Avec du recul, Didier Deschamps a réussi un joli tour de force. Il a "passé trois ans" sur le banc de l'OM. "Ce n’est pas n’importe quoi. La moyenne de vie d'un entraîneur à Marseille, c'est douze mois." Dans un entretien fleuve accordé à L'Equipe, le nouveau patron des Bleus évoque son ancienne vie phocéenne. Et sa nouvelle, à la tête de la sélection nationale, qu'il a officiellement débutée mercredi, face à l'Uruguay (0-0). Entre-temps, il ne pensait pas à "l’équipe de France". "Je croyais que Laurent (Blanc) allait continuer. Ma seule préoccupation, c’était de quitter l’OM." Avant de céder aux sirènes tricolores, Deschamps "n’a pas eu un mois de juin de tout repos". "Le temps de la rupture" s'est éternisé. Cela ne l'a pas empêché de "prendre un peu soin de (lui), faire en sorte de (se) reconstruire". Il en avait bien besoin. "La dernière saison a été très lourde à supporter", convient-il. DD l'admet volontiers : sa parenthèse marseillaise l'a usé "physiquement". D'ailleurs, Guy Stephan, son adjoint, ne "l'a vu pas bien".
Deschamps a donc préféré faire ses valises. "Parce qu'il n'y avait pas d'autre solution". "Il s’est passé tellement de choses en interne, au stade. J’étais seul. Seul pendant trois mois à répondre à des obligations médiatiques." Sa décision, le Basque assure ne pas l'avoir prise à l'automne, quand ses divergences avec José Anigo ont éclaté au grand jour. Il s'est résolu à partir "dans la seconde partie de la saison", quand il a "vu comment les orientations du club évoluaient". "Les conditions n’étaient pas réunies pour exercer mon métier sereinement." Le président Vincent Labrune et l'actionnaire Margarita Louis-Dreyfus ne l'ont pas retenu. Deschamps avait soudainement trop d'"intérêts divergents" avec la direction du club pour honorer son contrat jusqu'en 2014.
"La feuille de route pour la prochaine saison, j’aurais pu la demander et réfléchir, développe l'ancien coach de Monaco et de la Juventus. Je ne l’ai même pas demandée. Des moyens, j’en ai moins eu la troisième année (2011-2012) et je me suis adapté. Et il ne faut pas croire que les deux premières années, on a fait ce qu’on a voulu. Quand on fait la balance achats-ventes, on est dans le même équilibre que les saisons précédentes. Les chiffres, je les ai gardés, au cas où…" Mais Deschamps assure que la page marseillaise est tournée. Qu'il retournera sans arrière-pensée au Vélodrome, lorsque ses nouvelles fonctions l'exigeront. "Je n’ai pas de souci avec ça. Je suis dans mon rôle de sélectionneur. Si j’estime que je dois y aller, j’irai." En attendant, un jour, de reprendre les rênes de l'OM ? "Dans l’absolu, pourquoi pas ? Je ne peux pas le dire."
Reuters