Les débats au cours du procès d'un supporteur pour "injures publiques à caractère racial" à l'encontre d'Abdeslam Ouaddou, capitaine de l'équipe de Valenciennes, lors d'une rencontre à Metz, ont débordé mardi l'"affaire Ouaddou" pour se focaliser sur le racisme dans le football. Le parquet de Metz a requis trois mois de prison avec sursis, mise à l'épreuve et trois ans d'interdiction de stade à l'encontre de ce supporteur du FC Metz. Le délibéré sera rendu le 8 avril à 14h00.
Le prévenu, Christophe H., a reconnu à la barre avoir crié "sale négro", "sale arabe" ou encore "espèce de singe" lors de la rencontre de ligue 1 du 16 février Metz-Valenciennes, tout en maintenant que ces insultes étaient "dirigées vers un joueur du FC Metz" . "J'étais énervé. Metz perdait. Je me suis laissé emporter. Je ne suis pas raciste", a estimé le supporteur de 37 ans, visiblement très stressé à l'audience. "Je n'ai pas réfléchi, je le regrette. Je m'excuse sincèrement", a-t-il poursuivi, tremblant.
Interdiction de stade
Dans un procès marqué par une très forte présence médiatique et un nombre conséquent de parties civiles, neuf associations, fédérations ou individus ayant porté plainte contre le prévenu, le cas de Christophe H. est pourtant passé au second plan. Les parties civiles se sont concentrées sur le problème plus général du racisme dans les stades. "Ce n'est pas de la bêtise ordinaire. C'est de la haine ordinaire", a affirmé Me Michel Tubiana, avocat de la Ligue des droits de l'homme.
Christophe H. "représente un phénomène de société, même si celui-ci le dépasse", a observé Me Raphaël Nisand, avocat de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). "Ni le FC Metz ni les autres clubs ne sont tout à fait innocents dans cette affaire. La réaction n'est pas à la hauteur. Le problème n'est pas réglé" , a-t-il poursuivi.
L'arbitre en question
Les autorités du football ont été mises en cause à plusieurs reprises. L'arbitre de la rencontre, Damien Ledentu, qu'Abdeslam Ouaddou assure avoir prévenu des insultes, mais qui lui a mis un carton jaune lorsqu'il a voulu s'expliquer avec le supporteur, a été la cible de nombreuses critiques. "Comment peut-on expliquer de manière sensée aujourd'hui la réaction de (l'arbitre) de sanctionner le joueur ?", s'est interrogé Me Tubiana. "Depuis une décennie que je cours les tribunaux pour ces affaires de violence dans les stades, le problème est toujours le même" , a répondu l'avocat de la LFP et de la FFF, Me Jean Appietto.
"Tant qu'il n'y aura pas obligation pour ces supporters d'aller pointer aux heures de matches dans un commissariat, il n'y aura pas de solution", a-t-il assuré. Le défenseur de Christophe H., insistant sur le "tempérament un peu simplet" de son client, a tenté de recadrer les débats, rejoint par le parquet. "Monsieur H. ne doit pas être un bouc émissaire, une victime expiatoire", a quant à lui souligné le procureur.
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