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La Ligue 1 larguée par la Serie A ? Pas tant qu'on le croit

La Ligue 1 larguée par la Serie A ? Pas tant qu'on le croit

Le 13/09/2017 à 15:52

LIGUE DES CHAMPIONS - Ce sera le fil rouge des prochaines saisons européennes, le championnat français va tenter de remonter la Serie A à l’indice UEFA afin de lui chiper ses 4 places qualificatives directes pour la Champions League.

Inutile de crier à l’injustice concernant la réforme de la C1, elle a été entérinée au tout début du printemps et on ne reviendra pas en arrière. Ainsi, l’écart entre le 4e et le 5e à l’indice UEFA est devenu un gouffre puisqu’à partir de la prochaine édition, les quatre premiers de Serie A iront directement en phase de poules de Ligue des champions contre les deux premiers pour la Ligue 1. Le troisième tentera d’obtenir une des deux seules places disponibles via les barrages de la voie de la Ligue (contre 5 ou 6 précédemment).

Quinze points séparent actuellement les deux pays rivaux, or, la France a accumulé ce retard sur les saisons 2013/14 et 2014/15, les deux prochaines à disparaître dans les calculs de ce coefficient. Le classement provisoire de septembre 2019 voit en effet les équipes occuper les mêmes positions mais avec une petite unité d’écart. Ce qui ressemblait à une ascension de l’Everest est finalement plus abordable. La Ligue 1 n'est qu'au pied du Mont-Blanc, sommet culminant d’Europe dont la paternité est justement disputée par la France et l’Italie.

Paulo Dybala (Juventus), buteur lors de la 1re journée de la saison 2017-18.

Paulo Dybala (Juventus), buteur lors de la 1re journée de la saison 2017-18.Getty Images

Des investisseurs étrangers plus sereins en Ligue 1

Globalement, la Serie A conserve un meilleur sex-appeal que la Ligue 1 auprès des footballeurs, de par ses clubs-institutions, ses stades remplis d’histoire ou de passion, ses budgets plus élevés, etc. Néanmoins, cette préférence est moins marquée qu’auparavant. La longue et interminable crise des formations milanaises a détérioré son attractivité et la reprise définitive du Milan et de l’Inter ne peut encore être certifiée. En outre, les investisseurs chinois respectifs se voient freinés par les institutions européennes et les instances de leur propre pays.

Pendant ce temps, la Roma made in USA s’est affirmée comme la seconde force du pays sans toutefois devenir une puissance financière et sportive du football continental. En fait, dans un premier temps, l'apport de capitaux étrangers a surtout servi à assainir les comptes dans le rouge, ce qui en a retardé l’effet escompté. La croissance est lente. Parallèlement, en France, les Américains de Marseille, les Chinois (minoritaires) de Lyon, les sino-américains de Nice sans oublier Lopez à Lille ont rejoint les Qataris de Paris et les Russes de Monte-Carlo.

Pour les investisseurs étrangers, le championnat français n’est pas une moins bonne opportunité de business que celui italien, mieux, ils y trouvent un produit plus sain financièrement et prêt à l’emploi. Comme en Angleterre, c’est bien grâce aux hommes d’affaires venus d’au-delà des frontières que passera le salut futur de ces deux championnats, mais ceux ayant choisi l’Hexagone ne partent pas battus d’avance.

Neymar

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Des pouvoirs d’achat qui se rapprochent

Un constat qui se traduit au niveau du pouvoir d’achat. Selon les observateurs, l’été 2017 a marqué le retour de la Serie A aux affaires avec plus d’un milliard d’euros dépensés sur le mercato. Cependant, ses clubs ont dû vendre pour près de 900 millions en échange (chiffres tirés de la Gazzetta dello Sport). La balance est donc de -140, bien loin des -727 de la Premier League qui, elle, peut réellement se permettre de débourser sans compter grâce à une économie prospère.

La Ligue 1 n’est pas en reste puisqu’elle a acheté pour 822 millions et présente une balance négative de -257. Certains objecteront que le PSG fausse ces statistiques, mais si ses fonds sans fond renfloueront les caisses d’autres équipes françaises comme pour Mbappé, c’est toute la Ligue 1 qui en sortira gagnante. Un effet domino qui a permis aux Monégasques d’engager Keita Baldé de la Lazio alors que son transfert chez un des trois historiques transalpins était quasi certain. De l’Italie à la France, comme Dani Alves qui n’a pas hésité à claquer la porte de la Juve pour filer au PSG. Ça fait deux gros indices sur une inversion de tendance du pouvoir d’achat.

Keita Baldé et Stevan Jovetic aux côtés de Vadim Vasilyev lors de leur présentation à Monaco

Keita Baldé et Stevan Jovetic aux côtés de Vadim Vasilyev lors de leur présentation à MonacoEurosport

L’impasse politique du Calcio

Les tacles de Jean-Michel Aulas sur Twitter ne doivent pas induire en erreur, l’harmonie est bien plus présente au sein des instances footballistiques françaises qu'italiennes. C’est bien simple, la Lega di Serie A (mais aussi celle de Serie B) est sans président depuis plusieurs mois, et c’est la fédération qui est contrainte de gérer cette période de transition. Malgré les différents avertissements, les patrons de clubs ont un mal fou à raisonner collectivement afin de valoriser le produit sur le marché national et international.

Au centre des débats, encore les droits TV qui portent à eux seuls un sport sur leurs épaules au vu de l’absence de diversification des revenus. Une des conséquences de cet immobilisme a été le flop des enchères (pour les chaines italiennes) pour la période 2018/2021 en juin : une offre de 490 millions d’euros contre les 943 du précédent triennal. La Lega a décidé de les annuler et de les refaire d’ici la fin de l’année civile, mais il semblerait que le système soit arrivé à saturation. Tout l’inverse de la L1 qui a de grandes chances de faire mieux que les 727 Millions d’euros du dernier contrat national (pour 4 saisons) tandis que ceux à l'international devraient être boostés par "l’effet Neymar".

Ces tendances devront être soutenues par des résultats probants des clubs français en Europe, mais il y a bel et bien une marge de manœuvre, et Didier Quillot, directeur général de la LFP, sait comment l’exploiter comme il le révélait dans les colonnes de Tuttosport : "Nous nous inspirons de la Premier League pour la qualité du spectacle, la dimension culturelle du football et le marketing. De l’Allemagne pour les supporters, le taux de remplissage des stades et les relations avec les entreprises. Et de l’Espagne pour la qualité du football et le développement international. Je n’ai pas cité l’Italie parce que ce n’est pas un point de repère aujourd’hui." Boum ! La bataille du Mont-Blanc peut commencer.

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