Melissa Plaza met à mal les stéréotypes.

Melissa Plaza met à mal les stéréotypes.

Le 01/04/2014 à 01:00Mis à jour Le 03/04/2014 à 09:17

De notre partenaire FOOT D'ELLES

Mélissa Plaza, joueuse de football internationale, aujourd’hui à l’Olympique Lyonnais après quatre saisons passées à Montpellier, est une jeune femme de 25 ans également en thèse de Psychologie sociale. Les réflexions et analyses de cette féministe convaincue sont aussi limpides et pures que la qualité de ses centres ou de ses passes. On l’écoute… 

Bonjour Melissa. Avant de parler de votre carrière de joueuse professionnelle au sein de l'Olympique Lyonnais,  mais aussi des Bleues, je voudrais que nous évoquions votre parcours universitaire. Vous êtes en 2e année de thèse en psychologie sociale et travaillez sur les stéréotypes sexués dans le sport. Pouvez-vous nous expliquer plus en détail les axes autour desquels s'articule votre réflexion ?

Mon travail se situe à la croisée de la psychologie sociale et de la psychologie cognitive. L’objectif principal est d’examiner l’impact des stéréotypes sexués sur les comportements d’engagement, d’abandon ou de non-engagement sportif des hommes, des femmes et des adolescents. Je travaille en fait avec ce qu’on appelle des « mesures  implicites » qui me permettent d’évaluer les cognitions qui surviennent de manière inconsciente (telles que les stéréotypes) et qui affectent considérablement nos pensées, nos perceptions, nos jugements mais aussi et surtout nos choix et nos comportements délibérés. A plus long terme, l’idée est d’atteindre l’égalité hommes-femmes dans les pratiques sportives, en perçant à jour les mécanismes sous-jacents à la transmission des stéréotypes et en trouvant un moyen d’éduquer les gens à ce phénomène. Il ne s’agit cependant pas d’éradiquer les stéréotypes puisque nous avons besoin de catégoriser le monde qui nous entoure pour mieux nous en accommoder, mais de bien comprendre qu’ils peuvent également avoir des effets pervers et mener à certaines inégalités sociales.

Ne croyez-vous pas que l'une des principales difficultés du développement de la féminisation du sport ne passe pas seulement par les stéréotypes plus ou moins bien connus, mais aussi par cette fascination des modèles masculins que l'on cherche à reproduire - et souvent véhiculés par ceux et celles qui professent des discours féministes -, sous prétexte de leur efficacité ou de leur popularité ? N'est-ce pas la voie empruntée par le Football féminin, qui semble peu capable de s'imaginer autrement qu'un duplicata, une version féminisée mais à l’identique du foot masculin,  en rêvant par exemple d'une D1 composée des mêmes clubs que la L1 ?

L’hégémonie masculine ne date pas d’aujourd’hui, elle est présente depuis des siècles dans presque tous les domaines sociaux, et elle particulièrement exacerbée dans le domaine sportif, puisque le sport a été conçu en premier lieux par les hommes pour les hommes eux-mêmes. Il est vrai que nous souffrons de cette comparaison qui n’a de cesse de nous peindre en simple version fade de nos homonymes dans le football. Cependant, je n’ai pas l’impression que nous (en tant que joueuses) souhaitions leur ressembler. Pour ma part, et ce discours n’engage que moi, je souhaite que le football féminin soit reconnu comme une pratique à part entière, qu’il soit reconnu pour ses qualités et ses valeurs intrinsèques et non comparées à des « pseudo-standards de vérité sur le football ». N’oublions pas qu’à l’origine, c’était un sport populaire censé être accessible à tous.

Qu'en est-il du langage ? Chacun sait qu'il est instrument, vecteur et souvent créateur de  discrimination. Quel est son poids au sein de la lutte pour l'égalité sexuelle sportive ?

Le langage mais pas seulement, les images y sont pour beaucoup aussi… Le problème avant tout, c’est que les gens ne sont pas éduqués aux stéréotypes et que par conséquent ils en ingurgitent au quotidien sans même en avoir conscience (dans les médias, dans la vie de tous les jours…). Aussi, même lorsqu’une campagne est censée promouvoir le football féminin, elle utilise des clichés, notamment en mettant du rose à outrance sur les affiches, en appelant les femmes/ jeunes filles par des noms ultra féminisants (« princesses » par exemple) et là, ça devient un cercle vicieux parce qu’en voulant combattre les clichés on les fait (involontairement) perdurer !

