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Ligue 1 : Les 5 questions que vous vous poserez avant de racheter un club

Les 5 questions que vous vous poserez avant de racheter un club de L1
Par Eurosport

Le 13/08/2013 à 11:33Mis à jour Le 13/08/2013 à 11:47

Vous avez un peu d'argent ou un richissime ami au Moyen Orient ? C'est le moment de vous offrir un club de L1. A savoir avant de signer le chèque.

. PSG ET MONACO, UNE BONNE NOUVELLE ?

Avec l'arrivée de nouveaux actionnaires richissimes, Paris et Monaco ont chamboulé le paysage du fooball français. Rien qu'en transferts, depuis le 1er juillet 2012, les deux clubs ont dépensé 374 millions d'euros (209 millions pour le PSG, 165 pour l'ASM), rapporte le magazine Challenges. Soit 71% des dépenses totales des clubs professionnels français. Une situation qui fait craindre un football à deux vitesses et a déjà suscité une levée de bouclier. "Les présidents de club, en tirant à boulets rouge sur Monaco, manquent de discernement", estime l'économiste Frédéric Bolotny. Celui-ci critique le modèle économique de l'ASM : "Si quelqu'un investit à fonds perdus, on peut éventuellement parler de dopage financier. Perdre de l'argent de manière récurrente n'est pas sain. Le jour où l'actionnaire se casse, c'est mort. De toute façon, ils vont avoir un problème avec le fair-play financier". Mais il préfère retenir l'effet locomotive. "Pour la France, c'est une bénédiction, assure-t-il. Les actionnaires à Paris et Monaco actionnent la pompe. La priorité du football français, c'est de retrouver une compétitivité européenne, réinitialiser un cercle vertueux, sécuriser les places au classement UEFA et diffuser ses images dans le monde entier. Ce sont ces gros clubs qui vont arriver à le faire".

. LA LIGUE 1 EST-ELLE RENTABLE ?

De telles dépenses amènent à se questionner sur leur rentabilité. Aujourd'hui, est-il rentable d'investir dans un club de Ligue 1 ? Selon le dernier rapport de la DNCG, portant sur les résultats de la saison 2011-2012, les clubs de l'élite accusent un déficit de 60 millions d'euros. Si leur situation s'est depuis redressée, Lyon (28 millions), Bordeaux (14 millions) et l'OM (8 millions) étaient dans le rouge. Nicolas de Tavernost, président de M6, actionnaire majoritaire des Girondins, l'affirmait récemment : "le football n'est pas une activité rentable". Un avis qu'il faut nuancer. "Vous pouvez dégage du profit, assure Luc Dayan. Un club qui fait de vraies recettes et qui gère bien ses charges, comme Saint-Etienne, il gagner de l'argent chaque année. Même si ce sont pas des sommes très importantes". Les clubs du haut de tableau, qui suivent des logiques d'investissement, sont toutefois davantage liés à leurs résultats sportifs. "C'est plus facile de gagner de l'argent pour les clubs de taille moyenne qui sont gérés sainement que pour les gros clubs à vocation européenne, confirme Frédéric Bolotny. Parce que, pour les gros clubs, l'aléa sportif est double : il y a celui lié au classement qui impacte la billetterie et les droits TV et celui d'une qualification ou une non-qualification en Coupe d'Europe. Il faut ajouter à cela la volatilité du marché des transferts."

