Football - Ligue des Champions
11/03/2010 - 14:24Aulas : "Notre plus belle soirée"

Jean-Michel Aulas ne cache pas sa joie après l'exploit de Lyon, tombeur du Real Madrid (1-0, 1-1) en 8e de finale de la Ligue des Champions. Le président lyonnais reste cependant mesuré, conscient des difficultés rencontrées par le club rhodanien pour en arriver là.
JEAN-MICHEL AULAS, est-ce que c'est votre plus belle soirée en tant que président de l'OL ?
J-M.A. : A l'instant T, oui ! C'est magnifique. C'est l'aboutissement d'une construction patiente. Alors on est au milieu du gué puisqu'on vient simplement de sa qualifier pour les quarts de finale. C'est la quatrième. Et venir éliminer le Real Madrid, qui était le grand favori de la compétition, sur son terrain et avec un match retour à l'extérieur, on peut dire que c'est effectivement notre plus belle soirée. Même si je n'oublie pas celle de notre montée en première division il y a 20 ans, qui nous a permis d'être là aujourd'hui (NDLR : hier). Et je l'attendais. Parce qu'au-delà de la construction, patiente, tenace, qu'il a fallu effectuer, on a quelquefois été critiqué, Claude (NDLR: Puel) en particulier.
Vous devez être particulièrement heureux pour Claude Puel ?
J-M.A. : C'est toujours dur de voir un entraineur en qui on croit subir beaucoup de remarques négatives. Donc je suis heureux pour le club, et pour moi-même, profondément. Il y a eu une petite larme, c'était une larme de joie. Mais je suis sincèrement heureux pour Claude et les joueurs. Ils ont su restés groupés, même dans la difficulté. Avoir deux blessés à la mi-temps, c'était compliqué. C'est l'exploit auquel on avait rêvé. Depuis un moment, et depuis le tirage en particulier, on avait imaginé une soirée comme celle-ci. Mais c'est seulement après l'avoir réalisée qu'on mesure l'immense trajet qu'il a fallu faire pour en arriver là.
Il n'y a finalement pas besoin d'autant d'argent que ce que le Real a mis cette saison pour gagner en Coupe d'Europe...
J-M.A. : Vous savez, il faut avoir une économie qui soit saine. Et si on a pu rivaliser avec le Real Madrid, c'est aussi parce qu'on a investi beaucoup d'argent. On nous a d'ailleurs reproché d'avoir investi trop, même si les 90 millions d'euros dépensés sont loin des 220 millions d'euros investis par le Real. Mais ça reste quasiment au-dessus de tous les clubs français réunis. Et même si Michel Bastos était blessé, on a vu que les joueurs qui nous ont rejoints ont été magnifiques. Lisandro, Cissokho a été énorme. On a vu une solidarité de tous les instants. On ça fait du bien non seulement de pouvoir envisager l'avenir avec des prises de risques, mais aussi d'arriver à quelque chose qui tient la route pour nous et pour le football français.
Est-ce le retour du grand Lyon ?
J-M.A. : Je ne vais pas jusque-là. Vous savez, il faut rester humble dans le football car les choses vont très vite. Parfois les critiques arrivent très vite sur des choses anormales et je les comprends. Et puis, d'un seul coup, un événement aussi grand arrive et il y a un risque de tomber dans l'euphorie. Comme on tombe quelques fois dans la critique et dans le manque de confiance. Mais on a réalisé un exploit indispensable pour que le grand Lyon revienne. Sans cet exploit, le grand Lyon ne serait pas revenu. Là on peut dire qu'il peut revenir. C'est à nous de bien gérer l'après-match et de ne pas tomber dans l'euphorie. Le championnat est très important aussi et il y a Saint-Etienne samedi. Il va falloir gérer l'euphorie de cette qualification comme on a géré la méfiance des résultats moyens que nous avions eus lors de la première partie du championnat.
Quels sont les mots pour résumer les émotions vécues au cours de cette soirée ?
J-M.A. : Véritablement, un soulagement formidable. C'est aussi un orgueil ou une dimension qui est devenue l'égale des clubs aux plus grands palmarès. J'ai toujours dit que construire un palmarès était beaucoup plus difficile que de le gérer. Quand vous avez un palmarès, vous êtes crédible alors que, quand vous n'en avez pas, vous êtes souvent la risée de tout le monde. Si on s'était planté ce soir (NDLR : hier), on n'aurait pas eu ce respect qui transpire de partout. Alors que c'est la même équipe. Il y a eu ce surpassement qui nous donne, au travers des difficultés récentes, de la sérénité et des certitudes pour le futur. C'est le sentiment qui prédomine.
Est-ce que vous vous prenez à rêver en Ligue des Champions ?
J-M.A. : Celui qui ne rêve pas ne peut pas être président ou dirigeant de club. Le rêve fait partie de la vie, de l'ambition. Le jour où vous ne rêvez plus, vous rétrogradez. Mais ça ne doit pas être synonyme d'ambition démesurée. C'est là qu'il faut être serein et équilibré. Il faut considérer que c'est un plus fantastique qui s'ouvre à nous, qu'il y a une opportunité devant nous. Mais, en tout état de cause, opportunité ne veut pas dire certitude. Ce sont des efforts qu'il faudra redoubler demain, et qui seront plus difficiles que ceux d'hier. Mais il y a une opportunité et on va s'efforcer de la saisir à bout de bras.
Avez-vous réservé une chambre à Madrid pour le 22 mai (NDLR : jour de la finale de la Ligue des Champions) ?
J-M.A. : Non, car l'UEFA la réserve à tous les présidents des clubs de la Ligue des Champions et je viens tous les ans à la finale de l'épreuve (Rires). Mais j'aimerais bien revenir dans ce stade où on est invaincu face à Madrid. Pas de beaucoup de clubs peuvent en dire autant.
Avez-vous eu un mot de Florentino Perez à la fin du match ?
J-M.A. : Oui, c'est vraiment un grand président, un homme bien. J'étais presque gêné car je sais quel investissement il a fait et ce qui sera dit demain (NDLR : aujourd'hui) par tous les médias et tous les supporters. Je ressens quelques fois les choses avec un peu de "méchanceté" par rapport aux gens qui investissent. Je me souviens notamment de ce qui se passait à Marseille du temps de Robert Louis-Dreyfus. Les gens qui investissent ont l'obligation de gagner et c'est très dur quand il y a un échec. Donc je l'ai salué, je n'ai pas manifesté de joie, je suis resté au premier rang, exceptionnellement. Je partage sa peine, car c'est un grand président et Madrid un très grand club.















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