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La FA Cup n'est pas mourante : elle est éternelle

La Coupe d'Angleterre n'est pas mourante : elle est éternelle

Mis à jourLe 09/01/2016 à 08:58

Publiéle 09/01/2016 à 08:58

Mis à jourLe 09/01/2016 à 08:58

Publiéle 09/01/2016 à 08:58

Article de Philippe Auclair

Qui a dit que la Coupe d'Angleterre n'intéressait plus personne ? Pas Philippe Auclair en tout cas. Pour notre chroniqueur, elle a peut-être perdu de son éclat avec le temps mais elle reste une compétition à part et majeure.

“La nostalgie n’est plus ce qu’elle était”, disait Simone Signoret. La FA Cup non plus, à ce qu’il paraîtrait. Chaque année, à l’approche du troisième tour - les 32èmes de finale (*) - qui voit les clubs de Championship et de Premier League rejoindre les survivants des huit (!) tours précédents, on n’échappe pas à de nouvelles chroniques d’une mort annoncée, à autant de faire-parts de décès se lamentant de l’inexorable déclin de la doyenne des compétitions du football mondial. A 143 ans, il serait normal que la vieille dame se sente un brin fatiguée, maintenant que l’élite du football anglais se vautre dans un océan de livres sterling sans commune mesure avec le filet d’eau qui irrigue la Cup, malgré l’arrivée - controversée - de sponsors du calibre de Budweiser et, depuis cette saison, d’Emirates, dont l’appétit d’ogre pour le parrainage d’institutions et d’événements sportifs continue d’aller croissant.

Arsenal, vainqueur de la FA Cup 2014/2015
Arsenal, vainqueur de la FA Cup 2014/2015 - AFP

Le vainqueur de cette 135e édition de la Coupe d’Angleterre (et de Guernesey, et du Pays de Galles, si l’on est tatillon) touchera 1,8m£, soit 0,7m£ de moins que ce que Burnley empocha pour avoir terminé avant-dernier du championnat l’an dernier; droits TV non compris, cela va de soi. On ne doit donc pas s’étonner si les managers d’équipes dont la place dans l’élite est plus fragile privilégient la poule aux œufs d’or et truffent leurs onzes de Cup de quelques poussins, voire de vilains petits canards.

La Cup n'est plus que qu'elle était, mais...

Newcastle, par exemple, six fois vainqueur du trophée (ce qui les place au sixième rang ex aequo du plus grand nombre de victoires dans le tournoi), a pris l’habitude de "lâcher" la Cup depuis la prise de contrôle de Mike Ashley, au grand désespoir de supporters qui aimeraient bien savoir à quoi ressemble le nouveau Wembley, qu’ils n’ont vu que sur leurs écrans de télévision à ce jour. Et dans lequel même les fans de Sunderland ont pris place, histoire de frotter un peu de sel dans la plaie, même si c’était pour se faire battre par Manchester City en Coupe de la League. Et c’est une équipe B, voire C, que Jürgen Klopp avait décidé d’aligner contre Exeter City.

On ne va pas se leurrer. Non, la Cup n’est plus ce qu’elle était il y a un demi-siècle encore environ, à savoir la compétition qui primait tout. Pour un supporter de Chelsea d’autrefois, celle gagnée par Peter Osgood et compagnie en 1970 pesait plus lourd que le titre de champion des Drake’s Ducklings en 1954-55, pourtant le seul de l’histoire des Blues avant l’arrivée de José Mourinho. D’ailleurs, Osgood - buteur lors du replay gagné 2-1 contre Leeds United à Old Trafford, le 29 avril 1970 (*) - a sa statue à Stamford Bridge, pas Roy Bentley, meilleur goalscorer des champions. De la même façon, pour un Gunner, le plus beau souvenir du doublé de 1970-71 sera toujours le but de Charlie George (et sa célébration) dans la prolongation d’une finale de Coupe gagnée 2-1 face au Liverpool de Shankly. Mais combien de fans d’Arsenal se souviennent du nom des buteurs qui leur donnèrent un autre doublé, en 1997-98 ? Newcastle - tiens donc - avait été la victime cette après-midi de mai; et la réponse est : Marc Overmars et Nicolas Anelka.

