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Ligue des champions - La Juventus Turin veut devenir le Bayern d’Italie

La Juventus veut devenir le Bayern d’Italie

Mis à jourLe 23/02/2016 à 16:45

Publiéle 22/02/2016 à 23:50

Mis à jourLe 23/02/2016 à 16:45

Publiéle 22/02/2016 à 23:50

LIGUE DES CHAMPIONS - Opposés en huitièmes de finale de Champions League, ces deux clubs ont de nombreux points en commun, pas étonnant puisque les dirigeants turinois s’inspirent directement de leurs collègues bavarois.

Andrea Agnelli et Karl-Heinz Rummenigge n’ont pas caché leur estime réciproque lors d’un meeting sur le Fair-play financier à l’université Bocconi de Milan début janvier. Sourires, poignées de main, accolades, on est loin des désaccords entre Matteo Renzi et Angela Merkel. Ces deux clubs n'ont ni la manne financière des droits TV de la Premier League, ni l’appui d’un état pétrolier, encore moins l’attractivité du Real et du Barca. Non, le Bayern et la Juventus ne peuvent compter que sur eux-mêmes, leur stratégie économique, leur projet technique, leurs investissements ciblés. Une politique durable qui permet à chacun de dominer son championnat et faire partie du gotha européen.

Identité nationale et recrues ciblées

La Juventus et le Bayern gagnent, énormément, mais avec un mérite tout aussi conséquent. Rien n’est arrivé par hasard. Obtenir des résultats oui, mais avec un projet économiquement soutenable. Quand le Bayern embauche Guardiola, il décide d’entrer à 100% en symbiose avec son know-how technico-tactique…sans se saigner aux quatre veines. Et ce sera aussi le cas avec Ancelotti. Jamais ce club n’a mis plus de 40 Millions sur un joueur, Javi Martinez reste le transfert le plus onéreux de son histoire, devant Vidal, Götze et Douglas Costa. Un ou deux gros coups par an, ces recrues ciblées s’amalgamant avec des autochtones sortis pour la plupart du centre de formation. Faute d'un "settore giovanile" performant, la Juventus ne peut encore compter sur des joueurs du cru, mais elle compense par une identité nationale très forte. Buffon, Chiellini, Marchisio, Barzagli et Bonucci forment aussi la base de la Squadra Azzurra et transmettent le "Stile Juve" aux nouveaux arrivants. Un sens d’appartenance qui fait la différence sur la durée contrairement aux tours de Babel qui peuplent la Serie A.

Gianluigi Buffon, Leonardo Bonucci et Andrea Barzagli avec la Juventus
Gianluigi Buffon, Leonardo Bonucci et Andrea Barzagli avec la Juventus - Panoramic

Pas d’achats compulsifs non plus à Turin. Cet été, Dybala, Alex Sandro, Khedira, Mandzukic ont complété parfaitement l’organigramme d’Allegri dans lequel il n’y a pas de doublons inutiles. Si le Bayern pêche directement chez la concurrence (le Borussia Dortmund peut en témoigner), la Juve opte pour des canaux de préférence. Le très sérieux Sassuolo lui a couvé Zaza qui pourrait être vite rejoint par Berardi. Même chose pour Rugani de l’Empoli. Cet hiver, elle a mis la main sur Stefano Sensi et Rolando Mandragora, deux des meilleurs playmakers de Serie B. Aucune jeune pousse italienne ou presque ne lui échappe, les plus forts rentrent à la base, les autres sont monnayés, comme ce fut le cas avec Gabbiadini et Immobile. Deux techniques différentes pour un résultat identique : deux cannibales et un fossé irrémédiablement creusé avec la concurrence nationale.

Merchandising et stade de propriété

"Succès sportif maximum et prudence sur le front financier", c’est la maxime des Bavarois. Pas de pétrodollars ou de roubles, juste une gestion effectuée avec une extrême circonspection. Le fameux pragmatisme teuton. Le Bayern ne peut compter sur une base de supporters aussi importante que ses grands concurrents européens, cela ne l’empêche pourtant pas d’être numéro un dans le secteur commercial. 278 millions d’euros, c'est mieux que les cadors espagnols et anglais et c’est tout simplement quatre fois plus que la Juventus. Comme tous les clubs italiens, cette dernière est très en retard sur cet aspect (la contrefaçon "légalisée" n'aidant pas) et c’est sur ce point faible que ses managers doivent bosser. Cela passe par un sponsor maillot mieux rétribuée, Fiat offrira 17 millions par an au lieu des 13 précédents. Le changement d’équipementier a été également un bond en avant. Avec Adidas, la Juve gagnera 25 millions annuels, soit 10 de plus que l’accord précédemment signé avec Nike. Ça progresse petit à petit.

Paul Pogba lors de Chievo Vérone - Juventus en Serie A le 31 janvier 2016
Paul Pogba lors de Chievo Vérone - Juventus en Serie A le 31 janvier 2016 - AFP

Le Bayern est aussi l'exemple à suivre concernant les revenus liés à son stade et dont le crédit a été remboursé avec 14 ans d’avance ! La Juventus devra attendre un peu pour s'acquitter de ses dettes, mais son Stadium est un petit bijou. Avec l’Udinese et Sassuolo, elle est la seule à posséder son stade de propriété de l’autre côté des Alpes. Il lui a ramené 53 millions d’euros l’an dernier. Et ce n’est pas fini, la zone adjacente de la Continassa sera transformée en véritable quartier bianconero avec notamment le déménagement du centre de formation. Projet également démarré par les Allemands qui investiront 80 millions pour que leurs équipes de jeunes séjournent devant l’Allianz Arena. Enfin, pour les droits télés (nationaux et internationaux), la Vieille Dame figure dans le Top 3 européen et quasiment au niveau du duo Barca-Real. 200 millions dérivant du broadcasting, le double de son modèle. Une bonne nouvelle ? Pas vraiment, la marge de progression étant désormais limitée concernant cette source de revenus. Prochain objectif, diversifier les rentrées d'argent...comme le Bayern.

Le Bayern imité, la Juve enviée

Le Bayern est évidemment la locomotive du football allemand, et tout le monde lui reconnait ce statut sans sourciller en Allemagne. Ce n’est pas pour rien que les plus grands fleurons nationaux y ont noué de solides partenariat (Siemens, Audi, Allianz, Telekom, etc...). Sa croissance, malgré un potentiel plus limité que le Barça, Real, Manchester United et les cadors italiens, lui a conféré une légitimité que personne n’oserait remettre en question outre-Rhin. La politique sportive est guidée par ses suggestions, quand le Bayern parle, on écoute attentivement, et on prend note. En Italie, quand la Juventus s'exprime, on la taxe d'arrogante et de privilégiée malgré une rédemption exemplaire depuis sa relégation administrative en 2006. A force de travail et de sérieux, elle a rattrapé puis écrasé la concurrence dans presque tous les secteurs.

Plutôt que de s’en féliciter, les institutions italiennes préfèrent lui mettre des bâtons dans les roues. La Lega est entre les mains de dirigeants adverses, Adriano Galliani du Milan et Claudio Lotito de la Lazio, tout juste bons à créer des surenchères pour la vente des droits TV afin de faire manger les copains (une importante enquête est en cours). Pas mieux pour la fédé et son président anachronique. Quand le Bayern est épaulé par une Bundesliga florissante, la Juventus est plombée par une Serie A dépassée. Un handicap qui ne lui a pas empêché de réduire le gap économique et sportif avec le Bayern depuis leur dernier affrontement en 2013. (en quart de C1). Comment dit-on "chapeau" en allemand ?

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