Cette saison, l'hymne de la Ligue des champions ne résonnera pas à Gerland, à Chaban-Delmas ou au Vélodrome. Récents quart de finalistes de la plus prestigieuse compétition européenne, Lyon, Bordeaux (2009-2010) et Marseille (2011-2012) devront cette fois se contenter de la Ligue Europa. Une compétition régulièrement négligée par les clubs français. En sera-t-il autrement cette saison ? Après tout, nos trois représentants ont tous leurs chances. Sur les dix derniers vainqueurs, seuls trois (CSKA Moscou, Shakhtar Donetsk, Atletico Madrid) ont été reversés de la Ligue des Champions. Ce qui pourrait changer la donne, c'est aussi le fameux coefficient UEFA, calculé sur les performances des cinq dernières saisons. A force de brader la C3, la France a abandonné la cinquième place au Portugal. Résultat : la saison prochaine, le troisième de Ligue 1 devra passer par un tour préliminaire supplémentaire pour accéder à la C1. Si elle devait glisser au 7e rang (derrière l'Ukraine, les Pays-Bas ou la Russie par exemple), la France n'aurait plus que deux clubs en C1 (un qualifié direct et un qualifié pour le 3e tour préliminaire) et quatre en C3...
"Ça fait très mal au football français, pestait la saison dernière le président de la LFP, Frédéric Thiriez. J'en veux un peu aux clubs français, qui ne jouent pas la Ligue Europa. Les clubs oublient souvent que la Ligue Europa compte autant que la Ligue des champions. C'est un problème de se donner à fond sur une saison pour une place européenne et de ne pas jouer la compétition. La France mérite mieux". Depuis Paris et Marseille en 2009, pas un club français en quart de finale. En dix ans, cinq quarts pour seulement une seule demi-finale avec l'OM en 2004. Mais le patron du football français a semble-t-il été entendu. Du moins partiellement. "Lyon jouera la Ligue Europa à fond", a ainsi promis Jean-Michel Aulas. Selon lui, l'OL doit montrer l'exemple : "Si la France a perdu une place à l’indice UEFA, c’est parce que des équipes comme Lille et Rennes, pour ne pas les citer, n’ont pas joué à fond. Nous devons saisir l'opportunité, avec Bordeaux et Marseille, de prendre des points et d'aller au bout. C'est un challenge que l'on peut se fixer avec les deux autres grands clubs français de cette Europa League qui évolue".
Lyon veut montrer l'exemple
Si la compétition évolue, c'est notamment d'un point de vue financier afin de rendre la compétition plus attractive. “L’UEFA a doté la Ligue Europa d’un dispositif économique plus intéressant que les dernières années, explique ainsi Jean-Michel Aulas. L’écart était de 1 à 5,5 entre les deux compétitions, il va tomber de 1 à 3,05". Pour le moment, le fossé avec la Ligue des Champions reste malgré tout gigantesque. Concrètement, un club invaincu en poules et vainqueur de la C3 peut espérer amasser 6,44 millions d'euros de primes à la performance. En C1, le même parcours peut lui garantir 37,4 millions d'euros sans compter les droits télé. A titre de comparaison, le PSG, huitième de finaliste de la Ligue Europa en 2010-2011, avait gagné près de 3,9 millions d'euros. L'OM, qui s'était arrêté au même stade de la compétition en Ligue des Champions, avait reçu un chèque de 25 millions d'euros. Soit 6,4 fois plus. "Pour nous, si la Ligue des champions peut permettre de gagner entre 20 et 30 millions d’euros, la Ligue Europa peut rapporter entre 5 et 10 millions d’euros", avoue d'ailleurs M. Aulas.
Dans ce contexte, le président de l'OL sera-t-il suivi par ses homologues ? Pas si sûr. Derrière les belles promesses, la réalité est souvent différente. A Marseille, pourtant finaliste en 1999 et 2004, c'est un autre argument souvent avancé qui freine les ambitions européennes : le calendrier et le manque d'effectif. Pour aller jusqu'en finale, il faudra ajouter 15 matches à un programme déjà serré, surtout lorsque le banc est limité. Sur la Canebière, le calcul est vite fait. Charles Kaboré a beau marteler qu'il ne s'agit pas d'une "coupe en plastique" et Fanni humer "le parfum de la coupe d'Europe", José Anigo a déjà annoncé la couleur : "Ce n'est pas un vrai objectif. L'objectif, c'est le championnat. C'est lui qui nous fait vivre". La priorité, malgré la vitrine qu'offre la Ligue Europa, ce sont "les droits télé, la Ligue des champions". Franck Passi, adjoint d'Elie Baup, ne dit pas autre chose, tout en nuance : "Le club a affirmé qu'on jouait les deux tableaux. Maintenant, pas de la même manière. On n'a pas un effectif élargi. Mais on va essayer de donner le meilleur de nous-mêmes sur la Ligue Europa, sachant que la priorité reste le championnat".
"Plus compliqué à gérer que la Ligue des champions"
A Bordeaux, 22 participations et 112 matches dans l'ex-Coupe de l'UEFA, Francis Gillot se défend de vouloir faire tourner son effectif. "J'ai joué deux ans la Coupe d'Europe avec Lens et j'ai toujours aligné la meilleure équipe pour gagner", assure-t-il. Il l'a d'ailleurs montré en laissant au repos certains cadres pour un déplacement à Paris avant le barrage retour contre l’Etoile Rouge de Belgrade. Mais s'il faut faire un choix, c'est déjà tout vu. Car un bon parcours en C3 se fait souvent au détriment du championnat. Pour le préparateur physique des Girondins, Eric Bédouet, le rythme est "plus compliqué à gérer que la Ligue des champions où on avait quatre jours de repos entre chaque match. Là, avec un match européen le jeudi soir et la L1 le dimanche, c'est plus compliqué. L'idéal serait de décaler le match de L1 au lundi". "Ça peut prendre beaucoup d'énergie, ajoute-t-il. Pourquoi pensez-vous que certaines équipes n'ont pas joué cette compétition à fond par le passé ? On va la jouer à fond mais si on s'aperçoit qu'on perd trop de points en championnat et que l'on joue le maintien, on n'aura pas le choix". Pourtant, les clubs jouent aussi leur propre indice UEFA. S'ils ambitionnent de retrouver la C1, et un tirage au sort plus clément, un bon parcours pourrait concilier intérêts personnels et nationaux.



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