Aït-Fana libère La Mosson au bout du temps additionnel. Geoffrey Jourdren fond en larmes. Les joueurs entament un tour d'honneur alors que résonne dans le stade l'hymne de la Ligue des champions. Champion ? Pas tout à fait. Pas encore. Frédéric Thiriez, qui était venu sur place pour remettre le trophée au vainqueur, au cas où, est discrètement reparti dans son véhicule. Il manque un point aux Héraultais pour décrocher le Graal. Un point, ce n'est rien mais ça peut être beaucoup. Alors difficile de savoir sur quel pied danser en conférence de presse. L'équation est délicate : savourer sans paraître arrogant, garder les pieds sur terre et contenir la joie qui transpire sur chaque visage.
René Girard n'a pas pu. Il a tenu trois questions en lançant des banalités. Puis, il a craqué. Les mains sur le visage comme pour masquer son bonheur, sa fierté. Il s'est tu pour choisir ses mots et surtout ne pas franchir la ligne jaune. Non, Montpellier n'est pas champion. Mais c'était intenable, la pression était trop forte, le bonheur trop immense. Voilà des mois qu'il se contenait : "Il y avait de la pression, de la tension. Maintenant, on est sûrs de disputer la Ligue des champions. Ce sont des moments historiques pour le club, des moments forts. On a désormais un petit challenge à relever en allant chercher un point à Auxerre." Un petit challenge. Une litote pour ne pas trop en dire, ne pas paraître arrogant et surtout se protéger en cas de retournement de situation improbable en Bourgogne.
"On mesure tout le chemin parcouru"
Dans la zone mixte, aucun Montpelliérain n'a cherché à masquer son bonheur. Les visages n'étaient pas franchement en adéquation avec le discours. Des gueules de champion mais un discours de circonstance. "On pense à tous les efforts qu'on a fait depuis le centre de formation. On mesure tout le chemin parcouru pour en arriver là. La communion avec les supporters, c'est comme si nous étions champions", s'autorise tout de même Benjamin Stambouli. Avant de tirer le frein à main : "Mais on ne l'est pas et ça sera compliqué à Auxerre." Tous ont repris ce refrain. Geoffrey Jourdren, Henri Bédimo, Garry Bocaly ou Mapou Yanga-Mbiwa. "Après, on ne va se voiler la face, c'est tout près", concède simplement le gardien de but du MHSC.
"On a fait le plus d... Enfin, on a livré l'un des matches les plus durs de la saison", s'est repris sur le fil Yanga-Mbiwa. Car le plus compliqué, selon les Montpelliérains, ce sera dimanche prochain en Bourgogne. "Si on va là-bas en faisant les beaux, c'est foutu. Notre ennemi, c'est nous-mêmes. Mais ce n'est pas le genre de la maison. On va respecter Auxerre. Mais là-bas, nos dents vont rayer le parquet. On veut marquer l'histoire du club", confirme Bédimo. "Quand tu regardes le match de City, rien n'est joué", prévient Garry Bocaly."
"Comme si on était champion"
Les effusions de joie à la fin du match, l'air enivrant de la Ligue des champions ou le tour d'honneur n'ont pas fait tourner les têtes. Et les sourires figés, même après la douche, ont une explication claire : "C'était notre dernier match à La Mosson", se justifie Bocaly. "On est désormais certain de jouer la Ligue des champions sans passer par les barrages", poursuit Bédimo. "Et puis, ce match, c'était compliqué. Il ne fallait pas péter les plombs. On est heureux, soulagé." "On a fait la fête comme si on était champions", lâche tout de même Nicollin qui reste pourtant - comme depuis des mois - le plus prudent de tous.
Les supporters, eux, n'ont pas attendu ce dernier point qui tend les nerfs de Loulou. Les klaxons ont résonné jusque tard dans la nuit. Quelques centaines de supporters scandaient déjà des "Montpellier champion" sur la place de la Comédie jusqu'à une heure du matin. D'autres se sont aventurés dans les fontaines. Des scènes de titre, en somme.
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