Depuis les arrivées de QSI et Rybolovlev, chacun chercherait son cheick ou son oligarque, dit-on. Régulièrement, on annonce que l'OM, Bordeaux, Lille ou d'autres clubs sont à vendre. D'autres cherchent des investisseurs prêts à injecter de l'argent. "Aujourd'hui, vous ne pouvez plus survivre et avoir une ambition sportive sans un actionnariat à la surface financière énorme", constate d'ailleurs Frédéric Bolotny. Pour Luc Dayan, à l'origine d'un premier projet de rachat du PSG avec le Qatar en 2006, les opportunités existent : "A l'époque, on avait jugé les fonds du Qatar trop exotiques. Six ans après, on leur a déroulé le tapis rouge. Il est fort possible qu'arrivent des Chinois ou des Indiens. A Lens, c'est un investisseur d'Azerbaïdjan qui s'est associé à Gervais Martel." Mais il reste finalement peu de clubs intéressants à acheter. Comme le souligne Jean-Michel Aulas, "les jeux sont quasiment faits". Luc Dayan, spécialisé dans les reprises de clubs, est du même avis : "Si vous reprenez un club moyen de Ligue 1, la perspective de croissance n'est pas colossale puisque les places en Ligue des champions sont pratiquement déjà attribués au PSG, Marseille, Lyon et maintenant Monaco". Pour lui, "le plus intelligent est d'investir dans un club de Ligue 2 avec une possibilité de monter et un fort bassin de population. C'est là qu'il y a le plus de possibilités de croissance". C'est d'ailleurs le type de projet qu'il a piloté à Lens.

. LE FAIR-PLAY FINANCIER, UN ATOUT ?

Pour les actionnaires des clubs français, actuels ou futurs, l'arrivée du fair-play financier marquera une révolution. A priori, c'est plutôt une bonne nouvelle pour les clubs de Ligue 1, globalement mieux encadrés et donc plus attractifs que leurs homologues européens grâce notamment au travail de la DNCG. Sauf que le FPF est "beaucoup plus sévère", comme l'explique Frédéric Bolotny. "La DNCG vise la pérennité. Elle accepte que les clubs fassent des déficits s'ils sont couverts par les actionnaires. Le FPF vise un équilibre d'exploitation. On essaye d'éradiquer l'économie artificiel".En clair : la DNCG accepte qu'un actionnaire donne de l'argent à fonds perdu. L'UEFA va le refuser : l'argent devra venir de l'activité du club. Potentiellement, c'est donc une mauvaise nouvelle pour Monaco et le PSG qui dépensent beaucoup plus qu'ils ne gagnent. Le contrat d'image avec l'office du tourisme du Qatar, qui permet au PSG d'équilibrer ses comptes à hauteur de 100 millions d'euros, sera aussi dans le viseur. "Si l'UEFA valide ce contrat en or, qui est totalement hors marché, j'ai peur que le fair-play financier ne soit mort", prévient l'économiste. L'autre risque, c'est de "figer les situations". "Certains clubs auront eu le droit de perdre beaucoup d'argent pendant plusieurs années et ça risque d'être totalement interdit prochainement". Pour Bolotny, "il faudrait des dérogations". "Il y a beaucoup de businesses où on accepte de perdre de l'argent dans un premier temps pour investir avant d'en gagner. Même si on est peut-être dans la démesure aujourd'hui…".

. ET SI C'ÉTAIT LE "BON MOMENT" POUR ACHETER FRANCAIS ?

Malgré tout, le fair-play financier fait partie d'un arsenal qui permet aux clubs de Ligue 1 d'envisager l'avenir avec optimisme. Mais ils ont d'autres atouts. "C'est le bon moment pour investir dans le football français", estime même Frédéric Bolotny. "Il y a quand même des signaux positifs, détaille-t-il. Les clubs sont sous-valorisés parce qu'ils perdent de l'argent. Il y aura aussi l'Euro 2016 en France. Pour les clubs les mieux gérés, le fair-play financier va obliger les actionnaires à perdre moins d'argent. Il y a les stades qui arrivent (Lille, Nice, Lyon, ndlr). Les deux locomotives que sont le PSG et Monaco peuvent développer une attractivité internationale. Et la crise ne va pas durer dix ans." Certains clubs, comme Lyon ou Lille, s'ils ont dû "vendre les joyaux de la couronne" sur le marché des transferts au détriment du sportif, devraient retrouver l'équilibre. S'ils sont déficitaires, la situation des clubs français reste malgré tout enviable en Europe. Et ils ont aussi l'avantage d'être moins chers que les clubs allemands par exemple. "Le foot français peut encore être acheté par un actionnaire unique, souligne Bolotny. Après tout dépend de la rentabilité que vous attendez et de votre objectif". Bref, la Ligue 1 a encore le potentiel pour attirer des investisseurs.

SID

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