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Et si le Real était le moins mauvais tirage pour Monaco ?

Et si le Real était le moins mauvais tirage pour Monaco ?

Le 21/04/2017 à 11:22

LIGUE DES CHAMPIONS - Quoi qu'il arrive, l'AS Monaco devra signer un authentique exploit en demi-finale si elle veut prolonger sa belle aventure européenne. Mais du Real, de la Juventus et de l'Atlético, c'est peut-être le premier, qui, paradoxalement, permettrait aux Monégasques de s'exprimer le plus pleinement.

Un vrai plateau de rêve. Sans doute davantage pour nous, observateurs et spectateurs quotidiens des affaires de la Ligue 1, que pour le reste de l'Europe. Un Barça ou un Bayern aurait indéniablement donné un relief médiatique et un poids historique incommensurablement supérieur si le géant catalan ou le colosse bavarois avaient complété le tableau. Tant pis pour eux. Tant mieux pour nous.

Avec le Real Madrid, vainqueur de deux des trois dernières éditions, l'Atlético Madrid, double finaliste ces trois dernières années, et la Juventus, vice-championne d'Europe 2015, ce printemps européen 2017 a épousé une forme de logique implacable : à eux trois, ces clubs ont trusté cinq des six dernières places en finale. Derrière, ou plutôt à côté de ce trio majuscule, le petit poucet monégasque lève la main, comme pour dire "moi aussi, je suis là".

Kylian Mbappé lors de Borussia Dortmund - Monaco en 2017

Kylian Mbappé lors de Borussia Dortmund - Monaco en 2017AFP

La peste, le choléra et la typhoïde

Personne n'aurait imaginé l'ASM dans le dernier carré de la Ligue des champions en début de saison. Formidable trublion, parce qu'il n'avance qu'en régalant (le jour où il n'emballera plus, il s'arrêtera, car telle est sa nature), le club monégasque, ne soyons pas naïfs, est l'adversaire que chacun des trois autres aimerait affronter, même si personne ne le dira. Et Monaco, lui, qui a-t-il intérêt à tirer vendredi midi en Suisse ? Là encore, officiellement, personne. "Il n'y a pas de bon choix", a clamé Leonardo Jardim dès vendredi et il a raison.

A ce stade, vu les effectifs et le C.V. de ses trois derniers rivaux, le club princier, entre peste, choléra et typhoïde, n'aura pas le luxe d'un tirage facile. Il n'y a que des montagnes à franchir. Et plutôt en mode Himalaya qu'en mode Vosges. Mais selon votre attelage, certains sommets peuvent être encore plus complexes à conquérir. Ce n'est pas tant affaire de difficulté que de caractéristiques.

Sur le papier, la tentation est grande de considérer l'Atlético Madrid comme la meilleure pioche pour l'ASM en laissant s'entretuer les deux géants et tirer une équipe qui, comme Monaco, n'a encore jamais triomphé au plus haut niveau continental. L'équipe de Diego Simeone, si elle est encore au rendez-vous des demies, parait un ton en-dessous de ses devancières. Largués par le tandem Real-Barça en Liga, les Colchoneros ont aussi bénéficié d'une certaine clémence en Ligue des champions, avec le Bayer Leverkusen en huitièmes puis Leicester en quart.

La Juve ou les retrouvailles de l'angoisse

Mais sur le fond, l'Atléti n'a pas vraiment changé. Pénible à jouer, le vice-champion d'Europe en titre n'a concédé que cinq buts en dix rencontres dans cette saison en Ligue des champions. Pas sûr que son style physique soit le plus adéquat. Les Monégasques n'ont pas encore affronté une équipe de ce type. Ce serait un changement potentiellement brutal après Manchester City et Dortmund. Un autre genre d'équation à résoudre. Pas forcément plus simple...

Ensuite, il y a le cas turinois. Un peu du même ordre que celui de l'Atlético, mais en beaucoup plus enquiquinant encore. La Juve, c'est un mur. Ses délirantes stats défensives (seulement deux buts encaissés en C1, aucun contre le Barça, 521 minutes d'invincibilité…) n'ont échappé à personne. Le potentiel offensif monégasque offrirait une opposition de style idéale, mais pas sûr, vraiment, qu'elle tourne à l'avantage des joueurs de Jardim. Il y a deux ans, en quarts de finale, l'ASM avait d'ailleurs buté sur le bloc bianconero, sans jamais trouver l'ouverture en 180 minutes. Monaco est sans doute plus fort aujourd'hui, mais c'est tout aussi vrai de la Juventus, qui possède une puissance de feu offensive supérieure à ce qu'elle était en 2015, dans le sillage de Dybala et Higuain.

Paulo Dybala (Juventus) après l'ouverture du score contre le Barça.

Paulo Dybala (Juventus) après l'ouverture du score contre le Barça.AFP

Zone de confort

Puis il y a le poids de l'histoire. Il vaut ce qu'il vaut, mais la Juve, c'est vraiment LA bête noire du football français. Depuis six décennies, un jour ou l'autre, tous les géants d'Europe ayant croisé les clubs de l'Hexagone sont tombés au moins une fois. Le Real, le Barça, l'AC Milan, Manchester United, le Bayern, Arsenal, l'Ajax, l'Inter, Chelsea, et ainsi de suite. Tous, sauf un : la Juve. En dix confrontations (et même onze si on ajoute l'Intertoto) dans des duels éliminatoires face aux Français, le club piémontais est toujours passé.

Reste donc le Real. Le tenant du titre. La meilleure équipe d'Europe jusqu'à preuve du contraire, sortie indemne, même dans la difficulté, de son double choc titanesque face au Bayern. Ce Real semble toujours trouver une solution pour s'en tirer. Il y a l'aura de Zidane, la confiance du champion, l'extra-terrestre Ronaldo, etc. Mais en termes d'opposition, c'est sans doute l'adversaire qui contraindrait le moins Monaco à dénaturer son jeu.

Comme l'ASM, le Real est une machine à marquer. Parmi les quatre derniers prétendants au titre, ce duo-là pèse 49 buts (28 pour le Real, 21 pour Monaco), quand la Juve et l'Atlético en cumulent moins de 30. Défensivement, les deux équipes affichent à peu près les mêmes statistiques : 16 buts concédés par le Real, 15 par Monaco. D'un point de vue stylistique, le leader de la Ligue 1 resterait dans la même zone que face à City et le Borussia. Une zone de confort, visiblement. Voilà tout le paradoxe. L'ogre, c'est le Real. Le tenant, c'est le Real. Le favori, c'est le Real. Et c'est peut-être ce qui peut arriver de "mieux" à Monaco. Avec de gigantesques guillemets, évidemment...

Zinédine Zidane pose avec le trophée de la Ligue des champions après la victoire du Real Madrid contre l'Atlético, le 28 mai 2016 à Milan.

Zinédine Zidane pose avec le trophée de la Ligue des champions après la victoire du Real Madrid contre l'Atlético, le 28 mai 2016 à Milan.AFP

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