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OL : Depay vs Aouar, le match des deux mondes

Depay - Aouar, un fauteuil pour deux

Le 13/10/2017 à 19:18Mis à jour Le 13/10/2017 à 20:38

LIGUE 1 - Pour occuper le côté gauche de l'attaque lyonnaise vendredi soir contre Monaco, Bruno Genesio doit trancher entre Memphis Depay, la recrue la plus chère des années 2010 à l'OL, et Houssem Aouar, l'un des plus beaux fleurons du centre de formation.

Par définition, l'essence même du métier d'un entraîneur est de faire des choix. Depuis l'éclosion d'Houssem Aouar, Bruno Genesio est confronté à un sacré dilemme : continuer à titulariser la dernière merveille du club (19 ans) pour favoriser sa progression, ou tout faire pour remettre en selle Memphis Depay, le plus gros investissement récent de l'Olympique Lyonnais (16 millions d'euros + neuf de bonus éventuels). D'un côté l'intelligence de jeu et le symbole du centre de formation. De l'autre, la force brut et le show.

Avant la coupure internationale, l'entraîneur de l'OL avait tranché dans le vif en alignant à deux reprises Aouar à la place du Néerlandais, même pas retenu dans le groupe lors de la réception de Dijon (3-3). Buteur pour la première fois en L1 lors de cette rencontre, le numéro 8 avait gagné le droit d'enchaîner contre l'Atalanta (1-1), avant de céder sa place à Memphis après 70 minutes de haute volée.

Trois jours plus tard, c'est pourtant l'ancien joueur de Manchester United qui avait débuté à Angers (3-3). Le meilleur espoir de la Coupe du monde 2014 en avait profité pour marquer, soignant une fois de plus ses bonnes statistiques : avec trois buts et trois passes décisives en neuf matches, il est le deuxième Lyonnais le plus efficace depuis le début de l'exercice.

"Memphis, il faut qu'on le recadre"

Un atout que ne manque pas de souligner son premier défenseur à Lyon, Jean-Michel Aulas : "Il a un potentiel fantastique et il le démontre à travers ses excellentes statistiques. L'entraîneur doit le mettre dans les meilleures conditions pour qu'il soit rapidement au niveau auquel nous l'attendons (…). C'est vrai qu'on a besoin de joueurs "stars" dans l'équipe, Memphis est là pour ça''. A tel point qu'on a souvent prêté à JMA de gentiment conseiller à son coach d'aligner le Néerlandais, ce que chacune des parties concernées a toujours réfuté avec force. Le président de l'OL nous l'a encore rappelé ce jeudi : "Il faut que Memphis donne satisfaction à son entraîneur, qui est le seul décideur en la matière''.

C'est bien là que le bât blesse. Depuis son arrivée, Memphis Depay détonne par son individualisme et par son manque d'entrain défensif. A tel point qu'un cadre de l'équipe avait lâché en '"off" après la défaite à Paris (2-0) : "Memphis, il faut qu'on le recadre. Il n'en fait qu'à sa tête !" Une phrase balancée à chaud mais qui caractérise parfaitement l'agacement que suscite le joueur, comme le personnage.

Memphis Depay

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Aouar, talent polyvalent

Tout l'inverse d'Houssem Aouar. Apparu à toutes petites doses en 2016-2017 (deux matches de L1, deux de C3), le milieu offensif a longtemps rongé son frein. Y compris en début de saison où il a dû patienter jusqu'à la septième journée avant de débuter pour la première fois : ''Cela fait quelques temps que je le vois énormément travailler et progresser à l'entraînement, il était évident qu'il fallait le lancer'', explique Bruno Genesio.

L'entraîneur n'a d'ailleurs pas hésité à l'aligner à un poste inédit d'ailier gauche dans son 4-2-3-1 : "Si je l'ai fait jouer là, c'est que je l'en pensais capable, même s'il est davantage un joueur d'axe, dans un 4-2-3-1 ou même au cœur du jeu dans un 4-3-3. Sur sa technique et son intelligence de jeu, il n'y a pas de surprise car on le voit tous les jours à l'entraînement." Anthony Lopes abonde dans le même sens : "Il bosse, il travaille. Il a montré tout son talent lors des deux matches qu'il vient de jouer. Ce n'est pas une surprise car c'est un joueur remarquable.''

Deux profils différents à exploiter en fonction de l'opposition

"Là où j'ai été surpris, c'est dans sa faculté à faire déjouer l'adversaire et à récupérer des ballons, sur son implication défensive", poursuit Bruno Genesio. C'est aussi sur ce point qu'insiste Jean-François Vulliez, le directeur du centre de formation des Gones : "Même si c'est un poste qu'il n'a pas du tout occupé chez les jeunes, on savait qu'il était capable d'aller combiner dans les couloirs en phase offensive. Par contre, j'ai été admiratif par sa capacité à se mettre sur la ligne de passe et à couvrir les espaces. Ceci dit, cela s'explique facilement : comme c'est un garçon et un joueur intelligent, il a su s'adapter au poste, notamment en appliquant les consignes." Sur OL TV, Sidney Govou a tenu le même raisonnement ce jeudi soir : ''Il a cette faculté à pouvoir changer de poste et à faire ce qu'il faut faire au poste, cela témoigne d'une maturité et d'une intelligence.''

De là à installer pour de bon Memphis sur le banc ? "La vie, c'est la concurrence, rétorque Govou. Si le jeune gomme le crédit de celui qui est au-dessus…" Pour Genesio, ''les choix sont toujours compliqués. Ils ne sont pas liés au statut des joueurs. Parfois cela se tient à très peu de choses." Selon Vulliez, "Bruno doit choisir en fonction de son équipe et de l'adversité, du potentiel et de la forme du moment. Concernant Houssem, il faut aussi qu'il soit capable d'apporter une valeur ajoutée quand il entre en jeu. Ce sont deux joueurs au profil différents, c'est intéressant." Sauf pour celui qui débutera sur le banc contre Monaco…

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