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Nantes 1995 - PSG 2016 : il y a ce que disent les chiffres et ce qu’ils ne montrent pas

Nantes 1995 - PSG 2016 : il y a ce que disent les chiffres et ce qu’ils ne montrent pas

Le 03/02/2016 à 16:31

Dimanche, le PSG a égalé le FC Nantes en restant invaincu à 32 reprises en L1. Le record pourrait tomber mercredi. Pas une raison pour oublier le FCN, dont la trace reste aussi exceptionnelle qu'inattendue dans l'histoire du football français.

Il y a autant d'avis dans la nature qu'il y a de comptes Twitter (in)actifs. Ce constat n'a rien de scientifique, il est simplement le fruit de longues heures passées sur le site du petit oiseau bleu. Vous qui, comme moi, scrollez plus que de raison sur le réseau social le savez pertinemment. J'en ai eu une nouvelle preuve récemment, en réponse à un tweet publié dimanche soir et qui faisait écho au record d'invincibilité égalé par le PSG.

Ce tweet a généré une réponse qui m'a quelque peu interpellé. Elle dit "le Nantes qui faisait X matches nuls alors que Paris gagne tout ?", ponctué d'un "LOOL" à deux "o" me laissant imaginer que j'ai bien fait rire son auteur en osant la comparaison entre le Paris Saint-Germain surpuissant de 2016 et le Football Club de Nantes (alors "Atlantique") de 1995. J'ai encore du mal à saisir le caractère humoristique d'une comparaison qui a bel et bien lieu d'être pour quiconque n'a pas envie de réduire l'histoire du football français à l'arrivée de QSI dans le paysage hexagonal. Si c'est un tournant, c'est en aucun cas un point de départ. Sinon pour le nouveau Paris Saint-Germain qui est devenu le club que l’on connait, formidable rouleau compresseur du XXIe siècle.

Les clés et le volant du camion sans le permis

Nantes en 1995, c'est un titre de champion de France au terme d'une saison fantastique - sur le fond comme sur la forme - avec une seule défaite (record) et 32 matches de suite sans le moindre revers. Il y a bien 13 matches nuls, c'est vrai, contre 3 au PSG sur cette série. Mais il y a ce que disent les chiffres et ce qu'ils ne montrent pas. Et c’est dans ce qu’ils cachent bien involontairement que réside la force des Canaris de Jean-Claude Suaudeau de 1994-1995. Parce que cette équipe de Nantes, c'était bien plus que des nombres et des statistiques en pagaille. Comme le football.

Nantes, c'est une empreinte durable, un plaisir et une philosophie qui était déjà anachronique à une époque où, comme depuis la nuit des temps, les gros étaient aussi les plus forts. Sur ce point, rien n'a changé.

Pascal Nouma (PSG) face à Eddy Capron (Nantes) en 1995

Pascal Nouma (PSG) face à Eddy Capron (Nantes) en 1995Panoramic

Si le Paris d'aujourd'hui est avant tout une émanation de son temps et des multinationales bâties pour durer et dominer, le FNC(A) d'il y a vingt ans ressemblait déjà à un ovni. Comme l’Ajax Amsterdam d'alors, revenu au sommet de l’Europe avec des méthodes désuètes. Nantes, c’était une bande de jeunes à qui l’on avait refilé les clés et le volant du camion sans leur avoir fait passer le permis. Un choix par défaut parce que le club n’avait pas d’autre possibilité, après la menace d'une rétrogradation administrative à l'été 1992 qui avait mené à une restructuration et de sacrées coupes budgétaires. Un mal pour un bien exceptionnel.

Qui a vu les Loko, Ouedec, Pedros, N’Doram, Karembeu, Makelele et compagnie marcher avec insouciance sur le football français en garde un souvenir forcément émerveillé. Si vous n’avez pas eu cette chance, allez faire un tour sur Youtube ou autre et appréciez... Vous ne retiendrez pas les 13 résultats nuls des Canaris qui, soit dit en passant, étaient pour une bonne partie d'entre eux la conséquence logique d'un jeu enlevé et d'une équipe insouciante ayant, le plus logiquement du monde, les défauts de ses qualités.

En 1995, quand les Canaris survolaient le championnat, Paris allait intégrer le dernier carré de la Ligue des champions en avril et Monaco y avait fait un tour au printemps précèdent. Et, comme les autres pensionnaires de D1, le PSG et ASM n'avaient qu'une envie quand ils croisaient la route des Nantais : leur botter les fesses et arrêter de courir derrière un ballon aussi insaisissable qu’une savonnette. Tous les week-ends, sans exception, les écuries de l’élite essayaient sans y parvenir. Sans résignation. En 2016, Paris ne vit pas dans le même monde. Autre époque, autres mœurs. Mais ce n'est pas une raison pour oublier Nantes.

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