une nouvelle désillusion. Favoris après un premier tour accompli et sans bavure (trois victoires en trois matches), opposés à une équipe redoutable et qui n'a pas d'égal concernant les ressources psychologiques, les Rouges avaient tout pour tomber de haut mais ont tenu bon.
De "losers" à héros
Au terme d'une rencontre décevante au vu des acteurs et des talents présents sur la pelouse, les Espagnols ont eu le dernier mot (0-0, 4 tab à 2). Si les joueurs de Luis Aragones n'ont pas fait la différence ballon au pied, ils ont montré qu'ils avaient des nerfs. C'est nouveau. Et cela change tout. Les "losers" sont devenus des héros. "En Espagne, nous avons toujours parlé de notre incapacité à passer le cap des quarts de finale, mais nous avons aujourd'hui une occasion d'aller en finale. L'équipe est convaincue qu'elle peut gagner", n'a pas hésité à lancer Aragones après la partie.
Celui que l'on surnomme "le sage" n'est cependant pas dupe. Il reste deux marches pour marquer l'histoire. Et la première à gravir ne sera pas la plus évidente. Jeudi à Vienne, les coéquipiers d'Iker Casillas retrouveront la Russie. Cette même équipe de Russie qui n'a plus grand chose à voir avec celle qui avait été étrillée lors de son entrée en lice (4-1) il y a bientôt trois semaines. "On nous dit 'c'est bien, vous allez retrouver la Russie que vous avez déjà battue 4-1', mais ça ne compte plus, tient à souligner Casillas. A ce stade, c'est une autre compétition qui commence". Une autre compétition que l'Espagne avait perdu l'habitude de fréquenter. Mais qui s'annonce magnifique. "Ce moment est grand, pas seulement pour notre groupe, ni pour notre génération. C'est mythique pour plusieurs générations, lance Fernando Torres. Toute l'Espagne se sent concernée." Et attend désormais mieux qu'une demi-finale.
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vous ne connaissez vraiment rien au foot ball........Le 23/06/2008 à 21:51