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Au bord du gouffre au Real Madrid, Rafael Benitez est toujours une légende à Valence

Au bord du gouffre au Real, Benitez est toujours une légende à Mestalla

Le 03/01/2016 à 11:29

LIGA - Sur la corde raide après un début de saison moyen-bon et une alchimie jamais trouvée avec l'effectif du Real Madrid, Rafael Benitez pourrait tout perdre en cas de défaite sur la pelouse de Mestalla face à Valence, dimanche. Gloire du club ché, avec qui il a remporté trois titres majeurs, le technicien est resté un personnage ultra respecté malgré son passage chez un ennemi de toujours.

Tout porte à croire que c'est une question d'heure, peut-être de jours. Mais l'aventure de Rafael Benitez à la tête du Real Madrid semble être sur le point de se terminer. La dernière rumeur concernant le technicien espagnol est cet audit interne demandé par Florentino Pérez pendant la mini-trêve. Haute direction du club, joueurs, supporters influents, aucune voix n'a échappé à l'attention du président madrilène, plus que jamais contesté. En cas de défaite sur la pelouse de Mestalla face à Valence, dimanche, tout pourrait s'accélérer au Real.

Si la Maison Blanche décide vraiment d'employer les grands moyens après Valence cela ressemblerait à un mauvais coup du destin, Rafael Benitez faisant partie intégrante du panthéon du VCF, où il est respecté. Comme à Madrid actuellement, tout n'a pourtant pas été facile du côté de Valence pour Benitez qui reviendra à Mestalla pour la première fois depuis son départ rocambolesque en juin 2004.

Vidéo - Benitez avant Valence-Real Madrid

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Benitez à Valence : pris de haut, puis adulé

Successeur d'Hector Cuper lors de l'été 2001, Rafael Benitez est regardé de haut et de travers par le public et une presse qui se remettent tout doucement de la seconde défaite de son club en finale de la Ligue des champions (face au Bayern Munich, à San Siro). Jeune entraîneur au CV modeste, Benitez vient tout juste de faire remonter Tenerife en première division. Il axe son recrutement sur des joueurs de devoir : Curro Torres, Mista et Francisco Rufete, alors que Gaizka Mendieta a plié bagages vers l'Italie et la Lazio.

Un succès inaugural face au Real Madrid de Zinédine Zidane (1-0) vient renforcer de premiers pas convaincants. "Je vous donnerai un titre", avait d'ailleurs prévenu le novice aux supporters à son arrivée. En coulisses, certains se moquent : "Le seul Rafa Benitez que je connais est un torero", glissait même un dirigeant en off.

Real Madrid's coach Rafael Benitez gestures during the Spanish league football match Real Madrid CF vs UD Las Palmas at the Santiago Bernabeu stadium in Madrid on October 31, 2015

Real Madrid's coach Rafael Benitez gestures during the Spanish league football match Real Madrid CF vs UD Las Palmas at the Santiago Bernabeu stadium in Madrid on October 31, 2015AFP

La formule marche un temps : le temps de quelques matches. La première défaite de la saison à Anoeta (2-0), après 14 journées, plonge l'équipe dans la crise. Le jeu proposé jusqu'alors ne plaît pas aux supporters : Benitez a conservé le bloc équipe de Cuper (en 4-5-1) mais la créativité et la folie en moins. L'équipe séduit peu, peine à marquer et ne tient pas ses matches quand elle mène au score. Malgré ces difficultés automnales, les hommes de Benitez signent une deuxième partie de saison quasi-parfaite et remportent la Liga en mai 2002.

En 2003/2004, Benitez effectuera le doublé Liga - Coupe UEFA. Cette saison reste à ce jour la saison la plus productive de l'histoire du club et l'une des meilleures en qualité pure de jeu, de combativité et d'abnégation. Les supporters nostalgiques se réfèrent d'ailleurs uniquement à cette génération. Benitez devient lui l'entraîneur le plus titré de l'histoire du club.