Beaucoup de projets visent à une parité absolue et obligatoire. Certaines voix, comme celle d'Élisabeth Badinter, les contestent en dénonçant une sorte d'effet boomerang : si l'idée peut paraître juste,  la mise en pratique risque de se retourner contre les femmes,  choisies non plus pour leur compétence, mais pour leur sexe. De la discrimination positive pour faire nombre, en quelque sorte, avec des risques de tensions et d'incompréhension entre les sexes, la femme passant de victime à privilégiée. Quelle est votre position à cet égard,  vous qui êtes une féministe affirmée ?

Eh bien, je suis assez partagée sur le sujet à vrai dire… Tout dépend du domaine aussi. Dans le sport, je ne pense pas que ça puisse poser ce genre de problème. En revanche dans le monde du travail, ça pourrait effectivement entraîner ce genre « d’effet boomerang ». Cela dit, y a-t-il une meilleure solution pour atteindre la parité hommes-femmes ? Peut-être devons-nous en passer par là pour atteindre cette égalité… Ce qui est sûr, c’est que la situation est aujourd’hui  inacceptable ; être jugé sur son sexe plutôt que sur ses qualités professionnelles pour être promu ou obtenir un job est indigne d’un pays comme le nôtre !

Vous êtes arrivée à Lyon à l'intersaison et tous les observateurs pensaient vous voir occuper de manière régulière le poste de latérale gauche, rendu vacant par le départ en retraite de Sonia Bompastor, même si vous êtes davantage une milieu de terrain. Or, vous avez très peu joué jusqu’ici. Comment avez-vous vécu tous ces jours teintés peut-être d'espoirs déçus ?

Je savais personnellement en arrivant que je venais pour suppléer le poste de latérale droit, cependant je ne m’estime pas malheureuse quant au temps de jeu obtenu cette saison. Avoir sa place à l’OL est chose difficile, ça demande du temps, de l’énergie mais surtout beaucoup d’abnégation. Je suis ravie d’avoir signé dans ce club où j’ai déjà beaucoup appris et je dois dire qu’entre le début de saison et maintenant j’ai l’impression de m’être métamorphosée !

Vous avez été appelée au rassemblement de l'équipe de France B dans la perspective d'un match en Roumanie le 2 avril. À un an du Mondial canadien, c'est une excellente nouvelle. Pourriez-vous être tentée d'aller la saison prochaine dans un autre club qui vous assurerait plus de temps de jeu et davantage de visibilité ?

C’est une bonne nouvelle et ce, d’autant plus que Philippe Bergerôo n’hésite pas à tester de nouvelles joueuses. Malheureusement il y a cette blessure qui tombe mal (1) parce que j’aurais pu enchaîner deux matches à Lyon puis l’équipe de France B, mais ça n’est que partie remise puisque le prochain stage avec les B est début mai, me semble-t-il. Pour ce qui est du club, j’aurais pu signer ailleurs en début de saison et être sûre de jouer titulaire mais j’ai choisi l’OL, c’est un défi personnel que je me suis fixé et je suis quelqu’un d’ambitieux qui va jusqu’au bout des choses. Si je dois obtenir plus de visibilité ou de temps de jeu ça sera à l’OL !

Foot d’Elles et la photographe Catherine Cabrol ont lancé le projet "Mêmes Rêves de Foot". Que pensez-vous de cette initiative ?

Je trouve que c’est une excellente initiative, à laquelle j’ai contribué ! J’invite donc tous ceux qui le souhaitent, à faire une petite contribution pour que ce projet prenne vie ! J’ai hâte de voir cette expo photos !

Merci beaucoup Mélissa, pour votre gentillesse et disponibilité, et tous nos voeux les plus sincères vous accompagnent pour votre carrière sportive et universitaire.

Soutenez le projet "Mêmes Rêves de Foot"

(1)    Mélissa s’est blessée à l’ischio et devrait être indisponible environ un mois.

Crédits photos : olweb, fff, sophie durieux

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