La FA porte une part de responsabilité

La FA porte sa part de responsabilité dans le déficit de prestige de sa compétition-phare, cette FA qui, à la manière d’un curé branchouille, finit par ne plus rien comprendre à ses propres traditions et s’enfonce dans des trous qu’elle a creusés elle-même. Les chants des supporters sont noyés par la sono assourdissante de Wembley le jour de la finale. L’hymne - si poignant - de la compétition, le chant anglican Abide With Me, est désormais beuglé par une soprano ou un ténor pour noces et banquets. La finale n’est plus nécessairement le baisser de rideau de la saison anglaise. Et 40 000 des 90 000 places pour cette finale sont attribuées à "la famille de la FA", terme des plus vagues, aux sponsors et aux rupins qui s’asseyent dans la section "Club Wembley", privant des dizaines de milliers d’abonnés et de supporters de la chance de voir leur équipe se battre pour le trophée.

La FA Cup fait néanmoins parfois toujours vibrer comme aucun autre tournoi en Angleterre ne pourrait le faire. Les fans de Bradford qui avaient avalé plusieurs centaines de kilomètres pour encourager les Bantams à Stamford Bridge en janvier 2015 n’oublieront jamais comment leur équipe - de troisième division - avait remonté un handicap de deux buts pour s’imposer 4-2 au bout du compte, quand bien même José Mourinho avait lancé Willian, Fabregas et Hazard dans le bain alors que le tableau d’affichage indiquait encore un score de 2-2. Oui, trop de clubs de Premier League, voire de Championship, ne jouent plus le jeu comme autrefois, font tourner leur effectif, et surmontent leurs déconvenues avec beaucoup de légèreté. Citez-moi un seul manager qui ait perdu sa place à cause d’un défaite en Cup lors des vingt dernières années. C’est que gagner cette Coupe n’offre qu’un strapontin en Ligue Europa. Top 4 et promotion ont, on ne peut plus logiquement, la priorité.

Une fenêtre ouverte sur l’impossible

S’arrêter là serait pourtant se fourvoyer. C’est que le football anglais a ceci d’unique: il vit au travers de toute la pyramide des divisions; et la FA Cup est une fenêtre ouverte sur l’impossible. Chaque année ou presque, un ou plusieurs des "petits poucets" garantit sa survie en passant quelques tours, l’exemple le plus fameux étant celui d’Exeter City, aujourd’hui en League Two, alors en Conference (D5) qui, en 2004-05, avait été placé sous contrôle judiciaire et s’apprêtait à déposer son bilan lorsque, miracle, le sort leur donna Manchester United comme adversaire en 32es de finale. A Old Trafford. Leur part de la recette se monta a près d’1m€. Mieux, les semi-pros réussirent l’exploit de tenir le futur champion d’Angleterre en échec, d’où un replay télévisé dans leur stade de St James Park. L’argent recueilli permit aux supporters de payer les créditeurs du club, et trois ans plus tard, Exeter City, à 100% propriété de ses fans, retrouvait la League.

La FA Cup nous rappelle que le football anglais, ce n’est pas que deux divisions. La moyenne de spectateurs de l’édition 2015 lors des tours qui avaient précédé l’entrée en lice des quarante-quatre clubs de D1 et D2 avait été de 12 233 spectateurs, davantage que celle des championnats de D1 de Belgique, de Turquie, de Suisse, du Portugal et du Brésil, le double de l’affluence de la Ligue 2 et de la Serie B. Qui plus est, contrairement aux idées reçues, les foules se rendent de plus en plus nombreuses aux matchs de Coupe d’Angleterre, après le fléchissement observé dans les années 1980. Depuis 2009-10, l’affluence totale a progressé ainsi saison par saison: 1 386 007 spectateurs payants; 1 476 129; 1 570 263; 1 649 384; 1 644 582; et 1 834 901 l’an passé. Mourante, la Cup? Increvable, plutôt.

Bradford City face à Chelsea
Bradford City face à Chelsea - Eurosport

(*) La tradition veut qu’on se réfère non pas aux ‘quarts de finale’ de la FA Cup, mais à son ‘sixième tour’ (Sixth Round). Le ‘premier tour’ est en fait déjà le septième, ayant été précédé de six tours préliminaires auxquels prennent part les clubs évoluant de la cinquième à la dixième division de la pyramide du football anglais. 736 de ces clubs prennent part à la présente édition du tournoi.

(*) La seule fois où la finale de la FA Cup se soit jouée ailleurs qu’à Wembley entre 1923 et 2000, lorsque commencèrent les travaux de construction du nouveau stade du nord de Londres.

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