Les moments-clés du passage de Benitez à Valence

L'exigeant public du Santiago-Bernabeu n'est plus à décrire : il aime le beau jeu, les buts et le spectacle avant tout. A Mestalla, cette rigidité est presque aussi extrême. Souvent décrié en Espagne, le public du vieux stade en a également fait voir de toutes les couleurs à son ancien technicien, qui a fait front face aux sifflets reçus après seulement deux mois à la tête de l'équipe et aux "Benitez vete ya" (Benitez va-t'en), désormais célèbres. Trois moments-clés du passage de Benitez sont à ressortir pour comprendre que sa situation au Real Madrid n'est pas une première.

Le "miracle" de Montjuic - 15 décembre 2001

Battu à deux reprises en trois matches, Valence sombre à la fin de l'automne 2001 et s'enfonce dans la crise. L'addition d'effets néfastes met l'avenir de Benitez, copieusement sifflé par Mestalla, en péril. La presse est claire : "Rafa" joue sa tête à Montjuic sur la pelouse de l'Espanyol. En catalogne, les coéquipiers de Santi Canizares sombrent (2-0 à la pause). Quasi-dehors, Benitez est sauvé par un soldat inconnu au bataillon il y a encore six mois : Francisco Rufete, auteur d'un doublé. Adrian Illie marquera le but de ce qui reste à ce jour le "miracle" de Montjuic. C'est le tournant du mandat de Benitez à Valence.

Pas de printemps pour Rafa - mars/juin 2003

Malgré quelques trous d'air et un recrutement nul, la saison 2002/2003 de Valence va dans une certaine continuité lors des premiers mois avant de basculer dans le néant. Lessivé par son parcours de C1, l'équipe explose en route à partir du mois de mars et termine sur la saison les rotules (8 défaites, 3 nuls et 3 succès lors des 14 derniers matches de Liga). Avant cela, il a fallu gérer les caprices d'un effectif un peu grisé par son succès, lors d'une pré-saison presque chaotique.

Le titre de 2002 a donné un statut à Benitez mais le public fait de nouveau entendre sa colère en fin de saison, après une décevante cinquième place. Cerise sur le gâteau, Valence est sorti en quarts de C1 par l'Inter Milan... d'Hector Cuper. Une saison sans. Mais Benitez tient bon.

Avant l'apothéose, la guerre froide dans les arcanes - juillet 2003/juin 2004

Rafael Benitez commence la saison 2003/2004 comme 2002/2003 : il réclame des joueurs et n'obtient pas grand-chose. Le président Jaime Ruiz Orti et le directeur sportif Javier Subirats, sans le sou, lui offrent Ricardo Oliveira, Nestor Fabian Cannobio, Jorge Lopez et Mohamed Sissoko en guise de recrues. Des joueurs jeunes, achetés à bon prix. Mais aucun des noms demandés par le technicien, qui espérait à tout prix arracher Samuel Eto'o à Majorque. Désabusé par sa hiérarchie, l'ancien Madrilène sortira une phrase bien sentie devant les micros : "J'espérais avoir un sofa et on m'a donné une lampe."

Malgré un début de saison poussif et un trou d'air en janvier-février, Valence joue bien, et profite de l'explosion du Real Madrid pour aller chercher la 6e Liga de son histoire. Avant d'ajouter à cela la Coupe de l'UEFA après un succès (2-0) face à l'OM à Göteborg. Adulé des supporters, Benitez décide de partir subitement au début du mois de juin 2004. La guerre interne a eu raison de lui et sa volonté de devenir manager lui a été refusé par la direction du club.

On apprendra quelques mois plus tard, dans un reportage tourné par Canal+ Espagne, que c'est Manuel Llorente, alors directeur général du club, qui avait précipité son départ en trombe à Liverpool, vécu comme un crève-coeur chez les supporters. Onze années plus tard, Benitez vit exactement la situation inverse au Real : les supporters sont contre lui, Florentino Pérez est encore publiquement avec lui. Mais jusqu'à quand ?

Une seule chose demeure pour l'ancien technicien de Liverpool : le stade de Mestalla ne lui portera pas le coup de grâce dimanche soir et ne le sifflera pas. Malgré son passage chez un rival historique et honni du VCF cet été, sa légende perdure à Valence. Privés de titre depuis 2008 (Copa del Rey), les supporters ne rêvent que d'une seule chose : que celui qui a fait triompher le club revienne à la maison.

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